War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 43 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 40

 

Andrea

Je suis d’humeur plutôt maussade malgré l’agréable journée que je viens de passer. Être en compagnie de mes frères et ma belle le temps de quelques heures m’a fait l’effet d’un véritable baume au cœur. Chose rare, la fratrie était au complet. Christian et Christina, eux aussi, étaient présents au restaurant ainsi que Luca et Aurelio. Ce fut un moment extrêmement plaisant. Un souvenir que je chérirai encore et encore. Néanmoins, je connais les raisons de mon vague à l’âme et malheureusement, je ne peux pas y couper.

Je suis assez étonné que Sierra ait accepté avec tant de facilité de quitter NY. Son choix de me suivre m’a conforté sur ses sentiments à mon égard. Je n’en doutais pas réellement, aussi, après les récents évènements, tout geste en ce sens est rassurant. Sans compter sur le booste de motivation que ça m’insuffle pour mener à bien ma tâche. 

Pour ma dernière soirée en ville, je me suis fait péter une bagnole de grand-père… c’est Luciann qui serait contant de m’entendre dire ça, j’en ricane tout seul. Un GLE AMG édition 55ème anniversaire, V8 avec 610 bourrins ! La marque au prestigieux diamant que j’affectionne n’a pas blagué sur le confort, la sécurité et les sensations que procure la conduite de ce SUV de luxe. Mon meilleur ami sera ravi de le ramener à l’agence de location une fois que j’aurai tiré ma révérence.

C’est avec une pointe d’appréhension que je me gare sur le parking du hangar. Luciann n’est pas encore arrivé. En revanche, Franck est déjà au travail, le nez sous le capot de ma GTR, pendant que son acolyte contrôle les données que collecte l’ordinateur.

— Salut les gars. Verdict !? lancé-je, soucieux.

— Hé Andrea ! C’est du travail d’amateur, comme je l’avais constaté. Mais efficace. Le gars qui s’en est chargé n’est pas du genre à faire dans la dentelle.

— Développe.

— Pour la faire simple, tu dépasses les six milles tours les turbos explosent en simultané avec tout le système de freinage. Les mâchoires d’étrier se verrouillent et tu valdingues en tonneau.

— Mes chances d’en réchapper, tu les estimes à combien ?

Franck grimace tout en se grattant le front et reprend.

— Mince… mais je peux faire sauter quelques barrières pour te laisser atteindre les huit milles tours, c’est faisable, propose-t-il ennuyé pour moi.

— Nope ! Luciann a été clair, il ne faut en aucun cas modifier le Cheval de Troie. Je vais trouver une solution, ne t’en fais pas mon pote !

Enfin, c’est plus facile à dire qu’à faire ! J’ai toujours joué avec la grande faucheuse, poussé mes limites encore et encore afin de découvrir jusqu’où je pouvais tenir. Or, à présent je peux sentir le fil de sa faux me chatouiller l’épiderme dans l’attente que je me crashe. C’est vraiment comme ça que ça doit se terminer ? J’en ai bien peur !

***

 

Sierra

Ma lettre de démission vient de partir auprès du service des ressources humaines de ma boîte. Dans quelques heures tout au plus, elle sera validée par la DRH. Dire que ça me fait tout drôle de démissionner de mon poste d’assistante chez Ascote est un euphémisme. Je voulais avec tellement de conviction ce job ! J’aimais vraiment travailler et apprendre aux côtés de Roger, même si le salaire était clairement en dessous de mon investissement. C’est une page qui se tourne pour repartir du bon pied. Prendre le large avec Andrea m’excite et m’effraye en même temps. Nous quittons tous deux un environnement pourri, certes, mais familier. Tous nos repères vont disparaître. C’est ce qu’il y a d’exaltant dans cette décision de renouveau. Nous allons, brique par brique créer la vie dont nous rêvions, ensemble. Loin de ce passé qui nous enchaîne à nos traumatismes et erreurs.

Je suis morte de peur de ce changement radical, mais je ne serai plus jamais seule, Andrea guidera chacun de mes pas. J’étais sincère quand, je disais que je le suivrais aveuglément au bout du monde et plus encore. Il est mon âme sœur, ma raison de vivre, mon éternité…

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre l’engouement qu’ont les autres pour l’amour. C’est un terme généraliste qui englobe une multitude de manières de ressentir ce sentiment, si personnel et unique à chacun. Il y a peu de probabilités pour que j’éprouve avec similitude les sentiments d’Andrea à mon égard et inversement. Non pas par intensité. À mon sens, je trouve absurde de penser qu’on aime plus ou moins que l’autre… Les sentiments ne se combattent pas ni ne se discutent. Chacun aime l’autre à sa manière, celle qui lui est propre. Et quand, on gagne l’amour de l’autre, et ce malgré les erreurs qu’on a pu commettre, les murs pris en pleine tête… vous vous sentez doté d’une chance ultra précieuse et la chérissez sans limites. Voilà comment je me sens à l’heure actuelle. C’est grâce à cette bénédiction que je fonce aveuglément en prenant la main qu’Andrea me tend. Sans jamais réfléchir AU comment allons-nous faire ? Mais, en me focalisant sur LE pourquoi nous faisons cela ! Parce que, je respire enfin et seulement dans ses bras…

***

 

Andrea

 

— Comment tu te sens ?

— Bonne question Luciann… si tu trouves la réponse, dis-lui de venir m’éclairer, soufflé-je, perdu.

Nous restons un long moment silencieux à siroter nos verres d’alcool sur le sofa de mon meilleur ami. Je tire une dernière latte sur ma cigarette avant de l’écraser dans un cendrier sur la table basse nous faisant face. Puis, mon ami le rompt le premier.

— Promets-moi de suivre à la lettre notre plan. Tout son succès repose sur toi.

— Tu ne me mets pas du tout la pression, là, mec !

— Je ne t’ai jamais menti, j’vais pas commencer ce soir… Je suis désolé que les choses aient pris cette tournure. J’ai confiance en toi et je sais que tu vas y arriver Andrea !

— J’aimerais être convaincu de la même chose !

— T’es un excellent Racer. Tu connais chaque coin de rue de NY comme ta poche. C’est impossible que tu échoues. Pense à ta meuf, Sierra compte sur toi ! Sois focus sur elle… toute cette merde est dans l’unique but de la délivrer et de la mettre en lieu sûr, man !

— Ouais, je ne fais que ça être focus sur elle… T’as raison, elle vaut tous les risques et sacrifices ! Je ne peux plus reculer ! concédé-je en finissant mon verre de rhum.

Mon ami m’envoie une tape virile contre l’omoplate en signe de soutien avant de se relever et quitter la pièce. Une fois seul, le regard toujours perdu dans le vide, je sors d’une main distraite mon iPhone. Je parcours la multitude de photos présentes dans ma galerie et vérifie qu’elles soient toutes sauvegardées dans le cloud. Je fais défiler celles où Sierra se trouve et replonge pour de courts instants dans des souvenirs joyeux.

C’est avec une certaine appréhension que je me glisse derrière le volant de ma GTR. Cette caisse et moi avons vécu beaucoup de choses ensemble. Sa mécanique m’a toujours répondu avec fidélité et précision. Ce qui rend la situation encore plus difficile à digérer.

— Ne me lâche pas bordel ! Tu peux, on peut le faire en moins de six mille tours ! la motivé-je comme à chacune de nos races.

Je la démarre pour faire un tour de chauffe afin de me rassurer sur la réelle faisabilité de ce foutu plan. Une fois à bonne température, j’élance la Nissan. Je prends soin de ne pas trop pousser mes rapports afin rester dans une sorte de rodage. Par moment, quand la circulation me le permet, je mets le pied dedans à mes risques et périls. Une fois mon circuit de repérage fait, je suis convaincu d’une chose : l’exercice va être tendu, mais pas impossible. Évidemment, je n’aurai pas le droit à l’erreur, néanmoins, je veux croire que je n’en ferai pas.

De retour au hangar, Sierra accompagnée de Jer, son garde du corps personnel, m’attend le sourire aux lèvres.

— Salut mon ange !

Elle se love immédiatement entre mes bras, que je ressers pour lui rendre son étreinte. Je me gave de son odeur et de la force qu’elle m’insuffle. Après ce soir, énormément de changements vont s’opérer et Sierra n’en sera pas épargnée.

— Tu es prêt ? me demande-t-elle.

— Toujours pour la victoire !

En réalité, c’est tout le contraire, mais inutile de le lui dire.

— Tout est OK de mon côté. Je suis complètement libre à partir à l’instant si tu le souhaites mon cœur.

— C’est tentant, mais j’ai une course à gagner !

— Ça me rappelle vaguement une conversation… souffle-t-elle de sa voix enjôleuse.

Touché !

— Ça roule, bé ! Dépêche-toi de mettre une branlée à ces pilotes du dimanche, qu’on puisse prendre un nouveau départ.

— Jusqu’au bout du monde, hein… ?

— Jusqu’au bout du monde avec toi, Miro !

Je l’embrasse à pleine bouche tant je suis fou amoureux d’elle. Sierra me rend mon baiser animé d’une frénésie semblable à la mienne. Quand je quitte ses lèvres, un goût de désespoir reste malgré tout sur ma langue. Cette soif d’elle ne sera jamais étanchée. À peine en ai-je terminé que j’en ai de nouveau besoin ! Que la vie peut être cruelle en jouant avec celle de mon ange...

Sans un mot, inutile… je m’éloigne à reculons de ma fiancée, le regard planté dans ses prunelles chocolat. Mon âme lui dévoile tout ce que j’éprouve pour elle et que je suis incapable de lui avouer. Pour enfin rompre ce lien invisible, et reprendre place sur le siège conducteur de ma GTR.

Je l’aime à en crever…

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