War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 45 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Quatre mois plus tard…

 

Sierra

 

Les jours se suivent et se ressemblent depuis qu’Andrea a quitté ce monde…

Voilà quatre mois que je tente lamentablement de réapprendre à vivre sans lui. Les alliés de Luciann, Jay, Brady et Jer, m’ont fait quitter la ville pour rejoindre la côte ouest des États-Unis où se situe leur fief. De cette façon, il était plus facile de garder un œil constant sur moi juste au cas où un fanatique de Steven souhaiterait terminer sa mission en m’envoyant dans une tombe à mon tour. Inutile de vous dire que je n’étais pas consentante. Néanmoins, je n’ai montré aucune forme de résistance. J’étais bien trop ensevelie par la tristesse et le désespoir d’avoir perdu l’amour de ma vie. Je n’ai fait qu’obéir aux volontés de Luciann à qui j’ai fini par faire entièrement confiance et il s’est révélé être un véritable ami. Comme Andrea le faisait…

Quitter New York sans me retourner en abandonnant mon frère ne m’a pas coûté plus que ça. La haine que j’éprouvais pour cette satanée ville aidant ! Ma seule exigence était qu’il prenne soin et protège ma meilleure amie, Ella, de tout ce monde dégueulasse dans lequel elle gravitait malgré elle. Mon amie mérite plus que quiconque d’obtenir ce qu’elle désire depuis toujours : une vie simple auprès d’un homme qui l’aimerait sans condition. Je souhaite de tout cœur qu’elle connaisse le véritable amour à son tour… Peut-être le trouvera-t-elle en Batista Riviera ? Ella et moi nous appelons fréquemment, sans que je ne lui révèle mon point de chute. En réalité, elle n’en a que faire, seuls mon bien-être et ma sécurité l’intéresse. Tout comme moi, finalement.

Les contacts de Luciann additionnés à ceux des Death’s Falcons m’ont permis de me construire une existence plutôt agréable ici, à Hillsdale. Le premier mois, j’étais incapable de faire quoi que ce soit. Même l’idée de sortir de l’appartement que me loue gracieusement Jay me rendait malade. Le mois suivant, je me suis décidée à mettre le nez dehors. Ma sécurité était plus que sous contrôle puisque l’appartement n’était en fait qu’une annexe située dans l’enceinte même du club des bikers ! Personne ne m’aurait cherché là ! 

Puis, j’ai fait la connaissance de Shawna, l’épouse de Jay. Cette dernière tient un cabaret haut de gamme et m’a proposé d’être son assistante. Le milieu de la nuit et du spectacle est différent de la mode, cependant avoir partagé la vie d’un directeur de nigth-club m’aide grandement dans cette nouvelle tâche. Andrea me manque à chaque instant que compose ma nouvelle existence. Par chance, je croule sous diverses tâches au Carmen, ayant le mérite d’occuper mon esprit pour quelques heures durant. Je suis respectée par le personnel, essentiellement composé de femmes, l’ambiance est sympa et je suis bien payée, que demander de plus à ça ?

L’exil m’a assez bien réussi, enfin en apparence. Il ne passe pas une heure sans que je ne pense à lui. Sans que son toucher, sa voix ou encore son regard me terrasse de manque. Parfois même, j’ai l’impression qu’il est au milieu d’une foule de passants, jusqu’à ce que son illusion s’évapore presque sous mes yeux. Jour après jour, je reprends mon souffle et sèche avec plus de facilité mes larmes. Cependant, rien n’y fait vraiment. En perdant la vie, Andrea a embarqué avec lui tout ce qu’il y avait de vivant en moi. Je ne suis plus qu’une coquille vide d’humanité et de sens. À plusieurs reprises, le désir ardant de le rejoindre m’a envahie. C’est alors qu’à chaque fois, j’ai pu compter sur le soutien indéfectible de Shawna.

Cette dernière a dû survivre au deuil de son premier mari, faisant d’elle la mieux placée pour comprendre mes tendances suicidaires. Shaw a beau être ma boss, un lien d’amitié improbable s’est imposé tout doucement. Je ne la remercierai jamais assez pour me tenir la tête hors de l’eau.

Aujourd’hui comme tous les matins depuis deux mois, je prends un café en terrasse non loin du Carmen, quand mon regard s’accroche sur les lettres capitales du titre racoleur. Je m’empare du journal abandonné sur une table voisine. « L’épouse du juge Miroslaw condamnée pour mauvais traitement infantile ». Une salve de frissons dévale ma colonne vertébrale, me propulsant aux portes de souvenirs insoutenables : ceux de la détresse dans laquelle pataugeait Andrea ! Combien de nuits, combien de crises auxquelles j’ai assisté sans pouvoir l’apaiser d’une quelconque manière que ce soit ?

Liliane Miroslaw a ruiné l’existence de celui que j’aimerais toute ma vie. Comment une telle chose a pu se produire sans que personne n’en découvre l’existence ? Comment un monstre tel que Liliane a pu martyriser un pauvre petit garçon sans défense en demande d’amour maternel ? Cette bonne femme est inhumaine, elle ne mérite même pas de respirer !

Je parcours les lignes d’encre noire avec une énormément d’appréhension, comme si les pages allaient s’enflammer sous mon regard. Je garde également une certaine distance entre elles et moi. Un sentiment de soulagement me gagne à mesure que les mots se matérialisent dans mes pensées. Cette connasse va enfin payer pour tout le mal qu’elle a infligé à Andrea ! J’espère qu'elle va moisir dans sa cellule, malmenée et traitée comme une paria ! Je souhaite de tout mon cœur que ses colocataires de cellule lui en fassent baver chaque minute de chaque instant et qu’elle pourrira derrière les barreaux. Je veux qu’elle souffre !! Qu’elle souffre tellement au point d’en crever ! Je vais appeler mon biker baby-sitter, Jer, afin de lui en jeter deux mots. Je suis certaine que les Death’s ont le pouvoir de faire de telles choses…

Totalement absorbée par ma lecture, je ne juge pas pertinent de la lâcher du regard pour récupérer mon iPhone dans mon petit sac. Je plonge ma main à l’intérieur en pestant silencieusement, pour joindre Jer.

— J’espère que cette pétasse va souffrir en prison ! lâché-je à haute voix pour moi-même.

C’est alors, après avoir atteint mon but et m’apprêtant à le déposer sur la petite table, qu’une voix grave et sensuelle me transperce de part en part. Je beugue complètement sur la tessiture de cette dernière, sans en comprendre le sens. Interdite, je m’efforce de sortir de mon trouble. Je relève la tête en direction de cette voix, qui réitère sa tirade.

— Je te le garantis !

Je suis sous le choc ! Ce que me révèlent mes yeux est tout bonnement I.M.P.O.S.S.I.B.L.E !

— Pardon, bredouillé-je à l’intention de ce mirage.

Nos prunelles s’accrochent l’une à l’autre, s’affrontent et se sondent avant de, sans équivoquent, se reconnaître.

— Elle va en baver, mon ange… j’ai mis un contrat sur sa tête.

Je rêve ? Oui, ça ne peut être que ça… Mon cœur cogne à vive allure sous l’effet de surprise, que je crains véritablement qu’il s’éjecte de ma poitrine. Je tente de verbaliser une des dizaines de phrases qui se bousculent dans ma cervelle, mais je suis coupée avant même d’avoir prononcé un seul mot.

— Je suis certain qu’un ouragan de questions est en train de te submerger, Bella, mais la plus insistante est : comment est-ce possible ? en déduit-il sans difficulté tout en prenant place sur la chaise vide face à moi.

Je valide d’un petit signe de tête son analyse des plus troublante. Je demeure incapable d’avaler la boule coincée dans ma trachée.

— Avant de t’en dire davantage, sache que je prends le risque qu’après ma version des faits, tu me colles une gifle monumentale. Mais bon c’est le jeu… ma décision n’a absolument pas été facile à prendre, crois-moi. Mon but a toujours été de te protéger toi et toi seule, même si pour cela il était question d’être séparé de toi pendant plusieurs mois…

Je prends une bonne dose de caféine et l’invite à poursuivre tout en gardant le silence. Voilà plusieurs mois que je pleure son décès, inconsolable ! Alors oui, je suis très curieuse d’apprendre ce qu’il est venu me révéler, mais également extrêmement tentée de lui flanquer mon poing en plein dans sa tronche de beau gosse ! Je garde le silence parce qu’en toute sincérité, je ne sais pas par quoi commencer. De la même manière que je ne sais pas si j’ai envie de rester ou de fuir à grandes enjambées. C’est affreusement troublant comme situation. Suis-je en une poignée de minutes devenue complètement folle, fantasmant sur une hypothétique vision de mon fiancé décédé ? Ou bien, Andrea se tient-il bel et bien face à moi en chair et en os ?! Une chose est sûre, je ne suis plus certaine de rien à cet instant précis…

— Tu as bien vu ma GTR quitter la route avant de tomber du pont. Mais voilà, je n’étais déjà plus à bord. Luciann avait tout orchestré. Rien n’a été laissé au hasard, développe-t-il en hélant le serveur du café.

Je regarde ses lèvres énoncer sa commande, n’y croyant toujours pas. Andrea n’est pas décédé dans cet accident… Bordel ! Mon Andrea est bel et bien en vie !!

— Le but premier était, comme je te l’ai dit, de te protéger en faisant disparaître Steven des environs, reprend-il. Ce bâtard devait payer pour les sévices qu’il t’avait infligés gamine. Et tout le reste aussi, bien sûr. Il était obsédé par toi et n’aurait arrêté qu’une fois t’avoir en sa possession. Et ça, c’était hors de question !

Ses doigts s’arriment sur la table pour me réconforter.

— Après mon séjour en cellule, il était devenu évident que j’avais besoin d’aide pour me débarrasser de cet emmerdeur. Luciann a fait le reste. Puis les Death’s ont répondu présents et ton frangin n’avait plus qu’une seule obsession : faire souffrir Steven pour ce qu’il t’avait fait. Le faire tomber pour tes viols était mission impossible. En revanche, qu’il soit condamné pour avoir commandité mon meurtre, oui ! Steven a convaincu Lucy de faire un faux témoignage. Luciann s’est démené pour apporter les preuves de mon innocence aux flics.

— OK, mais le corps que les sauveteurs ont repéché, il était à qui ?

— J’en ai aucune idée… quelqu’un possédant une très forte ressemblance avec moi, je suppose. C’est ton frère qui s’est chargé de cette partie-là du plan.

Sa révélation me fait froid dans le dos et cette facette de Lane me fait atrocement peur.

— Qui d’autre était au courant de votre mission suicide ?

— Personne.

— Pas même Livia ?

— Non, surtout pas, soupire-t-il. Je lui ai d’ailleurs légué tous mes biens y compris la garde d’Ixa.

— J’imagine que cette démarche n’a pas dû être évidente pour toi.

— En effet, c’est pourquoi Luciann s’est chargé de tous en plus de conserver ses parts du Panam.

—Ta nièce va en être ravie ! Elle qui aime tant le beau brun ! Tous aux abris ! ajouté-je sur le ton de la plaisanterie.

Entre sa nièce et le businessman, c’est loin d’être l’amour fou. Ce n’est un scoop pour personne !

— C’est clair ! Luciann va avoir du travail avec elle. Mon ami n’a pas fini de se plaindre en me maudissant.

— Qu’il n’oublie pas que toute cette mascarade était son plan à lui aussi…

— Pas faux, mon ange.

— Si je n’avais pas jeté mon dévolu sur toi, rien de tout cela ne te serait arrivé…

— Reconnais que je suis irrésistible… raille-t-il.

Je lève les yeux au ciel, reconnaissant surtout son assurance à toute épreuve lorsqu’il s’agit de sa belle gueule.

— Je m’en veux tellement de t’avoir embarqué dans toute cette sordide histoire… 

— Je ne t’en ai jamais voulu mon ange.

— Pourquoi m’avoir demandé de quitter NY si tu savais que tu ne serais pas avec moi ?

— Il fallait qu’on te mette à l’abri pendant qu’on faisait tomber Steven. C’était ma condition pour jouer l’appât. Je n’allais pas prendre le risque qu’il s’en prenne à toi. Autrement, tu ne m’aurais jamais laissé faire et tu serais encore moins partie si tu avais su ce qu’on trafiquait dans ton dos.

En toute franchise, leur plan était très bien étudié. Je comprends à présent certaines attitudes étranges que pouvait avoir Luciann et les Death’s...

— Tu as raison, je m’y serais totalement opposée. J’étais terrifiée à l’idée de te perdre… Le moins que je puisse dire est que vous n’avez rien laissé au hasard, déclaré-je.

Je comprends qu’il va me falloir un peu de temps pour digérer toute cette histoire. Ne vous y méprenez pas, je suis plus qu’heureuse d’apprendre que mon fiancé n’est finalement pas décédé lors de cette course. Simplement, j’ai pleuré sa mort durant un nombre incalculable d’heures !

— Malgré toute ma bonne volonté, je ne peux faire comme si rien n’avait eu lieu, Miro, commencé-je. Ni faire comme si, mon cœur ne s’était pas pulvérisé de chagrin, inlassablement… Ne m’en veux pas, c’est que je doute d’avoir la capacité pour de recoller les fragments de ce cœur meurtri si… facilement.

— Il n’y a aucune urgence mon ange, tu prendras le temps qu’il te faudra pour me pardonner. Je ne vais nulle part, je suis là pour de bon !

Ma peur viscérale se dissipe légèrement après sa réponse.

— Je n’ai pas besoin de te pardonner, tu l’es. En revanche, c’est de temps dont j’ai besoin. Pour faire disparaître cette angoisse d’abandon. Réaliser que tu es là à présent, que tu ne m’abandonneras plus à l’avenir.

Je ne sais pas comment l’expliquer, pourtant, j’ai le sentiment qu’enfin tout ira bien. Lui et moi, ensemble !

— OK, Miro. Et maintenant, il se passe quoi ? osé-je dans un murmure.

Pour toute réponse, Andrea rit laissant apparaître le plus authentique de ses sourires.

— Tu m’en fous une, déclare-t-il en attendant que ma main s’abatte sur sa joue.

Andrea a toujours été un très bel homme, mais à cet instant sa beauté vient de se multiplier au centuple tant il respire cette joie de vivre inespérée. Je le contemple en totale pâmoison comme une véritable imbécile débordante d’un amour plus passionnel que jamais. Cet homme est la plus belle chose qui me soit arrivée jusqu’ici. Il est ma rédemption, mon évidence et mon infini absolu…

— Ce n’est pas la première idée qui me vient à l’esprit mon beau Miro… nous avons du temps à rattraper… beaucoup de temps même, insinué-je malicieusement.

— J’aime tes idées mon ange… surtout si elles incluent ton corps contre le mien durant des heures.

Je ris à gorge déployée, heureuse que nous soyons, comme par le passé, sur la même longueur d’onde.

— Alors maintenant, on se crée la vie que nous avions l’intention de créer. Sans famille toxique, ni passé et plus de masques aseptisés. Juste toi et moi, affirme-t-il le regard pétillant d’excitation pendant que ses doigts jouent au creux de ma paume. T’es partante ?!

— Toujours mon amour… jusqu’au bout du monde et bien plus encore tant que je suis avec toi… 

 

FIN

 

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