War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 50 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 1

 

Shaw

Mars 2017

— Maman, on est bientôt arrivées ?

— Oui bientôt ma chérie, nous y serons dans pas longtemps.

— Ouiii ! Je veux trop voir tata et tonton Mal ! Youpi ! dit ma fille en tapant dans ses petites mains.

— Oui moi aussi j’ai hâte ma chérie.

C’est moche de mentir aux enfants et encore plus quand c’est le vôtre. Je suis heureuse de revoir ma sœur et mon frère, mais un peu moins de revoir mes parents. La dernière fois que je les ai vus, j’avais 21 ans et je venais d’enterrer Andrew, mon époux. J’étais inondée de chagrin et en colère contre le Club et la terre entière. J’avais besoin d’espace et de calme pour me retrouver ou plus honnêtement me trouver. Et ça, ma mère n’a pas voulu le comprendre et a très mal pris mon souhait de quitter Hillsdale. Cette petite bourgade du nord de la Californie m’a tellement pris et fait souffrir, que je devais partir et laisser tout ça derrière moi, derrière nous.

Cependant aujourd’hui, je dois faire preuve d’altruisme et rentrer pour un temps indéfini à la maison.

Il y a quelques jours Marley, ma petite sœur, m’a passé un coup de téléphone, rien d’exceptionnel puisque j’ai gardé le contact avec elle et Malonne, son jumeau. Mais cette fois, son appel n’avait rien de courtois. Maman va mal, les médecins viennent de lui diagnostiquer un cancer du sein de stade II. Une mère, on en a qu’une et c’est la raison pour laquelle je souhaite enterrer la hache de guerre. Ça ne sera pas une mince affaire, quand j’ai quitté la ville il y a six ans, j’étais physiquement seule. À présent, je reviens avec Tara, une petite part de moi et de Andrew. Je reviens avec ma magnifique fille Tara et je m’accroche à cette pensée.

Je sens comme une boule coincée dans ma gorge, j’appréhende énormément la réaction de ma mère et de Terry, mon beau-père. Malonne n’a eu de cesse de me rassurer en me disant combien maman, comme tout le monde, tomberait sous le charme de Tara. C’est une enfant adorable, elle ressemble tellement à son père qu’il m’est parfois difficile de retenir mes larmes en la regardant. Il me manque tant. Néanmoins, maman est une femme fière et me pardonnera difficilement de l’avoir écartée de la vie de sa petite-fille par pur égoïsme et encore moins d’avoir abandonné « la famille ». Quand elle parle de « la famille », ce n’est pas seulement la famille Lang, mais le Moto Club des Death’s Falcons Sur le papier c’est un club de motards passionnés d’Harley Davison. Ouais, sur le papier alors…

Je me gare dans l’allée de la modeste maison de quartier résidentiel, aux volets bleu pastel. Voilà un bout de temps que j’ai fermé cette porte et que je lui ai tourné le dos. Je sors les clefs gardées sur mon trousseau malgré tout.

— On est où Maman ?

— Chez nous, ma puce.

— Notre nouveau chez nous ? Parce que chez nous c’est à L.A., tu te rappelles ? déclare-t-elle dubitative.

— Exactement, notre nouveau chez nous Tara. Ça te plait ?

— Je ne sais pas. On peut aller dedans, voir ?

Notre maison à Andrew et moi, n’a rien d’extraordinaire, tellement différente comparée à notre logement sur Los Angeles. Enfin, ça reste tout de même chez moi. Et malgré tous les souvenirs heureux et malheureux qu’elle renferme, je ne me suis jamais résolue à la vendre. Inconsciemment je savais combien elle me servirait à nouveau de refuge le jour où je serai prête. Je constate que quelqu’un y est passé récemment, car il n’y a pas une trace de poussière, ça sent bon le propre et le frais. Il y a eu un peu de changement de mobilier et un très beau bouquet de roses blanches et rose trônant sur le bar de la cuisine avec une petite carte, où y est inscrit « Bienvenue ». Marley et Eva à coup sûr. J’ai prévenu ces dernières de notre arrivée imminente il y a deux jours. Autant vous dire qu’elles étaient aux anges.

Une fois nous être rafraîchies du voyage et pris nos marques dans la maison, il est l’heure de se rendre chez les Lang. J’opte pour une tenue plutôt décontractée et confortable, car cette rencontre ne le sera pas. Un vieux jeans boyfriend, un débardeur blanc plus mes Vans de la même couleur aux pieds feront l’affaire. En revanche pour Tara, je préfère être irréprochable. Elle a choisi une jupe crème et dorée et un t-shirt à volants rose pâle. Les ballerines sont du même ton et elle a laissé ses beaux cheveux ondulés détachés. Ils ont la même couleur blonde que ceux de Andrew. Ses yeux sont verts et ont la même forme que les miens. Elle est un savant mélange de nous deux. Je préviens Malonne par SMS que nous partons de la maison et prends la direction de celle de mon enfance.

Quand j’entre dans le hall avec Tara à ma suite, j’entends ma mère qui demande à Malonne qui a sonné. Je m’arrête, souffle un bon coup et prends ma fille dans les bras pour me donner contenance et, au passage, une bonne dose de courage. J’avance vers le grand séjour où se trouve Victoria, ma mère.

— C’est moi, maman, déclaré-je d’une voix calme et posée.

— Marley ? lâche-t-elle.

Je continue dans ma lancée jusqu’à ce que l’on se trouve dans son champ de vision. Confortablement installée dans le canapé, ma mère ne me quitte pas du regard. Elle pose son livre à côté d’elle.

— Shaw ! s’exclame-t-elle stupéfaite.

Son ton ne laisse entendre aucune colère, juste de la surprise. Je m’éclaircis la gorge et la regarde dans les yeux. Je peux y lire son étonnement et sa curiosité. Son regard saute de mon visage à celui de ma fille.

— Bonjour maman, oui c’est bien moi.

Je serre ma puce dans mes bras et embrasse le dessus de sa tête.

— Tara ma chérie, dis bonjour à mamie Vicky.

— Oh mon Dieu !

Ma mère pose ses mains sur sa bouche, me laissant aisément voir les larmes remplirent ses yeux.

— Bonjour mamie Vicky, dit Tara en tendant les bras vers son oncle. Tonton Mal, câlin. réclame-t-elle.

Malone s’empresse de prendre ma princesse dans ses bras pour l’étouffer de bisous et la câliner avant de sortir du séjour. Je le remercie d’un hochement de la tête. Mon petit frère a bien grandi depuis mon départ, c’est un beau jeune homme très intelligent. À mon grand regret, il ressemble un peu trop à son grand frère, Jay, et marche dans ses traces.

— Maman nous devons parler.

J’avance une main hésitante sur son épaule.

— De quoi veux-tu parler ? déclare-t-elle sur ses gardes. Du fait d’avoir abandonné les jumeaux ? Du fait d’avoir abandonné Terry ? Du fait d’avoir abandonné le Club ? Du fait de m’avoir abandonné moi ? Ou peut-être la raison pour laquelle tu m’as caché l’existence de ma petite fille ? Non, mais, sérieusement Shaw, quel enfant fait ça à sa propre mère ? Vas-y explique-toi !

Ma mère est peut-être atteinte d’un cancer, mais elle n’a rien perdu de son mordant. Ça ne fait rien, je m’y étais préparée, son amertume est légitime. Je prends place dans le fauteuil en face d’elle et relâche un profond soupir.

— Tu le sais très bien, la réponse est et sera toujours la même, insisté-je.

— Le Club ? T’as le culot de tout mettre sur leurs dos ! s’emporte Vicky.

— Je n’ai le culot de rien du tout, ce sont les faits. Le Club m’a bien trop pris et tu le sais.

Je sais ce qu’elle cherche, elle veut me provoquer, mais j’ai grandi. Maintenant je réfléchis avant de m’emballer et je lui réponds le plus calmement possible.

— Je ne suis pas venue pour me disputer avec toi, alors si c’est ce que tu cherches, c’est bien dommage. En revanche, si tu veux entendre de ma bouche, les raisons qui m’ont poussées à agir de la sorte, je suis disposée à t’en faire part. À toi de voir.

Je me relève et m’apprête à battre en retraite, quand ma mère fait de même en saisissant ma main.

— Shaw… Excuse-moi de m’être emportée, j’ai eu mon lot de mauvaises nouvelles ces temps-ci et je suis à fleur de peau…

Ça ne paraît pas, cependant je sais combien ces excuses lui coûtent et mettent sa fierté à mal. Je ne dois pas perde de vue mon objectif : je suis revenue pour faire amende honorable, tenter de mettre de côté nos différends et clarifier le passé, pour elle. Il s’agit de ma mère et je l’aime malgré tout. Je veux être à ses côtés pour le combat qu’elle s’apprête à mener.

— C’est bon, maman.

— OK, bébé. Alors je t’écoute.

C’est parti pour un petit tour dans le passé douloureux.

— Quand Andrew a été chopé par les fédéraux et incarcéré, j’étais dans tous mes états, mais j’étais confiante, commencé-je. Je savais que le Club avait du monde derrière les barreaux et que Andrew aurait droit à leur protection à l’intérieur. J’ai appris ma grossesse à ce moment-là, j’étais enceinte d’à peine quelques semaines.

— Je n’en doutais pas chérie, ta fille lui ressemble beaucoup.

— En effet, elle tient beaucoup de son père et de plus d’une manière. Mais quand il s’est fait descendre, tout mon monde s’est écroulé, tout ce en quoi j’avais toujours cru, tout ce en quoi j’avais foi, j’ai tout perdu. Maintenant, avec le recul, j’en ai conscience, je n’étais pas rationnelle. J’étais dévastée par le chagrin, terrifiée à l’idée de donner naissance à un enfant, si jeune et surtout seule, sans lui. Comment je pouvais continuer d’avancer, alors qu’une partie de moi était morte dans ce pénitencier ?

Remuer tous ces souvenirs douloureux ravive la profonde blessure que je garde enfouie en moi depuis de longues années. Je sens les trémolos s’emparer de ma gorge et les larmes atteindre mes yeux pouvant difficilement les contenir.

— Puis la colère est venue se mêler à ma tristesse, il me fallait un coupable. Et le Club sonnait comme une évidence. Cependant je savais que je ne pourrais jamais lui faire payer ma perte. Alors j’ai utilisé ma colère et ma rage, que j’ai transformées en instinct de survie et de protection. Si je ne pouvais plus rien faire pour changer le passé, je pouvais cependant décider de notre futur.

— Ça se tient. Mais je ne comprends pas pourquoi nous avoir caché l’existence de Tara. Pourquoi tu ne m’as pas laissée t’aider ma chérie ?

— Il était hors de question que le Club fasse partie d’une quelconque façon de la vie de ma fille. Je voulais la protéger de toutes les merdes du MC. Et sauf ton respect, maman, tu es la régulière du président des Death’s Falcons...

— Malonne et Marley étaient au courant.

Ce n’est pas une question, mais je me dois de lui répondre.

— En effet et ne leur en veux pas ! Je leur ai fait promettre de garder le silence, je ne suis pas bien fière de ma stratégie, mais je n’avais pas d’autre choix.

— Depuis combien de temps ?

— Depuis le début. Comprends-moi bien, je savais que le Club ne me ficherait pas la paix s’il savait pour Tara. C’est une chose de prendre le large pour continuer ses études dans une grande ville, mais s’en est une autre de fuir pour élever un enfant en secret. Et puis nous n’étions pas en très bons termes si tu te souviens bien. Tu sais te montrer têtue et je crois que je tiens ces traits de caractère de toi, maman. Elle émet un soupir et à ce moment-là, je sais que je n’ai pas encore gagné la guerre, mais j’ai au moins remporté une bataille.

— Je n’ai pas l’impertinence de te demander de me pardonner, seul le temps pourra atténuer le mal causé. Mais je te demande d’essayer de me comprendre, j’ai voulu protéger ce qu’il me restait de ma famille, tout comme toi, tu as toujours protégé ta famille. Excuse-moi maman.

— Seulement si tu me dis pourquoi je devrais le faire.

Ah oui, je la reconnais bien là, Vicky Lang. Je lâche un soupir théâtral.

— Eh bien, malgré nos différends et divergences d’opinions, tu restes ma mère. Je t’aime et j’aimerais être à tes côtés pour te soutenir et t’épauler dans les mois qui viennent. Alors qu’en dis-tu, drapeau blanc ?

C’est avec des trémolos dans la voix et les yeux brillants qu’elle me répond.

— C’est tout ce que je voulais entendre ma fille. Viens là.

Elle me tend ses bras dans lesquels je me jette immédiatement. J’avais oublié à quel point les bras aimants d’une mère pouvaient vous donner la force d’affronter tout un bataillon de motards.

— Tu m’as fait le plus beau cadeau qu’une mère peut vouloir.

Je la regarde stupéfaite, ne voyant pas où elle veut en venir. Ses lèvres s’étirent en un sourire malicieux.

— Le bonheur d’être grand-mère !

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