War of Hearts (French Edition)
Chapitre 27
Sierra
J’ai bien cru que cette journée ne se terminerait jamais. J’ai passé mon temps à courir au sens propre du terme. Si bien que même les yeux fermés, je serai capable de me déplacer dans ce gigantesque loft, nous faisant office de studio shooting. Roger était tendu comme un string plus que de coutume. Tenter de le satisfaire n’a vraiment pas été une partie de plaisir. Assister un styliste de mode n’a jamais été une tâche évidente et bon nombre de mes prédécesseurs s’y sont cassé le nez avant moi. En toute logique, je devrais me réjouir d’être tenace et persévérante. Néanmoins, je n’en suis pas moins excédée de ses caprices et sautes d’humeur chroniques de stars de la mode.
La nuit est tombée quand je sors enfin de cette séance de torture. Par conséquent, je suis en retard et risque fort de louper le début de la race si je n’attrape pas un taxi rapidement. Je suis éreintée et je ne désire rien de plus qu’un bon bain chaud accompagné d’un délicieux verre de Saint-Émilion. Pourtant, ma bulle cocooning devra attendre pour rejoindre Andrea au hangar.
Le bras en l’air sur le trottoir, je consulte à la volée mon iPhone et constate que mon fiancé n’a pas répondu au SMS que je lui avais envoyé pendant ma micro pause déjeuner. J’étais soucieuse de savoir comment il allait, compte tenue de l’humeur maussade dans laquelle il était ce matin au moment où j’ai quitté le loft. Assurément sa journée a dû être semblable à la mienne, ce qui expliquerait qu’il n’ait pas eu le temps de me répondre. Je ne suis pas sereine pour autant. Je range mon portable dans la poche de mon manteau de laine fuchsia en même temps qu’un chauffeur ralentit dans ma direction.
Je suis à la limite d’être frigorifiée tant le climat automnal a envahi New York en si peu de temps. J’ouvre la portière du véhicule et m’y engouffre en quête de chaleur. Une fois installée, je donne succinctement l’adresse où me conduire au chauffeur avant de reporter de nouveau mon attention sur mon smartphone. Je tente de joindre Andrea, mais tombe sur sa boîte vocale. J’insiste et réitère mon action à plusieurs reprises, en vain. Andrea est injoignable. Son silence radio ne me dit rien qui vaille…
Mon estomac gronde en simultané avec mes orteils coincés depuis bien trop longtemps dans cette magnifique paire d’escarpins. Le petit poke bowl de ce midi est digéré depuis longtemps me laissant en tête à tête avec ma faim et le dédale d’images que je scroll sur mon écran tactile. Ce qui, bien entendu, n’arrange rien à ma bonne humeur légendaire ! Eh bien, ma fille, tu devras prendre ton mal en patience ! Je profite d’être en chemin pour contacter mon amie Ella.
SMS Sierra :
T’es au hangar ?
SMS Ella :
Oui et toi ?
Dans un taxi, j’arrive
Dépêche-toi,
C’est bientôt le départ…
Je fais au plus vite !
OK !
T’as vu Andrea ?
Vite fait
C’est à peine s’il m’a calculée lol
Jusque-là ça n’a rien d’étonnant. Andrea n’est pas fan de ma colocataire. Il la trouve trop niaise. C’est parce qu’il ne la connaît pas comme moi je la connais. Néanmoins, il n’a rien contre elle en particulier et ne juge pas notre amitié.
Ça n’a rien de personnel
Il est focus sur la race ;)
Je me doute
C’est prévu d’être chaud ce soir !!!
Riviera est déter !!!
Il peut bien être tout ce qu'il veut, une fois encore c’est mon homme qui remportera la course. Cependant je rejoins le point de vue de mon amie, j’ai le sentiment que cette soirée ne va pas être comme les autres. Et ce qui m’agace de surcroît, c’est combien je n’arrive pas à mettre le doigt sur l’élément mystère. Je ne suis pas dans un good mood, j’appréhende les heures à venir. Peut-être en raison du lien qui se renforce entre Andrea et moi ? Ou de ma peur viscérale qu’il finisse par cela c’est de moi ? Et, là encore, parce que je sais que je ne mérite pas cet homme... Ces dernières 24h ont marqué un tournant dans notre relation de couple. Mes sentiments pour lui ont redoublé en un claquement de doigts. Alors, pourquoi maintenant, me direz-vous ? Certainement parce que, mis à part qu'il était au départ le Big poisson à ferrer, j’ai découvert en cet homme des blessures d’une profondeur similaire aux miennes. Andrea s’est totalement mis à nu devant moi en me révélant son secret, que je cherchais tant à percer. Ce dont je ne m’attendais pas, c’est qu’il m’affecte avec autant de violence.
Déter ou pas
qu’il se prépare à sa défaite
mdr…
Je viens de lui dire…
Et voici sa réponse en image meuf
Je ricane en apercevant la mine vexée de Riviera sur la photo que vient de m’envoyer Ella. Il m’assène un joli doigt d’honneur en guise de réponse à ma provocation. Dans la foulée je reçois un autre SMS qui cette fois-ci ne vient pas de mon amie, mais de Riviera.
Miro a déjà gagné la fille…
Il ne peut pas être gagnant partout
J'ai bien l'intention de l’enrhumer ce soir !
« La fille » rien que ça
Tu n'as jamais manifesté
ton intérêt pour moi
Tu n’as jamais rien
Voulu voir…
Je ne me donne pas la peine de répondre à son dernier SMS voyant que je suis à quelques pâtés de maisons de ma destination. Ce que vient de me dire Riviera me met mal à l’aise. Comme si c’était mal d’avoir cet échange. Depuis quand je me soucie de ce qu’il y a de bien ou de mal ?! Depuis que ton âme et ton corps tout entier ne vibrent qu’au son d’une seule et unique voix : celle d’Andrea.
Me voilà arrivée sur le lieu de la race, je remercie le chauffeur avant de quitter son véhicule. Je scanne des environs et repère rapidement la joyeuse bande qui entoure Ella. Avant de me diriger vers eux je scrute la foule en cherchant Andrea. Un sentiment de déception m’envahit, accompagné de mon inquiétude toujours présente et grandissante. J’appelle mon fiancé pour la énième fois de la journée. Les tonalités s’égrènent sans jamais entendre la voix réconfortante que je recherche.
Bon sang… pourquoi ne décroche-t-il pas son foutu téléphone ?! Agacée par son acharnement à m’éviter, je décide de faire un tour de repérage dans le hangar et me glisser jusque dans le bureau de Luciann. Quand tel un boulet de canon Ella se rue sur moi.
— Eh bien, c’est pas trop tôt ma fille ! Le départ est pour dans deux toutes petites minutes, s’écrie-t-elle au bord de l’hystérie.
Ses doigts s’enroulent autour de mon poignet et l’enserrent, autoritaires.
— Allez, suis-moi si tu ne veux rien rater !
Sans même me laisser le temps d’articuler le moindre mot, ma meilleure amie me traîne derrière elle avec détermination. Un tantinet amusée, je me laisse faire et emboîte ses pas. Sans grande surprise nous rejoignons la bande habituelle enrichie par le fan-club du coureur. J’opère un salut général n’ayant nullement envie de faire un quelconque effort. Très franchement, claquer la bise à une flopée d’inconnus, très peu pour moi ! J’ai toujours eu une sainte horreur qu’on empiète sur mon espace vital. Et davantage quand il s’agit de la zone de sécurité que j’aime instaurer entre les autres et ma petite personne.
—Tu avais peur de passer inaperçu, s’exclame Riviera à mon encontre tout en désignant mon manteau.
— Voyons Riviera, tu me déçois… depuis quand fais-je partie de celles qui passent inaperçues ?!
— Il faudrait être aveugle pour ne pas te voir.
Si sa réponse semble anodine pour le reste du groupe qui se marre, pour ma part j’ai bien saisi son double sens.
— Depuis le temps qu’on se connaît, tu devrais savoir que je rayonne en toute circonstance ! Tu n’as pas mieux à faire plutôt que de critiquer ma tenue vestimentaire, comme te mettre en condition pour une course automobile ? Perdue d’avance !
J’appuie volontairement ma tirade d’un ton des plus cassant et d’une œillade qui est, je l’espère, dépourvue de chaleur. Je n’aime assurément pas la façon dont se comporte le jeune homme avec moi ce soir. L’ambiguïté dans son SMS passait encore, mais là c’en est trop pour moi. Je préfère écrabouiller ses espoirs dans l’œuf plutôt que de laisser couler et faire comme si de rien n’était. Inutile que cet imbécile pense qu’il a une ridicule chance avec moi. Pour être tout à fait honnête, la Sierra d’il y a quatre ans plus tôt aurait apprécié son attention toute particulière. Cependant, cette fille-là est morte et enterrée depuis des lustres par mes soins. À présent, ce mec ne représente rien d’autre qu’un latino de plus gisant à mes pieds. Cours, cours, autant que tu le souhaites Riviera, mais jamais tu ne m’attraperas dans tes filets…
Je vois bien dans son regard que j’ai tapé dans le mille. Mes sarcasmes bourrés de vérité l’ont touché. J’ai conscience d’y être allée un peu fort, cependant il n’y a qu’une seule façon pour éconduire un homme insistant, une frappe chirurgicale. Je me réjouis de ma victoire et laisse entrevoir ma satisfaction d’un sourire en coin naissant sur mon visage de glace. C’est alors que je sens qu’on pointe un laser dans mon dos me forçant à regarder derrière mon épaule. Pendant que les autres ont repris leurs bavardages, Riviera comprend que quelque chose me perturbe. De seulement quelques pas, il se rapproche de moi et me glisse à l’oreille pour que je sois la seule à l’entendre.
—Tu as beau être la plus belle femme que je connaisse, Sierra, tu es sans équivoque la plus venimeuse ! Tu portes à la perfection ta couronne… dommage que le prince de la nuit n’en soit pas de taille…
—Et toi oui, sifflé-je.
—Évidemment, j’ai beaucoup de qualités et tu le sais très bien ! Chapitre 28
Foutaises ! Ce mec n’a jamais rien eu pour moi ! Il garde pourtant ton précieux secret depuis des années… Tu sais celui que tu t’évertues à enterrer !
Ses mots sonneraient presque comme un compliment, presque. Je ne suis pas dupe, il en est tout autre et il veut que je le sache. Ce dernier se dégage de mon champ de vision et ma peur concernant son silence, serpente le long de mon échine dès l’instant où mon regard plonge dans celui de l’homme que j’aime. Andrea…
Ses prunelles hypnotiques laissent transparaître avec limpidité le tumulte qui l’ébranle à ce moment précis. Mon sentiment de peur redouble d’intensité, comprenant que cette soirée s’annonce longue et désagréable.
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