War of Hearts (French Edition)
Chapitre 33
Sierra
Quand je rentre à l'appartement, je m’engouffre dans la salle de bain pour me laver de cette maudite journée. Au contact de l'eau chaude coulant sur mon corps, un sentiment de trop-plein m’envahit. Enfin seule, en tête à tête avec moi-même, je m’autorise à extérioriser ma douleur. Les premières larmes dégringolent sur mes joues, tout de suite effacées par les jets d’eau du pavillon de douche, presque instantanément suivies par un raz de marée incontrôlable. Je sanglote à torrent. Mes jambes, épuisées, ne supportent plus mon poids et rompent sous ce dernier. Je suis recroquevillée à même le sol, avec l’impossibilité de me calmer. Je ne contrôle absolument plus rien.
Je ne saurais dire combien de temps a duré mon moment d’absence, mais une fois que je reprends légèrement pied, la température de l’eau s’est rafraîchie. Je me relève, attrape mon peignoir en éponge tout en fuyant mon reflet dans le miroir. Cette situation me replonge des années auparavant et je déteste cette idée ! Je quitte la pièce avant de rejoindre le dressing pour me revêtir de quelque chose de confortable et chaud. Ma main se dirige vers le tiroir où sont disposés mes vêtements d'intérieur quand, sans me concerter, elle ouvre celui d’Andrea. Mon cœur fait une embardée, déjà en manque de celui qui le maintient en vie. Je frôle du bout des doigts le doux tissu d’un de ses t-shirts. En pilotage automatique, je dénoue la ceinture de mon peignoir et m’en débarrasse pour enfiler le bout de tissu gorgé de l’odeur charismatique d’Andrea. Ma gorge se serre et mes yeux s’embrument à nouveau. Je ferme les paupières avec force, ayant bien trop pleuré pour la soirée.
Je suis exténuée, vidée, je n’ai pas le courage de m’alimenter avec quoi que ce soit. C’est à peine si mon corps me mène à l’immense lit que nous partagions jusqu’alors. Je m’y jette de tout mon poids, impatiente de sombrer dans un sommeil sans rêves. Peut-être qu’avec un peu de chance, je me réveillerai demain matin en comprenant que tout ceci n’était qu’un affreux cauchemar. Mais bien sûr Sierra, conforte-toi dans le déni… C’est bien connu que le père Noël et la petite souris existent véritablement !
Chaque jour sa peine, demain le soleil se lèvera à nouveau. Alors, je devrai faire face au caprice de mon destin. Mais pour l’heure, je vais tenter de me reposer, tout en espérant qu’Andrea sera présent demain matin et enclin à m’écouter enfin. Je mets mes écouteurs avant de balancer ma playlist. La mélodie empoignante de Leaving Tonight résonne dans tout mon être. Bordel, j’ai tellement mal ! Je n’ai jamais ressenti une chose pareille, pas même enfant lors que ma mère m’avait encore enfermée dans ce placard crasseux après m’être tombé dessus à coup de cuillère en bois. Non, jamais je n’ai ressenti un tel vide écrasant à vous couper tout oxygène désirant emplir vos poumons ! J’ai enduré énormément de souffrances, mais je suis catégorique, celle-ci risque fort de me mener à ma perte.
Mes réflexions borderline sont interrompues quand une notification retentit dans mes écouteurs. L’espoir, tout aussi infime soit-il, naît au creux de ma poitrine. Or, en déverrouillant mon iPhone, mon espoir s’évanouit. C’est encore ce fichu numéro de téléphone : Steven.
SMS Steven :
« Boire ou conduire,
il faut choisir…
un accident est si
vite arrivé… »
Son SMS légende une photo où l’on distingue Andrea appuyé contre le capot de sa GTR, tandis qu’une jeune femme est calée entre ses jambes. Je ferme les paupières avec force cherchant à effacer cette image de mon esprit. Mais rien n’y fait, c’est comme si elle était tatouée sur mes globes oculaires ! La colère s’empare de moi dictée par la peur que cette menace à peine dissimuler se réalise. Steven n’est pas du genre à dire des choses à la légère. C’est tout de même curieux que le timing soit si bon. Le hasard ? Non, je n’y crois pas. Il me garde à l’œil depuis un certain temps, surveillant mes moindres faits et gestes. Ça faisait longtemps que ce dernier n’était pas passé à l’action. Tout ceci n’est qu’un jeu à ses yeux, morbide et cruel.
Cependant, chaque détail est réfléchi et étudié pour avoir le maximum d’impact au moment où il décidera de frapper pour de bon. Je ne le sais que trop bien car, par le passé, je l’ai, à de nombreuses reprises, assisté dans des cas de figure semblables au mien à présent. Il sait que je l’attends au tournant, qu’il fasse un faux pas… Steven veut me faire payer ma rébellion. Par ma faute il a pratiquement tout perdu. Lors de notre confrontation au Panam, Steven ne s’est pas privé pour m’asséner une piqûre de rappel et ses exigences étaient limpides. Il veut récupérer son statut plus le pouvoir qu’il avait sur les autres. En somme tout ce que Lane a bâti en usant de la force et de son esprit. Ce soir, j’ai le sentiment que son message est davantage une déclaration de guerre plutôt qu’une mise en garde.
La panique gagne du terrain, c’est alors que les doigts tremblants et la gorge nouée, j’appelle Andrea. J’ai conscience qu’il y a peu de chances pour qu’il décroche, je ne lâche pas l’affaire pour autant. À plusieurs reprises, je réitère mon geste et c’est sans surprise qu’il finit par envoyer mes derniers appels vers sa boîte vocale.
Je peste, à bout de patience et à voix haute au bord de la crise de nerfs, tout en jetant mon iPhone à travers la pièce. J’étouffe mes cris de frustration, de peur, de détresse et de douleur dans mon oreiller. Lamentable tentative d’une pathétique gonzesse ! Bordel, cette soirée est véritablement interminable. Puis, au bord du gouffre, une lueur d’espoir me guide jusqu’au prénom de Luciann.
Je bondis de mon lit sur mes jambes en direction d’où gît mon iPhone. Je prie pour que ce dernier ne soit pas HS. Une fois en main, je m’aperçois qu’il a survécu à ma fureur. Je cherche alors le contact de Luciann et l’appelle à son tour, dans l’espoir qu’il ait changé ses plans de fin de soirée. Là encore, je ne suis pas chanceuse et tombe à plusieurs reprises sur son répondeur. Merde !
Tant pis si personne ne daigne me répondre, je me débrouillerai toute seule. J’enfile à la hâte un legging plus un sweat à capuche appartenant à Andrea. Je chausse ma paire de Jordan et m’empare du pad de la Mercedes gisant dans le vide-poche de la desserte à l’entrée du loft. Je vérifie mon iPhone au cas où l’un des garçons m’aurait appelé du temps que je me prépare : silence radio. Je me dirige à petite foulée vers l’ascenseur pour rejoindre le sous-sol.
L’appréhension me gagne quand je déverrouille la C63 d’Andrea. Plusieurs souvenirs me reviennent en tête au moment où j’ouvre la portière, il s’en dégage les fragrances de son eau de parfum prisonnières de l’habitacle. Je me glisse à l’intérieur et souffle un bon coup avant d’insérer le pad dans le Neman pour démarrer. Les rugissements que font les 8 cylindres accroissent ma nervosité. Je ne peux pas dire que je suis une grande fan de conduite de plus quand il s’agit d’une voiture comme celle-ci. Malgré ma trouille, je ne veux plus faire machine arrière. J’ai en quelque sorte la vie de celui que j’aime entre les mains. Si je ne tente rien, Steven risque fort de s’en prendre à Andrea. Imaginer ma vie sans lui à mes côtés, passe encore. Mais un monde où Andrea ne serait plus, c’est tout bonnement inenvisageable !
Je quitte le parking avec la boule au ventre, je me dirige avec beaucoup de concentration vers l’axe principal. Je déambule aisément au milieu du trafic étonnamment calme pour un samedi soir. Je prends peu à peu confiance en moi en gardant à l’esprit les conseils avisés d’Andrea lors d’une leçon de conduite improvisée, il y a de ça plusieurs mois. Ce dernier avait entièrement raison, la Mercedes est un parfait mélange entre nervosité extrême et confort exceptionnel. Docile en apparence, ce monstre de puissance se laisse conduire sans difficulté. J’en suis étonnée moi-même. Un brin moins tendue, mon cerveau turbine, quant à lui, à vive allure afin de trouver une solution. C’est alors que, malgré moi, je pense à Batista Riviera. Peut-être est-il toujours sur place malgré sa défaite. Je tente le tout pour le tout et demande à Siri de lancer l’appel.
Cette fois-ci, je suis plus chanceuse, Riviera décroche à la deuxième sonnerie.
— Sierra ?
— Batista, tu ne peux pas savoir combien je suis heureuse que tu aies décroché ! déclaré-je avec empressement.
Sans lui laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit, j’enchaîne n’ayant que mon but en tête.
— Es-tu toujours au hangar ?
— Heu nan beauté, je suis au pieu là… pourquoi, tu veux m’y rejoindre ? J’peux te faire une p’tite place si ça te branche.
— Putain Riviera, j’ai vraiment pas le temps pour tes conneries !
Le ton de ma voix doit sûrement laisser paraître mon angoisse, car celle de mon interlocuteur change radicalement.
— Qu’est-ce qu’il se passe Sierra ?!
— C’est Steven, il… il, vient de m’envoyer un SMS en menaçant Andrea, suffoqué-je.
— Steven ?
— Je croyais que vous l’aviez à l’œil, qu’il était seul et impuissant ! paniqué-je.
— C’est le cas, enfin c’est ce que je croyais…
Eh bien, visiblement il est plus malin que mon frère et son gang.
— Calme-toi, respire Sierra. Tu es chez toi, enfin chez lui ?
— Nan, je suis en chemin pour le hangar. J’ai pris la Mercedes d’Andrea.
— L’AMG ?
— Oui, je crois… la noire, rétorqué-je agacée de ne même pas connaître le modèle de bagnole que possède mon fiancé.
— OK, OK, fais doucement, t’as plus de 500 cv sous la pédale ! Tu sais où tu es là ?
Ah ouais quand même, j’avais raison de stresser à l’idée de la conduire. Malgré mon état de fatigue aiguë, je stimule ma concentration afin de rester vigilante. Je quitte un léger instant la route du regard en relâchant l’accélérateur pour porter mon intérêt sur les nombreux panneaux présents sur ma route. Je ne suis pas rassurée d’autant plus qu’il me semble que la voiture fait des ratés.
— Heu… je suis sur Madison Street, je n’ai pas encore passé le wall art…
J’accélère progressivement, mais la Mercedes semble comme possédée, ne plus vouloir m’écouter. Elle prend bien plus de vitesse que je lui en demande. Le moteur devient très bruyant et les à-coups se multiplient. Là, j’ai clairement la trouille. Je ne comprends pas ce qui lui prend, j’ai beaucoup de difficulté à la maintenir dans la bonne voie.
— Riviera, la bagnole fait des trucs bizarres !
— Genre ?
— Elle ne me répond plus, j’accélère pas et elle roule toute seule… expliqué-je affolée.
— Bah c’est normal c’est une boîte auto…
Je me cramponne de toutes mes forces au volant, ne touchant à présent plus la pédale de l’accélérateur. C’est comme si quelqu’un d’autre avait pris les commandes de la Mercedes.
— Non, je sais ça, je ne suis pas conne ! Elle ne m’écoute plus, elle prend beaucoup de vitesse toute seule ! J’ai peur… je sais pas quoi faire !
Les voitures garées au loin se rapprochent dangereusement.
— Bloque le volant et freine BORDEL !!! s’égosille le jeune homme.
— C’est ce que je fais !
Je pousse un cri de terreur tout en écrasant de mes deux pieds la pédale de frein sentant l’impact inévitable.
—Sierrrraaaaa ! rugit Riviera à son tour.
—C’est trop tard, j’y arrive pas…
—Ça va taper, protège-toi ! J’appelle les secours, ma belle… tiens bon !
Comme vient de le dire Batista, la Mercedes s’écrase contre un autre véhicule dans un fracas sans nom, pendant que les nombreux air bags se gonflent autour de moi.
Aïe…
—Andrea, lâché-je dans un souffle avant de perdre connaissance.
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