War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 28 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 26

 

Andrea

Une part de moi en connaît déjà la réponse et l’autre, bien plus naïve, reste sans voix. Me serais-je trompé sur toute la ligne la concernant ? Non, je ne veux pas y songer, c’est tout bonnement impossible ! Sierra est devenue tout mon monde en si peu de temps. Je l’ai demandée en mariage. Elle a dit oui, putain ! Pour quelle raison aurait-elle pu me dérober mes bijoux ? Et puis merde, je veux savoir ce qui se cache là-dessous.

— Comment ? soufflé-je effrayé à Luciann.

Absolument, il n’existe pas d’autre mot pour retranscrire ce que je suis à cet instant. Je suis de nouveau, en une fraction de seconde, redevenu le petit garçon effrayé. J’ai peur de ce que mon meilleur ami risque de me révéler. Je suis tétanisé à l’idée de voir mon rêve, que j’ai pris tant soin à créer, m’explose à la tronche pour me renvoyer à ce que je mérite, c’est à dire rien. Je suis et resterai qu’un sale bâtard raté, rien de bon ne peut sortir de moi. 

— Ça vient d’un mec avec qui je suis en business, en guise de mise pour conclure notre deal.

— Depuis combien de temps tu les as ?

— Une heure tout au plus.

J’acquiesce frénétiquement cherchant de la rationalité là où il n’y en a pas.

— Quel est le lien avec Sierra ?

— Il vit dans à East Harlem, le même quartier où ont grandi Riviera…

— Et elle, lui coupé-je la parole.

— Je suis désolé, mec. J’aurais sincèrement voulu que ma première impression contredise mon instinct.

Après le sentiment de peur, vient vicieusement s’allier celui de la douleur et la colère. Mon sang bouillonne de rage sous ma peau écorchée. Mes tempes me vrillent en deux tant les battements irrationnels de mon cœur s’y fracassent.

— Tu veux que je mette un de mes gars sur l’affaire pour qu’il creuse sur ta nana ?

— Fais ce que tu veux… j’ai juste besoin, besoin d’air, lâché-je d’un ton détaché ne cherchant qu’à fuir cet endroit devenu trop étriqué pour moi.

J’entends au loin la voix de mon ami me demander où je compte aller ou un truc dans le style. Absent, je réponds :

— Ne t’inquiète pas pour moi, promis je ne ferai pas de conneries…

Mes poumons se vident du peu d’air qu’ils détenaient. Le manque d’oxygène me fait un mal de chien !

Putain.

Je.

Ne.

Peux.

Plus.

Respirer !

Un million de pensées se bousculent dans mon crâne. C’est comme si une mine antipersonnel venait d’exploser dans ma boîte crânienne. Tel un automate, je grimpe derrière le volant de l’AMG avant de la démarrer. Le ronronnement familier qu’elle émet me ramène un tant soit peu sur terre, juste assez pour m’ordonner de quitter le parking. Je peine malgré tout à me focaliser sur l’instant présent, je lutte pour ne pas sombrer dans ce gouffre qui me rappelle avec insistance auprès de lui. Je suis assailli par une multitude d’images provenant d’instants partagés avec Sierra. Mais elles se confondent tristement avec celles de mon effroyable passé. Tout se mélange, se bouscule pour me tirer vers cette noirceur inévitable au fur et à mesure que l’asphalte défile sous mes yeux.

C’est alors que, sans en avoir réellement été maître et encore moins décisionnaire, j’arrête la Mercedes, arrivé à destination. Je ne connais que trop bien cet endroit, je n’y ai plus mis les pieds depuis plusieurs mois. Depuis qu’elle a fait irruption dans ma vie, fade et morne, tel un boulet canon pour me ranimer… ou bien m’achever, je ne suis plus sûr de rien sentant ma raison s’étioler ! Je cogne violemment à plusieurs reprises le volant de mon poing tout en laissant exploser ma rage dans un cri insoutenable.

Mes jambes me guident toutes seules devant cet édifice beaucoup trop froid, beaucoup trop familier et beaucoup trop silencieux, avant de se dérober pour enfin me mettre à genoux. Mes yeux fixent les lettres manuscrites gravées sur la pierre tombale, mes doigts s’arriment aux creux qu’elles forment comme un rituel. Mon rituel depuis vingt-cinq ans.

—Salut maman… murmuré-je à bout de souffle.

***

Vingt-cinq ans auparavant

Je n’ai pas vu maman depuis plusieurs jours et quand je demande aux grands où elle est, personne ne me répond vraiment. Ils ne me disent jamais la même chose. Christian me dit qu’elle est au travail, alors que Christina me dit qu’elle est chez le coiffeur. Et quand je demande à papa, il me gronde et m’emmène dans ma chambre. Il n’y a que mémère qui me prend dans ses bras pour me bercer tout en pleurant et murmurant des mots dans une langue que je ne comprends pas.

Les grands pensent que je suis bête, que je ne comprends pas qu’ils me mentent tous. Je sais qu’il arrive quelque chose de grave à ma maman, mais j’ignore ce que c’est. Hier quand je suis rentré de l’école, j’ai remarqué que la porte à côté de la chambre de mon père était ouverte et que les grands entraient et sortaient. Ce soir, quand tout le monde sera au lit, j’irai voir ce qu’il y a dans cette chambre. J’ai peur, mais je veux savoir.

Tout le monde est au lit et dort à poings fermés depuis plusieurs heures. Je pousse ma couette et sors de mon lit en faisant attention pour ne pas faire de bruit. Je marche doucement le long du couloir. La porte de la chambre mystérieuse est toujours entrouverte, je m’y faufile alors. Il fait très sombre, il y a juste une petite lampe un peu comme ma veilleuse dans ma chambre. Il y a du bruit, des bips et des petites lumières qui clignotent rouge, vert, jaune et blanc.

Il y a aussi un grand lit avec quelqu’un qui dort dedans. Je commence savoir très peur et le sol froid sous mes pieds me fait frissonner. Pourtant ma curiosité me pousse à m’approcher d’un peu plus près. J’ouvre grand mes yeux et bloque ma respiration quand je vois que c’est ma maman qui dort. Je savais bien qu’elle n’était pas au travail !

J’ai compté, elle ne peut pas être au travail pendant sept jours sans rentrer à la maison. Elle est jolie quand elle fait dodo. Elle m’a beaucoup manqué, et ses câlins aussi. Je me hisse comme je peux pour la rejoindre dans son lit. Je fais attention de ne pas la réveiller pour pas me faire gronder.

—Hé, coucou mon petit ange, souffle-t-elle avec douceur. Tu ne dors pas ?

—Coucou, maman ! Non, tu me manquais trop et personne veut me dire où tu es… Tu vas me gronder ?

—Pourquoi je te gronderais mon petit cœur ? Viens plus près de moi. Tu m’as beaucoup manqué toi aussi.

—Pourquoi t’étais partie ? osé-je lui demandé.

—Parce que je suis très fatiguée.

—Tu vas rester ici maintenant pour te reposer ?

—Oui, mon ange.

—Pendant longtemps ?

—Oui, mon ange.

—Tu vas faire de beaux rêves longtemps ?

—Oui, pendant très longtemps…

—Je t’aime maman, bâillé-je.

—Je t’aime tellement mon petit cœur, dors à présent.

Je ferme les yeux, enfin heureux d’avoir retrouvé ma maman, et m’endors lové tout contre elle.

Je suis réveillé en sursaut par la voix de mon père qui gronde dans la chambre. Il m’attrape avec force par le bras pour me faire descendre du lit et me hurler dessus.

— Je ne veux plus te voir ici Andrea, maman est fatiguée, tu ne peux pas venir l’embêter la nuit ! Elle a besoin de se reposer, tu entends quand je te parle ? crie-t-il.

— Oui papa, pardon papa, je ne savais pas. Je ne voulais pas embêter maman, je voulais juste qu’elle me fasse un câlin, articulé-je entre deux sanglots.

— Minou, murmure ma maman. Ne gronde pas le petit, il n’a rien fait de mal. Il ne peut pas comprendre si personne ne le lui explique.

— Ton traitement te fatigue, tu n’as pas besoin de ça en ce moment. S’il est trop bête pour comprendre, c’est son problème. Je ne veux plus jamais le voir ici.

—J’ai très peur de papa et je suis très triste de me faire gronder. Je pleure à chaudes larmes et appelle ma maman pendant que papa me traîne jusque dans ma chambre avec perte et fracas.

—C’est la dernière fois que je fais un câlin à ma maman.

 

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