War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 8 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 8

 

 Sierra

Les cinq bolides s’avancent sur la ligne du départ, prêts à se vouer une lutte acharnée ! Le vrombissement des moteurs se répercute dans l’ensemble de mon corps. D’une telle façon que je me prends au jeu de cette course sauvage. Mon regard est focus sur la « Nismo » abritant celui qui me fait tourner en rond comme une girouette. Je veux qu’il la remporte pour être, comme il me l’a indiqué plus tôt dans la soirée, son lot de victorieux. À présent, je ne vois plus aucun inconvénient à finir la nuit dans son lit.

La bimbo blonde aperçue tout à l’heure se dresse devant les coureurs avec en main un panneau à LED. Le compte à rebours commence sous la clameur des spectateurs impatients. Quand, enfin, le top départ est donné. Comme l’avait pressenti Ella, la Nismo et la Civic se détachent considérablement des trois autres bolides. La Dodge rouge fait un peu de résistance, mais on constate avec évidence que le problème ne provient pas de la mécanique, mais bien de la conduite de son chauffeur. Je suis l’effet de meute pour contempler les phares dans l’obscurité de la nuit dévalant la route sinueuse en contrebas. Malgré ce détail, il est aisé d’identifier lesquels appartiennent à la bleue et ceux de la blanche. Sans conteste, je ne lâche pas d’un iota celle d’Andrea. Mais rapidement elles quittent mon champ de vision pour continuer leur descente défrayant presque la vitesse de la lumière.

Je me tourne en imitant toujours la foule. Un rétroprojecteur sur la façade du hangar, nous dévoile en instant T les images des cinq coureurs filmés par les caméras embarquées de chacun. Juste en dessous un autre nous indique le trajet GPS afin de suivre la course à distance. Sans surprise, Andrea et Batista se tirent la bourre. Tantôt l’un prend de l’avance, tantôt l’autre. L’excitation s’empare de moi, je suis comme une gamine au matin de Noël. C’est à peine si je me rends compte de la vitesse à laquelle mon rythme cardiaque bat. Le morceau électro Bring Me Live que crachent les énormes baffles n’aide pas à me calmer. Le point blanc sur l’image hypnotise mon cerveau au point de ne plus faire attention à rien d’autre que lui.

La course entre les deux véhicules est très serrée, la bleue et la blanche forment presque un seul et même point pastel sur la toile. J’observe la caméra embarquée dans la Civic d’où il me semble voir un obstacle. Ce que celle de la Nismo me confirme. Les images défilent à une allure effrénée, telles des séquences de films d'action à la Fast And Furious. Seul un des deux pilotes passera par cette ruelle exiguë. Les cris des spectateurs amplifient mon stress ! Trois, deux, un... ma respiration se bloque dans mes poumons à l’instant où mes paupières se ferment. Je les rouvre rapidement quand des rugissements joyeux retentissent. Mes yeux se fixent sur la façade du bâtiment, le cœur au bord des lèvres. Je hurle à mon tour de joie en constatant qu’Andrea est toujours en tête. Je me tourne machinalement vers mon amie. Malgré la seconde position de son chouchou, son visage reflète son amusement.

— Alors, tu kiffes girl ?

— Grave, c’est juste énorme comme course ! lâché-je pleine d’entrain. Tu n’es pas déçue de la seconde place de Batista ?

— Qui te dit qu’il va y rester ? La course n’est pas encore terminée.

Je la regarde en lui faisant la grimace, car elle est comme moi consciente que c’est râpé ce soir pour son beau latino.

— Bon OK, t’as peut-être bien raison, il risque de finir second, reconnaît-elle enfin. Mais c’est cool la deuxième place du podium, hein ?

— Ce n’est pas la première toujours ! clamé-je victorieuse.

— T’es une vraie peste meuf ! raille-t-elle.

— La reine ! Ne l’oublie jamais !

Nous sommes toutes deux prises d’un fou rire incontrôlable qui s’éternise. Une fois nos esprits retrouvés, nous retournons nos attentions vers la façade du bâtiment. Le plan GPS indiquant la position des coureurs montre l’arrivée imminente du gagnant. Quasi instantanément, les déflagrations d’un bolide prennent le dessus sur la musique électro sortant des enceintes. Sans grande surprise, ce sont les phares de la Nismo qui nous aveuglent presque dans leurs ascensions. La Nissan passe la ligne d’arrivée victorieuse avant de faire des burns sur l’asphalte du parking. La gomme de pneu fumante emplit mes narines et mon champ de vision. C’est à peine si j’aperçois l’arrivée de Riviera. Enfin, de longues minutes plus tard, celles des trois autres coureurs regagnent à tour de rôle le point de départ.

Andrea stoppe son monstre de mécanique en plein milieu de la foule qui s’est considérablement rassemblée autour de lui pour le féliciter de sa performance. Il sort de l’habitacle sous les acclamations des spectateurs accompagnés des premières notes de Can’t Old Us. Il est accueilli par de nombreuses accolades. Inévitablement, une marée humaine de pouffiasses gravite à ses côtés, prêtes à lui sauter dessus à tout moment. Navrée pour elles, mais on ne marche pas sur mes plates-bandes, JAMAIS ! Ce mec est à moi, simplement il ne le sait pas encore. N’ayez crainte dans quelques heures tout au plus, Andrea Miroslaw en aura pleinement conscience. 

Je reste intentionnellement en retrait sans perdre une miette de la scène. Comme si ce dernier pouvait capter le poids de mon regard sur lui, son visage se tourne dans ma direction. Ses yeux onyx se fixent aux miens, faisant battre mon cœur un peu plus vite. Toujours dans la provoc, un sourire malicieux étire mes lèvres à son attention. Andrea s’empresse de me le rendre. Mais le sien est chargé d’insolence. Rigole mon beau, tant que tu le peux. Car je ne vais faire qu’une bouchée de ta belle gueule.

— Tu viens, on bouge pour retrouver les gars, m’informe Ella en me tirant par le bras.

Le contact visuel rompu, je lui réponds d’un mouvement de la tête. Je me laisse guider par mon amie excitée à l’idée de rejoindre la bande de Batista. Nous la trouvons sans grande difficulté, alertées par les gloussements de pauvres filles désireuses d’obtenir davantage qu’un selfie avec le number 2 ! Sans aucune discrétion, j’explose de rire à la vue de ses bécasses sans cervelles pendues au cou du latino. Riviera capte mon hilarité et me provoque à son tour.

— C’est pas beau de se moquer Señorita quand on sait combien tu meurs d’envie d’être à leur place, déclare-t-il avec assurance.

Je ris de plus belle à son insinuation.

— Mon ami, ça fait combien de temps qu’on se connaît toi et moi ? lui demandé-je.

— De nombreuses années jolie Sierra…

— Depuis notre naissance pour être tout à fait exact. Conclusion : si je te voulais Batista Riviera, tu serais à moi depuis longtemps ! Capito ?!

— Tu ne manques pas d’assurance toi ! lâche-t-il à présent sur un ton irrité.

— Jamais ! Tu devrais le savoir depuis le temps. Si tu doutes de toi, comment veux-tu que les autres te prennent au sérieux ? confirmé-je avant de tourner des talons pour laisser la bande de potes.

J’ai juste le temps de faire quelques pas qu’Ella me hèle. Je m’arrête et me retourne en la questionnant du regard. Elle parcourt la distance entre nous puis s’immobilise face à moi.

— C’était quoi ça ?! crache-t-elle avec agacement ses bras croisés sur la poitrine.

— De quoi parles-tu ? demandé-je faisant comme si de rien n’était en prenant une pose similaire.

— Te fous pas de ma gueule meuf ! J’ai bien vu votre manège à tous les deux !

— Calmos tu veux ! Il n’y a strictement rien entre Batista et moi. T’emballe pas ! Ton joli cœur ne m’intéresse pas et tu ne l’intéresses pas non plus ! Penses-tu que si c’était le cas, il ferait du rentre-dedans à ta meilleure amie ? Nan ! Arrête de faire l’aveugle et rends-toi à l’évidence, ce gars n’en a rien à faire de toi, ni moi d’ailleurs !

— Alors pourquoi te fait-il des avances ?! insiste-t-elle.

— Je suis inaccessible, pas à sa portée ! Il ne supporte pas, ça lui reste en travers de la gorge. C’est aussi simple que ça ! conclus-je.

Je vois bien dans ses yeux qu’elle saisit le fond de ma pensée, mais n’est pas prête à se l’avouer. Ella est amoureuse de cette andouille. C'est totalement ridicule, car l'amour n’est que fumisterie ! Une pure connerie inventée par les fleuristes, parfumeurs ou encore chocolatiers. Les romantiques vous diront : "On ne choisit pas d’avoir des sentiments pour telle ou telle personne, ça nous tombe dessus sans réellement s’y attendre". Discours pathétique et totalement irrationnel !! Bref, ce n'est pas mon combat et encore moins mon but. Si mon amie veut se vautrer dans le déni, grand bien lui fasse… simplement, je ne serais pas celle qui séchera ses larmes quand elle prendra conscience de la pourriture de la vie réelle ! 

— Va les rejoindre, t’es venue pour passer du temps avec eux.

— Oui, mais toi, tu vas faire quoi ? Et pour rentrer ? me demande-t-elle simplement.

— Ne t’en fais pas pour moi, je me débrouille toujours et trouverais une âme charitable pour me raccompagner, tenté-je de la rassurer.

Après s’être fait un câlin de bonne soirée comme à notre habitude, je repars en quête de mon beau brun. Il doit très certainement être en « charmante » compagnie. Qu’importe, face à moi leurs chances sont réduites à néant. Évidemment, le temps de régler le souci Ella, Andrea s’est fait la malle. Je ne m’avoue pas pour autant vaincue et me dirige vers le loft à l’intérieur du hangar. Pas certaine d’y avoir de nouveau accès, cependant je tente quand même le coup. Une fois devant l’imposante porte, franchie quelques heures plus tôt, je dépose ma main sur la poignée. Je suis propulsée vers l’avant. Je la relâche avant de manquer de m’étaler et tombe nez à nez avec un homme. La bonne trentaine, il me jauge de son regard marron chocolat en passant sa main sur sa barbe de couleur identique à sa chevelure longue parfaitement lissée en arrière. Miam un John Wick… Calme tes ardeurs ma fille !

— T’es qui toi ? demande-t-il sur le ton de l’agacement.

Sans me démunir de mon sourire d’audacieuse, je prends la pose femme fatale et me lance.

— Je suis le trophée d’Andrea, commencé-je en bombant la poitrine, ce qui n’a pas de réel effet sur le beau gosse face à moi. Il m’a demandé de le rejoindre afin de m’occuper de lui comme il le mérite.

Il m’observe encore un instant avant de prendre la parole :

— Il semblerait que tu sois en retard ou alors tu as déjà de la concurrence sur les lieux.

Il se décale tout en maintenant la porte grande ouverte et fouille dans la poche de sa veste de costume noir. Des phares à côté de nous jaillissent dans l’obscurité, laissant une vue dégagée sur le 4x4 Audi de tout à l’heure. C’est donc lui l’ami et propriétaire du loft, évoqué par Andrea en début de soirée. Je note pour y revenir plus tard.

— Fais-toi plaisir Chérie, mais ne viens pas pleurer s’il a changé d’avis ! Andrea change souvent d’avis !

— Ne t’inquiète pas pour moi, je ne suis pas un second choix et encore moins une pleurnicheuse, Papa… affirmé-je amuser en tapotant l’alliance en or blanc présente à son annulaire gauche.

 

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