Be My Boss (French Edition)
Chapitre 45
Avery Jones
Les mots de Carter assèchent ma bouche. Je mentirais si je prétendais que je n’ai pas pensé à me jeter sur lui à de nombreuses reprises. Son corps pressé contre le mien, en avançant dans la rue, sa main posée sur ma cuisse, au restaurant. Sa présence réveille des sensations enfouies en moi. Mes yeux descendent sur sa bouche charnue, et l’envie de l’embrasser palpite sur mes lèvres. Cependant, et à contrecœur, je ne cède pas à la délicieuse tentation… Nous avons encore du pain sur la planche.
– La journée n’est pas finie…
– Vraiment ? me provoque-t-il.
Son souffle se mêle au mien, sa bouche effleure la mienne et je ferme les yeux. Ma poitrine se soulève rapidement, et percute son torse.
– Tu joues un jeu dangereux, miss Jones, insiste-t-il.
Autour de nous, le monde continue d’avancer et, moi, j’ai l’impression que le temps suspend sa course. Je n’entends ni ne vois plus rien, engloutie par des prunelles emplies de désir.
– Et je sais que tu en meurs d’envie.
Si j’avais la capacité de raisonner et de parler, je crois que je le cinglerais d’une réplique bien sentie, mais j’en suis incapable, car ses mots sont trop redoutables. Je m’embrase sous ce regard qui me déshabille, ce souffle chaud qu’il exhale.
– Nous avons des rendez-vous, articulé-je.
– Annule-les.
– J’ai promis à…
– Oublie, me coupe-t-il, la seule promesse que tu dois tenir concerne la jouissance de nos corps…
Je secoue la tête, un petit rictus amusé se colle à mes lèvres. Par chance, je retrouve mes esprits en même temps que mon sens de la repartie. Parce que je suis professionnelle et que je tiens toujours mes engagements. Je me libère de son étreinte, et recule d’un pas pour rétablir une distance de sécurité entre nous.
– Il faudra attendre, assuré-je, en essayant d’adopter un ton déterminé. La patience a du bon… Parfois.
Comme un gamin contrarié, ses lèvres se plissent en une moue boudeuse, absolument irrésistible. J’aime le voir sourire, rire, détendu. Son charme naturel s’en trouve renforcé alors que le poids qui pèse sur son âme semble un peu moins lourd depuis qu’il a réussi à se confier. Cela me touche profondément qu’il m’ait parlé, à moi. Ce qui commence à naître entre nous fonde ses racines dans la vérité. Nous ne sommes plus deux inconnus, l’un pour l’autre ; nous partageons désormais bien plus.
– Plus tard, ce sera sans doute trop tard, argue-t-il.
Sa menace à peine voilée de rejoindre d’autres bras et d’autres draps me fait frissonner. Désagréablement. Une grimace contracte mes lèvres en un sourire crispé. Dire que cela ne m’atteint pas serait un mensonge ; bien sûr que je refuse qu’il coure rejoindre une autre fille. Carter est en train de devenir beaucoup plus qu’un plan cul. D’une nuit, nous sommes passés à deux, et une envie de plus s’installe en moi. La pointe de la jalousie transperce mon âme ; cela me déroute autant que ça m’agace d’éprouver un tel sentiment pour lui. Quoi qu’il arrive désormais, je crains qu’il ne soit trop tard pour y échapper. Et ça craint.
– Avec Dan, nous devons voir le petit-fils O’Malley, expliqué-je calmement, et toi, tu es invité à une rencontre dans un lycée professionnel pour parler du mannequinat.
Il pousse un soupir consterné, surjoue le côté contrarié. Il ne peut manquer d’avoir remarqué ma propre réaction.
– Je savais que mon idée te plairait, le taquiné-je.
– Mon programme était bien plus intéressant, assure-t-il, malicieusement.
– Mais moins productif sans doute, rétorqué-je.
À peine ma phrase lâchée, je sais que je viens de lui tendre la perche pour un sous-entendu salace ; je vois d’ailleurs une lueur grivoise s’allumer dans ses yeux. Cependant, il me surprend en choisissant de ne pas formuler sa plaisanterie à voix haute pour nous entraîner sur un terrain plus léger, plus badin.
– Nous serons séparés le reste de la journée, analyse-t-il.
– Tu ne peux déjà plus te passer de moi ?
Il me jette un regard étrange, comme s’il se posait vraiment la question, mais qu’il devait chercher en moi la réponse.
– Alors, il faut que je t’offre un avant-goût de ce que tu vas rater, rétorque-t-il, sans me laisser le temps de répondre.
En une enjambée, il franchit l’espace que je venais d’instaurer entre nous et se jette sur mes lèvres. Ses mains glissent le long de mon dos, et empoignent mes fesses, me faisant gémir contre sa bouche. Dans cette rue passante de Brighton, nous oublions pourtant le reste du monde. Tout ce qui nous détruit, tout ce qui nous bouleverse. Il n’y a que lui et moi, et cette sensation de se trouver exactement à l’endroit que je souhaite. Avec la personne que je désire. Il m’accapare tout entière, balaie mes convictions et mes doutes dans cette délicieuse étreinte, fait tomber mes ultimes résistances. Je m’alanguis entre ses bras, me moque des convenances, me sens libre comme jamais. Quand je lui ai avoué qu’en sa présence ma peine était moins lourde à porter, je ne mentais pas. Carter Blanchais, sans en avoir conscience, a rallumé l’étincelle dans ma vie. Ni l’un ni l’autre ne voulons que cela s’arrête. Mes mains s’enroulent autour de sa nuque pour approfondir notre baiser avant de plonger dans ses cheveux. Nos langues se cherchent, se retrouvent et entament une danse passionnée.
Seuls au monde. Dans ce monde qui va trop vite, qui impose ses règles et ses devoirs. Il n’y a que lui et moi et… soudain le crépitement d’un flash qui nous fait sursauter. Le feu aux joues, les lèvres gonflées, je retire mes doigts des cheveux de Carter, qui abandonne mon fessier et regarde autour de moi. Énervée, je découvre deux hommes, armés d’immenses téléobjectifs de l’autre côté de la rue. Ils continuent de nous mitrailler et de saisir chacune de nos réactions.
– Ils nous ont retrouvés, lâché-je, les sourcils froncés.
– Enfin ! commente Carter, je commençais à me faire du souci.
Mon agacement ricoche sur sa bonne humeur.
– Mais je ne veux pas que…
– On va leur en donner pour leur argent, avance Carter.
– Quoi ? m’exclamé-je.
Sans crier gare, il me fait basculer en arrière, et m’embrasse à perdre haleine, sa main sur ma nuque. Mes doigts s’accrochent et se crispent sur sa chemise. Il nous la joue héros de cinéma, et j’avoue que j’adore ça. Pour un peu, j’oublierais la raison qui me vaut l’honneur d’un tel baiser. Au bout d’un moment qui me semble bien trop court, il me redresse sur mes jambes, qui flageolent un peu, avant de s’assurer que les paparazzis n’en ont pas perdu une miette.
– Allons-y, je crois qu’il a eu assez de matière pour son article, et la suite sera pour un autre type de magazine interdit aux moins de 18 ans.
Je roule des yeux, tout en remettant de l’ordre dans ma tenue. Alors que je m’apprête à attacher mes cheveux en chignon pour les discipliner, Carter me susurre à l’oreille qu’il les préfère libres et sauvages, comme après une nuit de sexe torride. Sa légèreté m’amuse, son appétit m’exalte et me fait frissonner tout à la fois. Même si je n’ose le formuler à voix haute, je me sens bien, ce qui me surprend. En cet instant, les paparazzis peuvent écrire ce qu’ils veulent, cela importe peu. Je fais taire la voix de ma raison qui me crie que cela ne pourra pas durer, avant d’énumérer les mille et une raisons qui rendent impossible notre relation. Ces raisons sont certes valables, mais aujourd’hui, elles me paraissent nettement moins insurmontables.
« Quand la glace a commencé à fondre, il est impossible de faire marche arrière. »
Les mots de Kate, l’adorable responsable de L’Oasis, me reviennent en mémoire. Suis-je vraiment en train de succomber au charme du ténébreux Carter Blanchais ? De fondre au point de ne plus me soucier des conséquences ? Comme mus par leur propre volonté, mes doigts quittent ma chevelure, et obtempèrent au désir de Carter.
– Le naturel te va très bien, miss Jones.
Avec un sourire, je reçois le compliment. S’il est capable de souffler le chaud et le froid, il lui est aussi possible de faire succéder la tendresse au désir, la flamme réconfortante de la cheminée au brasier torride.
Et je fonds un peu plus alors que nous nous rendons à pied au siège de Meetcom, en nous taquinant.
Cet homme est loin d’être celui que j’imaginais. Aujourd’hui, devant l’hôpital, il s’est ouvert à moi, m’a dévoilé les secrets douloureux de son cœur, le poids de sa profonde culpabilité. Je voudrais alléger sa peine, cette peine qu’il dissimule derrière un masque d’indifférence et une attitude blasée. Rien ne semble pouvoir l’atteindre désormais car il a traversé le pire.
Elle n’est pas morte, me rappelle ma raison. Sa petite sœur, Dana, est toujours en vie.
Je voudrais pouvoir l’aider à déposer son fardeau et à ne plus se sentir responsable. J’ai soudain l’impression de le découvrir sous un angle nouveau. Mes préjugés m’ont aveuglée dès notre rencontre. Cependant, mes yeux se dessillent et l’homme qui est devant moi me touche, me transporte, me percute. Le vrai Carter est celui que je vois désormais.
Avec moi, il sait se montrer plein de douceur, de folie, de tendresse et de passion. Il ose me taquiner et je ne sais plus où j’en suis, mes pensées cavalent dans tous les sens.
Cela est trop fort, trop brutal, trop intense.
– J’ai très envie de toi, Carter… avoué-je, en reprenant ses mots.
Mon sang se fige dans mes veines alors qu’il darde sur moi un regard de prédateur. Un instant, je crois qu’il va me soulever de terre et me transporter jusqu’à mon appartement pour me faire l’amour tout l’après-midi, sans me laisser reprendre mon souffle. Une lueur amusée traverse ses iris.
– Je sais, avoue-t-il, je fais cet effet à toutes les femmes.
Je lève un sourcil interloqué, retirant mentalement toutes les qualités que je viens de lui attribuer. Ne jamais oublier que cet homme est un rustre arrogant et macho qui ne perd rien pour attendre. Je lui frappe le bras avant qu’il ne m’attrape par la taille, en éclatant de rire. Doucement, il presse sa bouche sur ma tempe.
– Je n’y peux rien si je suis beau comme un dieu grec, précise-t-il. Ce corps est la croix que je dois porter. Des fesses parfaites, une musculature harmonieuse et un…
– C’est bon, j’ai compris… grogné-je, ressentant de nouveau une légère pointe de jalousie.
– Ce n’est pas faute de vouloir, rétorque-t-il. Mais il y a Dan, O’Malley ; ce serait dommage que tu te fasses virer. Je sais à quel point ton boulot compte pour toi…
Où est passé Carter, le modèle même de l’égoïsme ? Devant les portes de Meetcom, nous nous rangeons chacun du côté de la raison, en mettant notre attirance physique de côté. Les photographes partent pendant que nous pénétrons dans le hall.
– Tu ne perds cependant rien pour attendre, conclut-il, en m’octroyant une claque sonore sur le postérieur.
– Ma vengeance sera terrible, assuré-je, offusquée par ce geste déplacé que n’importe qui aurait pu surprendre.
– Il me tarde d’y goûter alors.
Nous pénétrons dans l’ascenseur avec l’étrange et délicieuse sensation de nous être délestés d’un masque. Notre armure est en train de voler en éclats.
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