War of Hearts (French Edition)
Chapitre 36
Luciann
Il semblerait que la poisse colle à la peau de mon meilleur ami. Quelque chose dans toute cette histoire me chiffonne. Il y a un truc qui cloche, je n’arrive pas à mettre le doigt dessus et ça m’agace au plus haut point. Les kilomètres que dévore le SUV à la vitesse grand v m’aident à réfléchir. J’ai le sentiment que Sierra est l’élément déclencheur à toute cette pagaille. En revanche, je doute fort qu’elle soit prête à me dévoiler les secrets de son passé, qui j’en suis sûr en sont la clé. Je vais devoir remonter à la source et pour ce faire, un tête-à-tête avec mon allié me semble obligatoire. Si Sierra ne veut rien me révéler, son frère fera l’affaire. Je lance l’appel et attends que Lane décroche.
— Yep !
— J’ai besoin d’infos sur ta frangine, démarré-je de but en blanc.
— Que veux-tu savoir ?
— Que fuit-elle ?
— Ma sœur est une nana compliquée…
— Ça ne répond pas à ma question ! Il y a un truc que je n’arrive pas à piger. Comme la raison pour laquelle elle aurait pris la C63 au beau milieu de la nuit, affolée, pour rejoindre Andrea au hangar ?
— Que veux-tu que j’en sache ? C’est son mec, nan !
— Tu en sais bien plus que ce que tu veux me faire croire. Tu ne veux pas parler, OK ! On verra si Riviera décline mon offre… conclus-je avant de mettre fin à l’appel.
Ils finiront par parler. Lane sait combien il a à perdre si je décide de l’évincer du dernier deal. Le problème n’est pas là, mais davantage une question de timing. Je n’ai pas le temps que ces deux cons se mettent à table à leur guise ! Je décide alors de contacter un vieil ami.
— Luciann Dale ! Ça fait un bail mon ami !
—Salut Jer, trois mois je dirais…
— Un truc comme ça, ouais. Quoi de neuf mon frère ?
— La routine, du business et des emmerdes, raillé-je.
— Je suppose que la raison de ton appel concerne les emmerdes ! lâche-t-il avec hilarité.
— Bingo !
— Balance.
— Dans combien de temps tu peux être là ?
Je l’entends s’adresser à d’autre personne, certainement ses frères d’armes. Jer et moi nous connaissons depuis que nous sommes gosses. Il a quitté New York pour rejoindre les Death’s Falcons, un club de bikers californien, il y a plusieurs années à présent.
— Tu nous laisses faire le plein et on décolle, annonce-t-il.
— Merci, mec !
— Pas de ça entre nous, Dale. À dans deux jours !
***
Deux jours plus tard…
Ce connard de procureur aura mis pas loin de 48 heures pour desserrer les dents et accepter la libération sous caution d’Andrea. C’est le prix à payer quand on est le fils d’un juge. J’aimerais dire que c’est la première fois que je tire mon meilleur ami d’un tel pétrin, mais il n’en est rien. Ce petit con est un aimant à embrouilles. Après avoir rempli la paperasse, plus versé la somme établie par le proc’, l’officier en charge des sorties revient avec Andrea à sa suite. L’air renfrogné de mon ami me donne un rapide aperçu du brouillard dans lequel il patauge.
— On n’en a pas fini tous les deux Miroslav, siffle Ferguson.
— Évidemment, ça serait dommage s’il en était autrement…
L’inspecteur continue de fusiller du regard Andrea qui marche dans ma direction.
— Tu sais qu’Henry aurait pu te faire sortir plus rapidement, lui rappelé-je.
Arrivé à ma hauteur, il me fait signe de mettre les voiles d’ici. Une fois dans la bagnole, un soupir interminable s’échappe de mon ami.
— T’en as pas trop chié, ça va ?
— Bien sûr que si, Ferguson s’est assuré à ce que ça soit le cas.
— Tu en as appris un peu plus sur les raisons de ton accusation ?
— Lucie a porté plainte contre moi pour viol.
— Mais c’est absurde bordel ! Tu n’as jamais couché avec elle ?
— Non en effet, je ne l’ai même jamais embrassée ou quoi que ce soit qui se rapproche à des avances sexuelles.
— T’as une idée du pourquoi elle t’accuse ?
— Là tout de suite, j’en sais foutrement rien ! Et toi ?
— J’en ai bien une, mais ça serait vraiment tiré par les cheveux…
— Je t’écoute.
— Je pense qu’elle n’a pas agi seule.
— À qui tu penses, Liliane ?
— Nan, pas cette fois-ci. C’est trop subtil, ça ne lui ressemble pas. En plus, je trouve qu’il y a trop de coïncidences ces derniers temps.
Mon ami inspire à grande bouffée en passant vigoureusement ses mains sur son visage, épuisé.
— L’absence de Lucie pendant plusieurs jours au Panam, l’accident de Sierra avec la C63 et maintenant Lucie qui t’accuse de viol ! Tout ça est vraiment louche, j’en mettrais ma main à couper que quelqu’un essaye de te mettre dans la merde.
— En parlant de l’accident, Ferguson cherche à me faire tomber pour tentative d’homicide.
— Quoi ?! De quel meurtre peut-il parler ?
— La scientifique a passé au peigne fin la Mercedes. D’après Ferguson un appel anonyme lui aurait dit que je cherche à faire tuer ma compagne. Et figure-toi que « les experts » ont constaté que la bagnole a été trafiquée. C’est pour ça que Sierra s’est scratchée.
Le récit de mon ami s’emboîte telles des pièces de puzzle dans ma tête. Je n’en déroge pas et fais confiance à mon intuition. Tous ces événements n’ont absolument plus rien de malheureux, ils ont bien été orchestrés pour une seule et même fin, faire tomber Andrea.
— Où est-ce qu’on va ?
— Au hangar. On a rendez-vous avec Lane et un vieil ami.
— Sérieux… j’aurais préféré rentrer chez moi. Je suis éclaté, j’ai besoin de prendre une douche et me faire pardonner en faisant l’amour à ma meuf…
Si seulement c’était aussi simple que ça mon frère…
— C’est l’affaire d’une heure ou deux, rétorqué-je. Au point où tu en es, t’es plus à quelques heures près.
— Si tu le dis, souffle Andrea en sortant de l’Audi.
Une fois à l’intérieur, je nous sers des remontants pendant que mon ami appelle sa copine pour la prévenir qu’il aura du retard. Une part de moi l’envie d’être heureux et amoureux de celle qui partage sa vie. Contrairement à lui, j’ai choisi d’embrasser la vie que je mène plutôt que de tomber amoureux. Je m’interdis de ressentir de tel sentiment. Même s’il serait si doux de les laisser m’habiter… Non, elle n’acceptera jamais l’univers dans lequel tu baignes, mec ! Mon style de vie ne colle pas avec romantisme et vie de famille. J’ai pourtant épousé une femme... que je n’aimerai jamais. La seule bénédiction de cette union est l’enfant qu’elle m’a donné. Pour ma fille, Perla, je serais prêt à brûler vif chaque habitant de cette ville !
— J’en profite pour me décrasser. T’as des fringues que je peux t’emprunter ? demande Andrea tout en me sortant de mes songes.
— Prends ce qu’il te chante dans le dressing.
Je regarde l’heure qu’indique ma montre tout en finissant mon verre de bourbon. Jer et ses frères ne devraient plus tarder à l’heure qu’il est. Quant à Lane, les caméras de surveillance du bâtiment m’indiquent qu’il vient de se garer sur le parking. Rapidement suivi par mon ami biker, le vice-président et le sergent d’armes des Death’s Falcons.
Une heure plus tard, notre cible fantôme a enfin une identité : Steven Flores. Je me souviens de lui ; durant ses années de gloire, au tout début où j’ai mis les pieds dans le milieu, c’était un homme à femmes qui s’était fait un nom grâce au proxénétisme et d’autres escroqueries en tout genre. À seulement 25 ans, cet enfoiré avait mis la main basse sur les trois quarts de Heast Harlem. Puis, sans grande surprise, Lane l’avait descendu.
Après les révélations de mon allié sur le passé difficile de sa petite sœur, je cerne davantage la fiancée d’Andrea. Sierra est en un sens l’égale de beaucoup d’entre nous présents à cette entrevue. Une enfance désastreuse, un besoin urgent d’argent facile avec le plongeon inévitable au cœur de ce monde répugnant. Elle était si jeune et déjà si désabusée. La proie idéale pour un prédateur tel que Steven. Ce dernier l’a façonnée à sa guise pour qu’elle devienne redoutable. Mais arnaquer les hommes mariés n’était pas tant lucratif. Alors, comme ça n’était pas suffisant, les pigeons fauchés ont laissé place aux mecs pleins aux as, comme Andrea ou encore moi. Steven la poussait toujours plus loin dans le vice, lui promettant des sentiments réciproques alors qu’il n’en était rien ! Ce mec me débecte !
— J’ai fait ce que n’importe quel frère ferait, j’ai donné l’ordre de le descendre.
— Visiblement tu t’es fait doubler ! balance le VP des Death’s Falcons.
— J’ai fait le ménage depuis, grogne Lane à l’attention du biker.
Mon regard se balade dans l’assemblée avant de s’arrêter sur les traits sombres qu’affiche le visage de mon meilleur ami. Ses mâchoires tressautent pendant qu’il semble perdu au beau milieu de ses réflexions. Le moins qu’on puisse dire c’est combien je n’aimerais pas être à sa place à cet instant.
— OK, et moi qu’est-ce que je viens foutre là-dedans ?! intervient Andrea.
— Tu es l’appât, mec ! Ce connard voue une fascination pour ta gonzesse, commence Jay. Celle qui a demandé à son grand frère de l’éliminer et qui par la même occasion a récupéré l’intégralité de son territoire. Ses motivations sont simples et dans son esprit étriqué, tu ne représentes qu’une victime pleine aux as de Sierra…
— Ça fait trois mois qu’il la suit sans qu’elle s’en soit aperçue, lui envoie des SMS « anonymes », reprend Lane. Samedi soir n’était pas un accident. Je persiste à croire que Sierra n’était pas visé quand il a bidouillé ta bagnole. Il voulait que tu disparaisses de son champ de vision.
— Alors, pourquoi avoir envoyé une photo de moi avec une autre meuf à ta sœur ?
— Tu fais fausse route… la photo était une diversion, rétorque Jer.
— Putain, mais oui ! m’écrié-je. Il ne s’est pas seulement occupé de la Mercedes, mais de la GTR aussi !! C’est plutôt bien joué. Dans le doute que tu prennes l’une ou l’autre.
Les regards s’illuminent autour de moi, confirmant ma théorie.
— Alors, pourquoi je ne me suis pas éclaté lors de la race ?
— Je suppose que la GTR est contrôlée avant chaque course ? Constate le sergent d’armes.
— Oui…
— Tu as donc ta réponse. Il est impossible de berner l’ordinateur et la balise de contrôle, à moins que ton préparateur soit de mèche avec l’autre connard !
— Nan, j’ai une confiance aveugle en Franck !
Il nous aura fallu bien plus que les deux heures initialement prévues et annoncées à Andrea pour élucider et mettre un plan d’action en place. Plus la confirmation par Franck que la Nissan GTR d’Andrea était bien véreuse ! Une fois avoir attribué les différentes tâches à chacun, je remercie Jay, le vice-président des Death’s Falcons, d’accepter de nous prêter main forte et d’assurer la protection de Sierra pendant qu’Andrea endossera son rôle d’appât en toute âme et conscience. Steven n’a aucune chance ou espoir de s’en sortir à nouveau !
Ce bordel s’arrêtera dans deux jours !
Je réserve même un plan bonus à toute cette histoire pour un point final en apothéose…
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