War of Hearts (French Edition)
Chapitre 24
Andrea
Je ne saurais dire ce qui m’arrive, mais depuis que j’ai mis le pied par terre ce matin, je suis tendu comme un string. Et pourtant, je fais l’inventaire mentalement des raisons qui pourraient me mettre dans cet état, je ne vois rien en particulier. La soirée du jeudi s’est plutôt bien déroulée, si on fait abstraction de l’absence d’une des hôtesses. C’est d’une certaine façon inévitable dans un business que le personnel nous fasse faux bon par moment. Cependant, Lucy n’avait, jusqu’alors, jamais manqué un seul soir de service. C’est une bonne recrue je ne lui en tiens donc pas rigueur, même si par son absence le service a été un peu merdique sur la mezzanine. Bref, ce sont les aléas de la vie de directeur de night-club.
De ce fait, j’en reviens toujours à la même conclusion : pourquoi suis-je tant agacé ?
Il est 9H00 et comme à mon habitude, j’arrive au Panam By Day par l’entrée du personnel pour prendre un café et partager un moment au calme avec Livia. Le rush des travailleurs pressés étant passé le café retrouve en général une tranquillité momentanée plus qu’agréable. Elle est dos à moi quand je glisse mon bras contre son épaule et l’entraîne dans une accolade fraternelle.
— Ciao Lia.
— Ciao tonton, va t’installer, je te rejoins avec nos cafés, m’informe-t-elle.
Je suis tout juste installé à notre table habituelle que Livia dépose une tasse fumante d’expresso sous mon nez.
— Oh toi, t’as la tête des mauvais jours… tout va bien ?
Je la contemple prendre place à mes côtés en gardant le silence, toujours sans réponse concernant mon état d’esprit. Je prends une petite gorgée d’élixir noir à ma portée pour me donner une espèce de contenance.
— Nan, même pas.
— T’es sûr, parce qu’on dirait qu’on vient d’égratigner la carrosserie de ta précieuse Mercedes, raille-t-elle sans vergogne et encore moins de gêne pour se payer ma tête. Sale gosse !
Je pouffe de rire malgré moi devant sa mine de petite fouine. Ah que c’est bon de rire avec ma nièce de nouveau. J’ai détesté ce froid entre nous après l’annonce de ma demande en mariage. Néanmoins, je ne suis pas con, Lia l’a toujours en travers de la gorge pourtant elle semble encline à me laisser vivre ma vie comme je l’entends. Je l’aime d’autant plus pour ça, Livia est d’une tolérance et gentillesse à toute épreuve. Ma nièce est un putain d’ange ! Mais sérieux ne lui dites pas, car elle n’aura pas fini de se la raconter si elle savait ça !
— Carrément, ça roule j’t’assure !
Je finis d’un trait ma dose de caféine avant de faire signe à la petite rousse en train de débarrasser une table voisine de m’en servir un autre.
— Nouvelle recrue ? demandé-je à Livia.
— Ouais, Molly a commencé aujourd’hui. Elle est réservée, mais efficace. Elle a survécu au crash-test de ce matin !
La jeune serveuse s’approche de nous légèrement intimider pour récupérer ma tasse.
— Tout de suite monsieur.
— Andrea, ça suffira, rétorqué-je naturellement.
— Molly, je te présente le propriétaire du complexe, le boss des deux Panam, précise Livia.
— Je suis ravie de faire votre connaissance et je vous remercie pour le poste dans votre établissement. Je reviens avec votre expresso, articule-t-elle avec douceur.
Mon regard suit la jeune femme qui se dirige vers le bar.
— Elle a l’air très bien en effet. Tu as toujours su t’entourer de bon personnel. Le recrutement et les ressources humaines ce n’est pas mon truc et encore moins celui de Luciann.
— Laisse-moi rire, Luciann en chargé de recrutement ! Ça ne serait pas un bar à expresso italien, mais un bordel où la journée d’essai pour les futures employées serait un passage sur ou sous son bureau… lâche-t-elle d’un ton cassant.
Je ris franchement à l’image de mon associé que renvoie sa tirade cinglante.
— Pourquoi tant de haine contre mon meilleur ami ?! gloussé-je.
Je ne sais pas à partir de quel moment les rapports entre Livia et Luciann se sont dégradés. D’aussi loin que je me souvienne, ça n’a pas toujours été la guerre froide entre eux. Pourtant ça fait plusieurs années qu’ils ne s’adressent la parole que s’ils y sont absolument obligés.
— Parce que ton meilleur ami est un con !
Je me marre de plus belle.
— Excuse-moi tonton, mais tu as vraiment un problème pour sélectionner ton entourage ! Fort heureusement pour mon matricule, tu ne m’as pas choisie, je me suis incrustée dans ton arbre généalogique... pas de bol mon cher oncle, car je ne suis pas prête de laisser ma place de nièce emmerdeuse à plein temps !
— Tout le plaisir est pour moi, morveuse… riposté-je.
— J’ai appris que Lucy n’est pas venue travailler hier soir. Comment s’est déroulé le service ?
J’avais presque oublié celle-là.
— J’ai connu mieux comme jeudi soir, râlé-je tout en me grattant le menton du pouce. En revanche, les autres filles ont assuré, les clients n’y ont vu que du feu.
— T’as essayé de l’appeler ? interroge-t-elle songeuse.
— Silence radio.
Livia tente à son tour et compose le numéro de l’hôtesse, mais les tonalités restent en suspens, sans réponse.
— En même temps, pourquoi nous répondrait-elle puisqu’elle ne s’est même pas donné la peine de nous prévenir de son absence. J’attends que Fabian soit réveillé et je lui demanderai de passer un coup de fil à Lucy, propose-t-elle.
Ça se tient, peut-être qu’elle parlera à son collègue de travail plutôt qu’à ses responsables.
— OK, tu me tiens au courant.
Je termine le peu de caféine encore dans ma tasse et m’extirpe du fauteuil.
— Compte sur moi, s’empresse-t-elle de dire en exerçant un mouvement identique au mien.
Je dépose une bise légère sur sa joue et quitte le PBD pour rejoindre mon associé à son bureau. Mais c’est alors que mon iPhone sonne entre mes doigts. Je regarde l’écran pour identifier de qui provient l’appel et je ferme les yeux en relâchant un lourd soupir à la découverte puis jure dans ma barbe.
— Ferguson ! Que me vaut ce plaisir ? m’exclamé-je.
— C’est inspecteur Ferguson, monsieur Miroslaw, et je serais toi, j’attendrais avant de me réjouir.
— Toujours aussi rabat-joie, c’est moche…
— Ouais c’est ça, marre-toi Miroslaw. Cependant, mes appels ont rarement pour but de courtoisie ou encore de tailler le bout de gras avec toi. Non, j’ai pas le temps pour ça, ajoute une pile d’enquêtes qui attendent d’être résolue, se renfrogne-t-il.
Ce con croit que je ne suis pas au courant peut-être. Toutefois, il oublie que mon temps m’est précieux et de ce fait, le gâcher en écoutant sa voix pleurnicheuse me casse royalement les couilles ! Néanmoins, je ne peux pas me permettre le luxe de l’envoyer se faire foutre, au risque de finir en prison sans passer par la case départ. Ferguson me tient par les couilles et ça lui plaît !
— J’ai deux minutes à vous consacrer, pas une de plus, tâchez d’être concis.
— Le prince de la nuit est agacé ? T’inquiète c’est plus qu’il ne m’en faut.
Mes mâchoires grincent tant l’envie de lui refaire le portrait me démange les phalanges. Ressaisis-toi man…
— Lucy Appleton ? Ça te dit quelque chose ?
— Lucy est l’une des hôtesses du Panam, pourquoi ?
— Tu confirmes qu’elle travaille bien pour toi, donc ?
— Pourquoi je ne suis pas certain d’apprécier la suite de cette conversation inspecteur ? rétorqué-je en l’appelant par son grade avec insistance.
— Certainement parce que c’est du déjà vu pour toi…
Ta gueule !!!
— Avouez que vous avez du mal à vous passer de moi…
— Arrête de faire le con et ne bouge pas de NY ! Il se pourrait qu’on soit amené à se voir d’ici quelques jours.
— À vos ordres, inspecteur Ferguson !
Putain de flic ! Quand est-ce qu’ils me foutront enfin la paix ?! Pour ça, il aurait fallu ne pas avoir de casier judiciaire, mec…
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