War of Hearts (French Edition)
Chapitre 3
Shaw
Voilà je suis rentrée chez moi. Que vais-je bien pouvoir faire à présent ? Il m’est impossible de reprendre le cours de ma vie d’avant. La Shaw de Hillsdale me paraît tellement loin de la Shaw de Los Angeles. Je suis déterminée à ne pas laisser les doutes et les fantômes du passé me déstabiliser. Le point positif à cette situation, c’est que je reviens avec un regard neuf, plus mature et avisé. De plus, je peux puiser ma force dans le sourire de ma fille. Tara étant couchée je m’autorise à prendre un verre de vin rouge, ma journée de mère solo est terminée. J’ai revêtu ma tenue de cocooning, un bas de survêtement gris clair avec un marcel, ce sont des vieilleries, mais je suis si bien dedans. Je porte mon ballon à mes lèvres et bois une gorgée. Ce breuvage est exactement ce dont j’avais besoin. Une bonne dose de réconfort après la journée affrontée.
Dans l’ensemble, l’entrevue avec Vicky s’est plutôt bien passée, par rapport à ce à quoi je m’attendais. Comme je l’avais espéré, elle adore Tara, rien d’étonnant à ça. Tout comme moi, elle semble vouloir repartir d’un bon pied et le fait d’accepter mon aide, en est la preuve. Avant mon départ pour L.A., j’étais assez proche de ma mère, enfin, comme peuvent l’être une mère et sa fille, toutes deux ayant des caractères bien trempés. Comme aimait le dire mon beau-père, « les chiens ne font pas des chats ! » Il avait tellement raison… cette pensée me plonge dans une douce nostalgie. Je ne peux pas lui en vouloir d’avoir choisi maman et pas pris mon parti. Victoria dit, Terry approuve ou fait, ça a toujours été ainsi. Son amour pour maman est inconditionnel et passionné. Ils sont une équipe prête à braver toutes les tempêtes ensemble. C’est beau et rare à la fois.
Quand je me suis mariée avec le père de ma fille, Andrew, je voulais croire plus que quiconque en un amour similaire à celui m’ayant servi d’exemple les trois quarts de ma vie. Mais, les étoiles ne devaient pas être alignées pour nous. Ce n’était tout simplement pas notre destinée. Je me suis demandé, l’année suivant son décès, ce que j’avais bien pu faire de si mal, dans cette vie ou une autre pour mériter une telle chose. J’ai appris à ne plus m’apitoyer sur ma tristesse, mais à m’en servir pour rebondir et voir le verre à moitié plein au lieu de vide. Cependant, j’ai mis définitivement en sourdine mon cœur et mes sentiments. Enfin pour un certain temps, même si je suis convaincue que ma chance d’être heureuse est morte avec Andrew. Pour le moment l’amour de ma fille me suffit.
Après avoir fait une énième fois le tour du propriétaire, comme si je découvrais les lieux et voyais pour la première fois ce jeune couple sur les dizaines de photos, je finis mon verre et me couche dans la chambre qui me servait autrefois de refuge.
Marley est la sœur la plus géniale du monde ! Elle a organisé notre arrivée comme une pro. Non seulement la maison, mais elle a également réussi à jouer des coudes dans son réseau de connaissance pour m’avoir un rendez-vous avec Madame Cooper, la directrice de l’école de Hillsdale. Les inscriptions en cours élémentaires sont quasi impossibles en cours d’année scolaire, toutefois, elle a quand même souhaité nous rencontrer Tara et moi pour étudier ma requête. C’était inespéré ! Comme j’ai pu le constater, l’école où j’ai étudié a complètement été rénovée de A à Z, elle est méconnaissable. Après m’être présentée à la secrétaire de Madame Cooper, elle nous invite à patienter un instant. Résultat des courses, après quelques minutes d’entretien, Tara était assise à son bureau dans la classe de Mademoiselle Brooke. J’étais bien plus anxieuse que ma petite fille à l’idée qu’intègre une nouvelle école avec tout ce que ça comprend. Mais comme toujours, elle a su, de son sourire magique, me rassurer sur mes choix. C’est avec bonheur qu’elle m’a dit au revoir de sa petite main.
Je me rends au salon de tatouage où travaille ma petite sœur pour prendre un café avec elle et surtout la remercier pour ce sacré coup de main. Arrivée à quelques rues du salon, la sonnerie de Toxic résonne dans l’habitacle de mon SUV.
— Salut B ! répondé-je.
— Hé ! Bombasse, comment s’est passé ton grand retour ? commence-t-elle joyeusement.
Je soupire.
— Si mal que ça ! s’étonne mon amie.
— Non en fait bien mieux que je ne le pensais. avoué-je.
— Raconte.
L’enthousiasme de mon amie est palpable.
— Les choses avec ma mère vont rentrer dans l’ordre et je viens de déposer Tara à l’école !
— En l’espace de trois jours ? C’est génial, je suis contente pour vous deux. Comment va ma petite chérie ?
— Elle va bien, pour le moment elle semble contente. La maison lui plaît, mais elle m’a quand même demandé de lui faire une chambre de princesse, tu vois le genre… lui dis-je tout en me garant dans la rue de InkHills.
— Oui carrément ! Et toi ma belle, pas trop dur de revenir dans cette maison sans ton mari ?
Je prends quelques secondes pour répondre à sa question, les mains cramponnées au volant en cuir.
— Je ne sais pas, c’est assez bizarre comme situation. Par moment je suis de retour dans le passé et l’instant d’après je réalise quel jour nous sommes. Eva et ma sœur ont pourtant fait du bon boulot en vidant le plus possible la maison de souvenirs. Mais l’âme de Andrew est toujours présente dans chacune des pièces. Je sens son odeur sur les oreillers de notre lit, c’est complètement dément !
Oui totalement impossible meuf ! Je passe une main nerveuse dans mes cheveux, cherchant à retrouver mon calme et poursuis.
— Et ça m’étouffe, j’ai peur de perdre pied à tout moment… je me sens tellement vulnérable entre ces quatre murs.
Sans parler de la culpabilité te submergeant… souviens-toi… susurre cette petite voix dans ma tête.
— C’est tout à fait normal, laisse-toi du temps Shaw. Et si tu as besoin d’air pur, refais toute la déco de cette baraque ! Qu’elle te ressemble à toi et non à l’ancienne toi !
Je hoche la tête comme si elle pouvait me voir.
— Tu fous tout à la poubelle, ce n’est pas comme si tu n’en avais pas les moyens, t’es blindée de fric ! insiste-t-elle.
— C’est une bonne idée ça !
Barbara est fantastique, elle sait toujours renverser les situations merdiques à leurs avantages.
— Tu sais que je te love, B !
— Bah, bien entendu que tu m’aimes ! Et c’est réciproque Bitch !
Nous partons dans un joyeux fou rire.
— Plus sérieusement, Charlie ne va pas tarder à t’appeler pour caler de nouveaux contrats pour Carmen, m’annonce-t-elle.
Mon côté professionnel réapparaît aussitôt.
— Pas de problème, je serai prête. Bisous, bisous, call-girl !
— Prends soin de toi Shaw. Lâche-t-elle avant de mettre fin à l’appel.
Après avoir raccroché avec mon amie, je rejoins ma sœur. Elle est en train de travailler sur un projet, pour son client de l’après-midi. Et ouais mon adorable petite sœur est artiste tatoueuse et elle est extrêmement douée. Un frère membre d’un gang de motards, une sœur tatoueuse et moi une escorte girl de luxe, belle brochette ! En revanche pour mon job d’escorte, Marley et Eva sont les seules à en avoir connaissance.
Je n’ai pas honte de ce que je fais pour gagner ma vie. Cependant, devenir escorte girl n’a pas été évident et ce choix n’a pas été fait à la légère. Mais c’est le mien et il m’appartient. Quand B, m’a sérieusement proposée de me parrainer auprès de Privat Lesson Escort, j’ai d’abord cru qu’elle se payait ma tête. J’étais une toute jeune maman n’ayant plus confiance en son physique, il était en effet très loin de rivaliser avec celui de mon amie. Je lui serai éternellement reconnaissante d’avoir vu mon potentiel malgré moi et comme elle le disait tout à l’heure, mon job me fait gagner beaucoup d’argent.
Marley est seule au salon, donc nous parlons à cœur ouvert. Le principal sujet de notre conversation tourne autour de l’état de santé de maman. Le quotidien qu’il va falloir changer, les mesures à prendre pour l’épauler au mieux tout le temps de son traitement et plus encore. Je suis cependant admirative face à la force mentale de ma petite sœur. Elle a beaucoup de courage et essaie d’en insuffler suffisamment aux hommes de la famille Lang. Elle m’informe que contrairement à elle, Mal a beaucoup de difficultés à réaliser pour maman. Sous ses airs de grand costaud, il dissimule son côté petit garçon effrayé. Comme nous tous, il a peur de perdre une personne qu’il aime et il transforme cette peur en rage. Une colère qu’il ne sait pas vers qui diriger. Marley a peur qu’il se renferme sur lui-même, qu’il s’isole et qu’il rompe tout contact avec les siens, mais surtout avec elle. Malonne a besoin de temps pour diriger tout ça et sa jumelle fera de son mieux pour l’épauler et le réconforter.
Après ma visite à Marley, je continue sur ma lancée et appelle maman. Elle décroche à la deuxième tonalité. Je prends de ses nouvelles, ça sonne presque naturelle. Mais je n’ai pas d’illusions sur le temps nécessaire pour que chacune de nous deux retrouve sa place dans la vie de l’autre.
— Je vais très bien ma fille, ne t’inquiète pas. Je profite des quelques jours qu’il me reste de liberté avant d’être esclave de mon corps et de la science.
Le chirurgien a laissé une dizaine de jours à maman pour prendre ses dispositions avant l’opération. C’est une opération lourde et douloureuse, par conséquent, il a trouvé préférable de la laisse souffler avant le grand jour.
— OK, mais tu ne peux pas m’empêcher de me faire du souci. Ne te fatigue pas trop surtout, si tu as besoin je suis là. De plus Tara a été acceptée à l’école ce matin, donc je suis libre.
— C’est super que la puce soit à l’école avec des enfants de son âge.
— Ouais ! Tu en es sûre c’est bon ? insisté-je.
— Oui c’est bon je ne suis pas un putain de morceau de sucre ! s’emporte ma mère. Tu es libre, ça tombe bien, j’ai quelques courses à faire pour ce soir. Tu peux venir me chercher dans combien de temps ?
— Je pars d’InkHills et j’arrive.
— Parfait.
Puis elle raccroche.
***
Quand j’ai proposé mon aide à Vicky, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me tire par les cheveux jusqu’au club house. Les courses, c’était pour le Club qui visiblement organise une petite sauterie ce soir. Ne voulant pas mettre le feu au drapeau blanc tout fraîchement hissé entre nous, je décide de prendre sur moi. Je suis revenue pour aider ma mère après tout et j’ai bien l’intention de le faire, même si je préfèrerais m’épiler les cils un à un. Mon unique hâte quand je passe la porte du club house, c’est d’en ressortir à grandes enjambées. Manque de bol, l’intérieur grouille de monde et bien sûr, je ne passe pas inaperçue. À croire que ma mère a prévenu les gars de mon arrivée en ville. Je suis cependant accueillie très chaleureusement, avec un petit pincement au cœur à presque m’en faire oublier ma haine envers ce foutu MC.
Je ne les ai pas toujours détestés, non. Jusqu’à la mort de Andrew, je les ai toujours considérés comme ma famille et me sentais en sécurité au sein du Club. Mais ça, c’était avant. Ici, je suis la régulière de Andrew, mais surtout la fille de Phil Ford et celle d’adoption de Terry, les deux présidents de ces trente dernières années. On me respecte presque autant que Terry et ma mère. Je suis un peu la fille de tous ces grands costaux.
Les bras chargés de provisions, maman me presse vers la cuisine, quand je sens deux gros bras s’emparer de mes sacs.
— Salut Fillette ! Donne-moi ça ! résonne la voix dans mes oreilles.
— Pitt ! clamé-je, réellement heureuse de le voir.
Je le suis jusque dans la cuisine où reine Victoria prend pleine possession de l’espace.
— Ça fait un bail, Shaw. Ravi de ton retour au bercail.
— Ouais, merci… je lâche, mal à l’aise en faisant un signe de tête vers ma mère qui s’affaire au rangement des courses.
— C’est une bonne chose ton retour. Me dit-il en resserrant mes épaules de ses grosses paluches.
Je le gratifie d’un sourire. Je suis encore dubitative sur le sujet. L’avenir me le dira. Une chose est sûre plus vite j’en aurais fini avec les courses, plus vite je pourrais sortir de cet endroit maudit. Je regarde autour de moi me demandant ce que je fous ici, sans pouvoir y répondre.
— Si tu n’as plus besoin de moi, je vais récupérer Tara à l’école et rentrer chez moi. annoncé-je à ma mère qui a la tête dans le frigo.
— Quoi ?! Certainement pas jeune fille ! Tu ne vas nulle part. C’est la fête du printemps ! se catastrophe ma mère.
J’oubliais quelle importance pouvaient avoir ces ridicules fêtes annuelles pour elle. C’est la tradition du Club, à chaque saison, les Death’s Falcons organisent une grande fiesta et invitent les membres des autres chapitres et leur famille à Hillsdale. Comment ai-je pu oublier ? J’ai donné mon premier baiser à l’une de ces fêtes, il s’appelait Charly, il portait de drôles de lunettes lui donnant de faux airs d’Harry Potter.
— Il n’était pas question de ça, maman, je devais t’aider pas rester au Club.
J’essaie de répondre avec toute la diplomatie possible.
— Tu me fais chier Shaw ! C’est malheureux d’être obligé de quémander ta présence à une soirée si importante pour moi ! fulmine-t-elle.
Alerté par les protestations de notre mère, Mal déboule dans la cuisine. Il fait immédiatement office d’arbitre. Il lève les mains et nous regarde tour à tour.
— Que se passe-t-il ici ? tranche-t-il sur un ton ferme.
— Ta sœur ne veut pas rester ce soir. Je me faisais une joie d’avoir tous mes enfants, enfin réunis sous le même toit. Proteste ma mère d’une voix plaintive.
Mon plan initial vient de prendre l’eau, je suis dans de beaux draps. Si je ne reste pas, adieu la trêve ! Mon frère s’approche de moi, l’air agacé, mais compréhensif. Il est pris entre deux feux.
— S’il te plaît Shaw, je suis sûr que tu sais à quel point c’est important pour maman que tu sois présente ce soir. Pourrais-tu faire un petit effort, pour moi ?
Il a gagné, je ne peux pratiquement rien refuser à sa gueule d’ange.
— D’accord, je serais là. Mais je dois quand même récupérer Tara et voir si Eva ou Mary peuvent me la garder ce soir.
— Merci Sœurette ! me dit-il avant de déposer un baiser sur mon front, puis fait de même à notre mère.
— Tout ce que tu veux.
— Et toi sois sympa avec elle, OK ? ordonne-t-il à Vicky.
— Promis mon fils.
Je tourne les talons et regagne mon SUV pour appeler Eva. J’aurais aimé qu’elle ne puisse pas me dépanner sur ce coup-là, comme ça je n’aurais pas d’autre choix que de rester chez moi pour garder ma fille. Mais comme je suis une petite chanceuse d’avoir une amie comme elle, je vais devoir me rendre à cette « réunion » de famille. Étant éreintée par son travail d’infirmière urgentiste, Eva préfère sauter la soirée de printemps. Personne ne l’oblige, elle, je note ! Youpi ! Il va y avoir bien trop de monde que je n’ai pas envie de voir, je ravale la boule d’angoisse menaçant d’éclater en moi. Puis démarre en trombe pour quitter le parking du garage.
Rien à faire, je n’arrive pas à me détendre même au contact de ma fille, je navigue à vue. IL sera présent et IL est bien la dernière personne à qui j’ai envie de me confronter. IL est au centre de mes pensées et ça me fait encore plus chier. Je déteste l’effet qu’IL a toujours eu sur moi. Par le passé c’était seulement quand Andrew était dans la même pièce que mon esprit ne me tourmentait pas avec lui.
Jason Lang, le fils du mari de ma mère est la raison principale de mon exil.
Et dans une heure nous serons dans la même pièce comme une grande et belle famille aimante. Bordel !
À suivre… https://amzn.to/3omf24m
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com
Vous avez terminé War of Hearts (French Edition)
Marjory Kenlay