War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 21 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 20

 

Sierra

— Allez ma vieille ce n’est pas le moment de te défiler ! Ce n’est pas une trentaine d’inconnus qui vont t’impressionner ? Tu es Sierra Faming et très bientôt Miroslaw, murmuré-je à moi-même pour me donner du courage. 

Dans tout juste deux petites heures, je devrais affronter les regards de la famille de celui que je m’apprête à épouser, elle sera au grand complet. En règle générale, j’en aurais que faire. À présent, et davantage quand Miro est avec moi, c’en est tout autre, je deviens vulnérable. Voilà mon nouveau normal ! Pourtant, je m’efforce un peu plus chaque jour de palier à cette faille, cependant j’en suis incapable. Il est si doux de se laisser porter par le cocon protecteur et bienfaiteur qu’a créé Miro autour de nous.

Le tintement d’une notification me fait sortir de ma rêverie. Ah enfin, mon frère daigne m’accorder son attention. 

SMS Lane : « Ne t’inquiète pas, je fais le nécessaire de mon côté.

SMS Sierra : Mieux que la dernière fois, j’espère…

SMS Lane : Des gars de confiance sont sur le coup. S est seul et impuissant, je m’en suis assuré.

SMS Sierra : T’as intérêt, je ne veux plus jamais le revoir, ni recevoir aucun de ses messages. Andrea ne doit pas savoir !

SMS Lane : Il ne t’approchera plus, promis.

SMS Lane : Quand est-ce que tu me présentes ton mec ?

SMS Sierra : Jamais !

SMS Lane : Sympa ! T’as honte de moi ou quoi ?

SMS Sierra : Nan, rien à voir avec toi. Je veux pas qu’il voie d’où je viens. On est pas du même monde lui et moi, inutile de le lui rappeler. 

SMS Lane : S’il ne t’accepte pas telle que tu es, c’est mort pour vous 2.

SMS Lane : La vérité refait toujours surface, à moins d’être comme moi…

Ouais, mais nan, je passe mon tour. Escroquer et mentir, c’est déjà bien assez comme ça. Je vais éviter de rajouter trafic, meurtre et autre à mon palmarès. 

SMS Sierra : J’ai saisi… un jour peut-être, mais pas maintenant.

SMS Lane : À ton mariage…

SMS Sierra : Qui t’en a parlé ?

SMS Lane : Je sais beaucoup de choses, petite sœur ne l’oublie pas… et même si j’en savais rien, tu viens de te griller lol

Touché coulé ! Il n’est pas le roi de East Harlem pour rien celui-là. Nous sommes véritablement faits du même acabit. Lane et moi nous ressemblons sur bien des points. À ses côtés je deviens une version plus calculatrice et vénale que je ne le suis en temps normal. Voilà la raison principale de mon non-empressement à lui présenter Andrea. 

SMS Sierra : Bien joué frangin ! Occupe-toi de Steven !

SMS Lane : Bonne soirée de fiançailles petite sœur ;)

Je souris malgré moi, attendrie de savoir que, où et quoi que je fasse, mon grand frère veille sur moi, prêt à me protéger, à sa manière. Je verrouille mon iPhone avant de reprendre mes occupations. 

C’est dans un nuage aux fragrances de mon parfum que je sors de la salle de bain seulement vêtue de ma lingerie fine en direction du dressing situé dans la chambre à coucher. Tout mon corps se met à frissonner sous le regard appréciateur de mon fiancé.

— Je te jure que si tu ne mets pas un truc sur tes fesses, nous allons avoir beaucoup, mais alors, vraiment beaucoup de retard…

— Ça ne serait pas correct monsieur Miroslaw.

— Rien à foutre ! C’est notre soirée de fiançailles, on arrive quand bon nous chante ! Je ne pense pas que mes frères ou encore Luciann me blâmeraient quand je leur donnerais la raison de notre retard… susurre-t-il à mon oreille en s’étant dangereusement rapproché de moi.

Je sens mes hormones démarrer au quart de tour sous le poids des images classées X qui défilent dans mon esprit. Bon Dieu, cette soirée s’annonce chargée en frustration sexuelle. 

— Reconnais que c’est diablement excitant !

Hé comment !! Il est hors de question que je lui avoue au risque de ne plus quitter notre chambre pendant un long, voire très long moment… Oh, j’aimerais tant qu’il me séquestre et abuse de mon corps encore et encore ! Stop ! un dîner de fiançailles nous attend, nos Fiançailles !

— Patience Miro…

— Patience ? Quel mot absurde dans ta si belle bouche…

— Andrea, arrête ça tu veux ! raillé-je incapable de garder mon sérieux face à cette énergumène à l’adolescence toute fraîchement retrouvée. 

Son rire est communicatif puis enfin, il capitule.

— Tu ne fais rien pour attendre femme ! 

Je ris de plus belle à sa désinvolture.

— Rigole ma douce… t’es pas prête, parce que ce soir tu vas ramasser, me supplier de te faire jouir et tu en redemanderas, se targue-t-il avant de rejoindre la salle de bain à son tour. 

***

La nervosité de Miro est palpable malgré ses efforts perpétuels pour ne rien laisser paraître. Je la sens, omniprésente dans le petit habitacle de la voiture. De plus la conduite de Miro est vive, plus sauvage qu’habituellement. J’ai toujours su combien cette pratique lui était vitale. Passer derrière un volant est synonyme pour mon fiancé de désinhibition et de libération des pulsions les plus bestiales qu’il s’oblige à enfouir au plus profond de lui. Dans ces instants-là, son masque tombe pour enfin laisser dominer celui qu’il est vraiment : Andrea. J’ai conscience de faire partie du cercle très intime de personnes pouvant affirmer connaître les deux facettes complémentaires et indispensables de cet être fascinant. Andrea est un homme complexe, secret et, la plupart du temps, tourmenté. Quant à Miro, c’est un sale gosse, audacieux et souriant en toutes circonstances… ouais, vraiment toutes circonstances. C’est bien ça le problème.

Amadouée ou plutôt, sous le charme de sa double personnalité, la cage de fer forgé autour de mon cœur de glace a faibli pour peu à peu se fissurer puis rompre. Contre toutes attentes, je me suis gravement éprise de cet énergumène. Celui qui, au départ, n’était qu’une cible, un bourge à conquérir est devenu en un temps record, mon baume au cœur. J’ai toujours mis un point d’honneur à fuir ce genre de ressenti, mais à présent, j’en suis incapable. J’ai Andrea Miroslaw dans la peau !

— Tout va bien Bé ?

— Ouais, pourquoi ?

— Tu roules très vite…

Sa tête tourne dans ma direction avant de revenir prestement face à la route. 

— Je ne m’en étais pas rendu compte, tu as peur ?

— Bizarrement non… inquiète serait plus juste, confessé-je.

Ses doigts resserrent leur prise sur le volant en cuir tandis que sa mâchoire se crispe à mes mots. 

— Tu n’as pas de raison de t’inquiéter Bella, je vais très bien. Franck et Markus ont fait une reprogrammation[6] à la caisse, je l’essaie, voilà tout.

Il ment, je ne suis pas dupe, mais pour l’heure je laisse couler. Je n’ai pas envie d’envenimer la situation, ses nerfs sont déjà bien assez à vif. Je reste silencieuse le reste du trajet, bercée par les vibrations et ronflements du véhicule toujours lancé à grande vitesse. Peu de temps avant d’atteindre notre destination, mon beau brun desserre enfin les dents pour remettre son sempiternel masque.

Le sourire, toujours ce foutu sourire, joyeusement épinglé à ses lèvres, je contemple mon fiancé évoluer au milieu des membres de sa famille venus nous féliciter. 

— C’est toi celle qui aura finalement réussi l’exploit de lui mettre la corde au cou ? émet une voix féminine.

— L’exploit je ne sais pas, mais quelque chose me dit que je suis responsable du reste, répliqué-je surprise par l’aplomb de cette inconnue.

— Je vois que cet ingrat ne s’est pas donné la peine de te dire qu’il a une grande sœur. Je suis Christina, m’informe-t-elle.

— N’importune pas ma fiancée, frangine ! 

— Je ne fais qu’engager la conversation avec elle, sale gosse ! rétorque-t-elle du tac au tac.

— Pour sa défense, si, Andrea m’a parlé de toi. Tu es la mère de Livia.

Le regard de Christina s’élargit en harmonie avec son sourire. Je viens de marquer un bon point. Miro ne m’a pas particulièrement parlé d’elle, fort heureusement pour moi, je suis observatrice. Livia lui ressemble comme deux gouttes d’eau avec vingt années de moins. Pas besoin d’être voyante pour comprendre qu’elles sont mère et fille. Nos échanges sont fluides et détendus, vient même se joindre à nous le reste de la fratrie, pour être au grand complet, dont Christian le propriétaire du restaurant. 

— Comment te sens-tu ? souffle Miro avec douceur à mon oreille après nous avoir faire reculer de quelques pas.

— Ça va, je gère malgré l’impression d’être plus épiée que la Joconde au Louvre ! ironisé-je.

Il se marre à ma remarque et je suis ravie d’avoir toute son attention, à lui.

—Je craignais que tu flippes et ne partes en courant avant de me plaquer devant toute ma famille !!

Je le toise, la moue dubitative devant sa mine de petit con, heureux de se payer ma tête, pour changer.

— Abruti ! 

— Quoi ? Je ne suis pas convaincant…

Sa mine de chien battue m’arrache un gloussement à des années-lumière d’une retenue de circonstance.

— Bien tenté, mais il te faudra plus que ça pour me faire capituler ! 

Une onde de désir passe de ses prunelles aux miennes, me faisant frissonner d’envie. Le souvenir de sa peau sous ma langue allume un véritable brasier dans mon bas-ventre. Qui a osé couper la climatisation ?

C’est alors que je sens comme le poids d’un regard désapprobateur. Je dévie légèrement ma tête en rompant le contact visuel que j’avais avec mon amant. Il s’agit d’une femme d’une soixantaine d’années au visage fermé. Je parierais sur l’épouse de son père. Si elle ne m’était pas si précieuse, j’en mettrais ma main à couper.

— Ce sont ton père et ta belle-mère aux côtés d’Aurelio, Bé ? 

— Henry et Liliane Miroslaw, mon paternel et sa magnifique porte de prison ! 

— C’est à elle que tu dois toute ta rancœur mon amour ?

— Tu n’as même pas idée à quel point !

— Je ne demande que ça de savoir, souligné-je.

— Promis, je t’en parlerai, me rassure-t-il suivi d’un baiser sur le front. Mais pour l’heure, prépare-toi, ils avancent vers nous.

Super, je rêvais de faire leur connaissance !

Je m’empresse de boire une gorgée de Martini avant d’être prise pour cible, vidant la moitié de mon verre. Je sens le bras de Miro glisser contre mes côtes et ses doigts chercher ancrage sur ma peau recouverte par ma tenue. À présent, il lui est difficile de cacher sa nervosité. Du bout des doigts, il triture le tissu comme par automatisme. Henry Miroslaw est un homme élégant avec une prestance indéniable, encore une fois mon sens de l’observation devine aisément qu’il s'agit d’une personne influente dans notre société, tout comme son fils. Néanmoins, la ressemblance entre les deux hommes n’est pas flagrante. Ça saute aux yeux qu’il détient les traits de sa mère à l’image de sa fratrie. 

— Si nous n’avions pas été conviés, je penserais que tu tentes de nous éviter, déclare Henry.

Pour une entrée en matière avec douceur, on repassera…

— Tu es dur, ça ne fait même pas trente minutes que nous sommes là.

— Vingt-neuf de trop donc, rétorque-t-il d’un ton sec. Par moment, j’ai le sentiment d’avoir totalement échoué dans ta bonne éducation, mon fils, poursuit-il. Mais passons, présente-moi ladite fiancée.

L’attention du père quitte le fils pour venir se poser sur moi. De son regard d’obsidienne, Henry Miroslaw me sourit. Andrea a ses yeux et tout comme ce dernier, une multitude d’ombres mystérieuses s’y reflètent.

— Papa, maman, je vous présente Sierra, ma fiancée.

Maman ? Je ne peux m’empêcher de tiquer sur ce mot.

— Monsieur et madame Miroslaw, je suis enchantée de faire votre connaissance, Andrea m’a beaucoup parlé de vous, mens-je ouvertement le sourire aux lèvres.

La prise de mon homme se resserre autour de moi, j’y réponds d’une caresse dans le dos. 

— Appelle-moi Henry et mon épouse, Liliane.

Je lui réponds d’un hochement de tête poli.

— Notre fils ne s’est pas donné la peine de nous avertir de la présence d’une ravissante jeune femme dans sa vie. N’est-ce pas Liliane ? annonce-t-il.

— Fiançailles soudaines, est le terme approprié, souligne l’épouse d’Henry d’une moue pincée sans jamais regarder dans notre direction. 

Il n’avait pas exagéré sur le surnom, mais mal baisée sonne plus juste…

Cette bonne femme joue avec les nerfs de Miro. Alors, je prends les devants face à sa perplexité et l’informe en posant ma main sur son avant-bras de mon intention à prendre la parole. 

— Je plaide coupable, je suis la seule fautive, monsieur le juge, commencé-je d’un ton enjôleur avant de plonger mes prunelles dans celles d’Henry. 

Faisant mine d’être déstabilisée, je papillonne des cils comme le ferait Marilyn Monroe de façon à bien capter son attention et le mettre dans ma poche. Ne me souciant guère de son épouse faisant office de meuble à ses côtés.

— Je vous l’accorde notre relation a évolué rapidement. C’est pourquoi, j’ai demandé à Andrea d’être discret, j’avais besoin de temps pour me faire à l’idée que nos vies allaient littéralement être chamboulées. Entre nous, j’étais nerveuse à l’idée de faire la connaissance de votre grande famille, argumenté-je comme une pro d’art dramatique.

— C’est tout à votre honneur ! Allez, trinquons à votre bienvenue dans notre famille, Sierra. Je ne souhaite que le bonheur de mon fils et j’ai le sentiment qu’il est entre de bonnes mains, conclut-il. 

 

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