War of Hearts (French Edition)
Chapitre 31
Sierra
C’est fini !
C’est fou comment deux simples mots peuvent vous marquer. La voix d’Andrea semble ne pas vouloir quitter mon subconscient et me répète inlassablement cette phrase. Je crois bien être encore sous le choc. J’ai énormément de mal à croire que notre histoire est terminée. Une part de moi, la plus grande, en est dévastée. Cette même part s’en veut et regrette d’avoir agi de cette façon. Mais l’autre, la calculatrice, ambitieuse et déterminée, demeure persuadée que si Andrea prenait ne serait-ce que cinq minutes pour écouter ce qu’elle a à lui dire, il reviendrait certainement sur sa décision. Toutefois, ces deux parties de moi qui composent celle que je suis m’insufflent l’espoir que l’homme que j’aime pourrait pardonner mes fautes.
J’ai l’odeur d’Andrea collée partout sur mon corps. Les fragrances de son parfum me guident aux portes de souvenirs tout autant délicieux que désastreux. Je suis épuisée, littéralement à plat. Je dois me barrer d’ici et au plus vite, avant que je me ridiculise ou pire. C’est à peine si je tiens encore sur mes jambes, à présent grelottantes. Quand une force, que je ne croyais plus possible d’avoir ce soir, entraîne mes pieds pour me guider jusqu’à l’extérieur du bâtiment. Une fois dehors, je suis frigorifiée et mon estomac crie famine sans oublier le mal de chien que me font toujours ses maudits escarpins ! Je les quitte et libère mes orteils de cette torture ridicule avant de décamper avec fureur de cet endroit. La température glaciale du sol se fait sentir sur mon épiderme, pourtant j’avance la tête en vrac et le cœur en bandoulière, au bord du chaos et inconsolable. Je marche, peu importe la direction pourvu que je parte d’ici. Je compose le numéro de Lane pour lui hurler mon mécontentement. Sans grande surprise les tonalités se suivent dans un flot discontinu jusqu’à tomber sur sa boîte vocale. Mon acharnement prend fin au bout des 10 appels restés sans réponse. Je suis prise d’une folie meurtrière, je rêve de l’étrangler pour la merde dans laquelle il m’a mise. Un ouragan d’émotion explose en moi. Je suis en colère, je suis dégoûtée, et je me sens tellement nulle. Ce trop-plein finit par se déverser sur mes joues. Mes larmes glissent sur ma peau et la morsure du froid ne fait qu’accroître ma détresse.
— Tout le monde a le choix Sierra, on ne se réveille pas un matin en décidant de dépouiller son mec…bla bla bla… sangloté-je dans le silence de la nuit.
— Eh bah non, trou du cul !! Je n’ai jamais eu le choix de quoi que ce soit, craché-je pour moi seule. L’unique choix purement égoïste que j’ai fait, a été de te donner mon cœur… et v’là ce que t’en as fait, m effondré-je à bout de force.
Quelle imbécile j’ai été de croire que les magouilles de mon frère ne m’éclabousseraient pas. Je me suis crue bien protégée, intouchable, comme si l’ancienne vie de Sierra Faming ne pouvait plus avoir d’incidence dans celle que je tenais tant à construire. Je ne pouvais pas lutter contre les liens du sang. Lane m’a démunie de libre arbitre dès lors qu’il m’a prise sous sa responsabilité. Je me sentirais perpétuellement redevable vis-à-vis de mon frère. Et ce, même si je regrette amèrement de lui être venue en aide. Cependant, je suis folle de rage après lui ! Échanger l’argent que je lui avais prêté n’était pas ce que nous avions prévu. Il faut croire que l’intégrité de mon frère ne soit pas semblable à la mienne. Je prends lourdement conscience du sacrifice que mon aide m’a coûté. J’ai perdu l’amour de ma vie, tout du moins pour l’heure.
Je ne m’avoue pas vaincue, je vais faire tout mon possible pour me racheter aux yeux d’Andrea. Je conçois ce sentiment de trahison, néanmoins, comme j’ai tenté de lui expliquer ça n’a jamais été personnel. Je reconnais qu’il aurait été plus aisé de lui dévoiler cette partie de mon passé en lui demandant tout simplement un coup de main. Les habitudes, mauvaises ou non, sont tenaces et ont la dent dure. Malgré tout l’amour que je lui porte, j’ai été bien trop de fois utilisée, trompée et déçue pour attendre une quelconque main tendue de prince charmant. Non, je suis désolée Andrea, mais je ne sais compter que sur moi-même. Voilà ce que j’aurais dû lui dire avec plus de détermination, plutôt que de parer ces coups pour les lui rendre comme deux boxeurs dans un ring. Ça aussi ça fait partie des mauvaises habitudes qui me collent à la peau. Quand on m’attaque, je riposte et tape plus fort encore.
J’ai déjà mis plusieurs centaines de mètres entre le hangar et moi quand une voiture ralentit à ma hauteur.
— Je te dépose quelque part ? lance la voix du conducteur.
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