Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 31 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 31

 

Avery Jones

 

– Bonjour, miss Jones ! clame joyeusement Donald Gibson, le standardiste de Meetcom, avant de fourrer un énorme donut dans sa bouche.

Ce jour sera tout sauf bon, mais je réponds avec une politesse affectée et un sourire contrit. Comme il est en train de mastiquer, il ne m’abreuve ni de questions ni de remarques sur Carter, ce dont je ne peux que me réjouir. En entendant dans mon dos la voix aussi criarde que déplaisante de Clifford, j’accélère vivement le pas en direction des ascenseurs. Je ne suis pas assez rapide cependant pour échapper à sa présence et je soupire bruyamment.

– Avery, c’est un plaisir de te voir.

– Je n’en doute pas, le raillé-je.

– Tu t’es remise de ton week-end ? me questionne-t-il aussitôt.

Quoi ? Je tourne un regard interrogateur et inquiet dans sa direction. Comment est-il au courant ? De quoi, au juste ? Mes joues s’empourprent lorsque des images charnelles reviennent se coller à mes rétines puis à l’idée des rumeurs qui vont circuler à mon sujet.

Je parie que Carter n’a pas supporté d’avoir dû chercher un hôtel, forcément minable, puisque tous ceux auxquels il est habitué n’avaient plus de chambre libre. Il va s’être vengé en se vantant à qui veut l’entendre de m’avoir glissé dans son lit.

Plutôt dans ton lit, rectifie ma raison, affolée.

– Je vais très bien, merci, répliqué-je sèchement.

Pourquoi faut-il que l’ascension soit si lente ?

– Franchement, Avery, quand je t’ai vue danser vendredi soir… commence-t-il.

Il hoche la tête d’un air entendu. Il ne fait donc pas allusion à ma folle nuit avec Carter, mais bien à mes déhanchés au Cambridge sur la piste de danse. Deux verres vendredi soir ont suffi à m’enivrer, moi qui ne bois jamais, et à me donner en spectacle.

– Qu’as-tu fait de Carter ? demande soudain Cliff.

Je me mords la lèvre pour ne pas l’envoyer promener, lui dire que ce ne sont pas ses affaires, mais je me tais, en levant les yeux au ciel. Oui, le mannequin devrait être là, avec moi, et mon ventre se serre douloureusement. Je n’ai aucune idée de l’endroit où il se trouve. Je l’ai chassé comme un malpropre ; cependant, à la seconde où il a franchi la porte de mon appartement la veille, le sentiment d’être injuste et cruelle m’a saisie. M’a rendue tremblante, à deux doigts de courir à sa poursuite, de m’excuser de ma méfiance, de lui demander de s’ouvrir à moi, de l’aider à chasser tous ses démons intérieurs. Et pourtant, je suis restée, dans mon lit, en position fœtale, incapable d’esquisser un mouvement, perdue et troublée alors qu’il claquait la porte derrière lui. Je ne l’ai pas écouté ; je l’ai fichu dehors avec en prime une bonne dose de mépris, en revenant sur notre nuit. Sans autre forme de procès, sans lui poser la moindre question sur ce qui l’avait conduit à se saouler pendant qu’au fond de moi je me disais qu’il avait forcément une bonne raison de boire comme il l’a fait…

Comme ton père.

Toute la nuit, je n’ai eu de cesse de faire défiler le cours des derniers jours, j’ai tenté de faire le tri dans les sentiments que j’éprouvais, dans cet amalgame confus de haine et de désir, de tentation et de frustration, à défaut de pouvoir fermer l’œil. J’ai beau faire la sourde oreille, m’aveugler, je ne peux nier que l’arrivée de Carter a mis du piment dans ma vie, que j’aime la façon dont il me pousse dans mes retranchements, dont il me déstabilise d’un regard ; j’adore même nos joutes verbales interminables. C’est à cause de tout ce qu’il me fait ressentir qu’il m’est difficile de supporter sa présence près de moi. Plus je passe de temps en sa compagnie et plus l’idée que je me faisais de lui s’étiole. Il n’est pas une enveloppe vide dénuée de personnalité et d’humanité. Il est un homme plein de doutes et de failles, qui m’attire irrésistiblement. Et c’est comme si je m’évertuais à nager à contre-courant, à vouloir toujours lui coller cette étiquette étriquée que je lui ai attribuée dès notre rencontre. Le Carter public n’est pas celui que j’ai découvert. Et il vaut beaucoup mieux que ça. Bien sûr, il est arrogant, sûr de son charme, provocateur, mais aussi profondément simple et humain. Et attentif…

Et attentif à toi, ajoute ma petite voix.

Le fait qu’il ait réussi à me toucher me semble bien trop dangereux, et le moindre prétexte a été bon pour l’éloigner de moi, de ces murailles que j’ai dressées. Clifford tousse et je me rappelle que je me trouve avec lui, et non plus avec l’insupportable et troublant Carter Blanchais. Ce que je préférerais pourtant mille fois.

– Si j’avais su qu’une telle braise sommeillait sous cette carapace… reprend Clifford, concupiscent.

Je n’aime pas ce type, ni sa voix ni ses manières de vieux pervers libidineux. Ni la façon dont il me déshabille du regard, dans l’optique de me mettre mal à l’aise. Tout chez lui me rebute, et pas seulement parce qu’il cherche à prendre ma place. Clifford s’approche de moi, appuie négligemment sa main contre la paroi, approche son visage du mien. Son souffle sur ma peau me colle des frissons de dégoût et je calcule l’angle idéal pour lui asséner un coup bien placé s’il ose quoi que ce soit. Parce que c’est un mâle, il croit sans doute qu’il peut tout se permettre.

– Tu aurais fait quoi ? répliqué-je avec ironie. Tu m’aurais invitée à un bal, peut-être ?

Si Clifford espère m’intimider par ses remarques déplacées, c’est mal me connaître, je sais parfaitement me défendre toute seule. Contre les hommes de cet acabit. Pathétiques, sournois, vicieux.

– J’aurais cherché à t’allumer plus tôt…

Il se passe la langue sur les lèvres avec concupiscence et je réfrène une envie de rire. Je sais très bien que ses intentions n’ont jamais été de me séduire, et aujourd’hui encore, ce qu’il cherche, c’est à me déstabiliser suffisamment pour me pousser vers la sortie. Un sourire s’affiche sur mes lèvres au moment où je comprends : je lui fais peur, et encore plus depuis qu’il a découvert que je pouvais me la jouer femme fatale.

– Tu manques d’expérience, Clifford, et une brûlure est si vite arrivée, lui asséné-je alors que les portes de l’ascenseur s’ouvrent enfin sur Gwen.

Les yeux de cette dernière s’écarquillent, sa bouche maquillée s’arrondit de stupeur, comme si elle venait de surprendre une scène compromettante entre Clifford et moi. Ce qui ne risque pas d’arriver de mon vivant. La jeune femme porte la main à sa bouche pour retenir un gloussement dont elle a l’habitude. Je n’ai pas le temps de lui expliquer qu’elle se méprend qu’elle m’assaille, ne me laisse pas en placer une et m’entraîne en direction de mon bureau, en m’attrapant le bras.

– Il y a du grabuge, m’informe-t-elle sur le ton de la confidence.

L’excitation perce dans sa voix.

– Carter hurle dans le bureau de Dan, reprend-elle.

Je fronce les sourcils. Bien que j’essaie de le cacher, la curiosité m’envahit, d’autant plus que je n’ai aucun doute sur le fait que Gwen détienne d’autres informations, qu’elle va s’empresser de me divulguer.

– Et tu étais dans la même pièce qu’eux ? m’étonné-je.

– Non, non, mais… ils crient, assure-t-elle, nullement gênée par ma remarque.

Je sais très bien qu’elle devait avoir collé son oreille à la porte pour ne pas perdre une miette des propos échangés dans le bureau du patron.

– Carter fait un scandale, et…

Gwen s’arrête, un instant, m’obligeant à en faire autant.

– Mais parle, l’encouragé-je.

– Il ne veut plus travailler avec toi, je suis désolée, avoue mon amie, penaude. Il a demandé à faire équipe avec quelqu’un d’autre.

– Quoi ? Il a fait quoi ? m’offusqué-je.

– Mais Dan a…

Agacée autant qu’énervée par l’attitude de Carter, j’accélère le pas et pousse la porte du bureau de Dan sans m’annoncer.

– … refusé, complète Gwen, essoufflée, derrière moi.

Sans demander son reste, elle s’excuse et s’enfuit aussi vite que lui permettent ses talons aiguilles, me laissant seule avec deux hommes qui pivotent dans ma direction avec un mélange de ressentiment et de colère.

– Pas trop tôt, grogne Carter.

J’atterris dans son regard braqué sur moi en m’apercevant que l’intensité dans ses yeux m’avait manqué…

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