Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 40 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 40

 

Carter Blanchais

 

– Parle-moi de lui, lui proposé-je d’une voix enrouée.

Les iris noyés de larmes, Avery me touche en plein torse et ébranle mes remparts. Je ressens sa détresse, la profonde douleur de la perte d’un être aimé. Malgré cette journée éreintante et mon désir de la posséder, je ne me défile pas pour lui offrir ce dont elle a besoin, une oreille attentive. Me voilà, installé sur le canapé, à côté d’une femme meurtrie qui ne demande rien. Je choisis alors de lui accorder un peu de mon temps, sans contrepartie.

– Pourquoi ? me demande-t-elle, suspicieuse.

Son étonnement ressemble à une injure. Et si la curiosité et la manipulation me poussent souvent à m’introduire dans l’histoire des femmes, à extraire leur secret pour m’enorgueillir, pour Avery, je ressens une réelle implication dans son mal-être. Comme de la compassion pour elle… Ce mec investi, ce n’est pas moi ; pourtant, il semblerait que je sois piqué par la question d’Avery.

– Je dois juste être beau et me taire ? riposté-je en fronçant les sourcils.

– Ne retourne pas la situation, Carter, soupire Avery.

Elle s’enfonce dans l’assise du canapé, attrape ses genoux et les presse contre sa poitrine. Je donnerais cher pour être son chemisier, pris en étau entre ses cuisses et ses seins. Je secoue la tête pour chasser l’image de ses tétons succulents, et porte mon attention sur son visage marqué par la fatigue et la nostalgie. Son expression m’atteint encore une fois et dévoile une volonté de la protéger qui n’est pas logique.

Tu fais des blagues salaces pour ne pas voir le principal. Tu occultes ta propre souffrance familiale en te focalisant sur le plaisir de la chair, m’informe ma conscience, en fine psychologue.

Merci, Sigmund Freud, ton analyse se trouve exacte, grogné-je intérieurement.

– Que veux-tu savoir sur lui ?

Sa voix n’est qu’un fin murmure et je dois tendre l’oreille pour saisir ses mots. Après Dana, j’ai perdu ma voix. Aucun son ne parvenait à franchir la barrière de mes lèvres tant mes mâchoires étaient contractées. Paralysé émotionnellement par le choc post-traumatique, je méritais de ne plus exister. Pendant des semaines, je n’ai pas parlé, encore moins souri, ailleurs, tétanisé, souffrant de l’accident comme si j’en étais la victime ; personne n’a réussi à m’arracher une parole… Jusqu’à ce qu’on me tende la main… Aujourd’hui, je ressens l’improbable besoin d’offrir la mienne. De saisir la douleur d’une autre à bras le corps, de l’extraire de son âme pour la délivrer d’une partie de sa souffrance.

Serais-tu devenu altruiste ? se moque ma libido. Je n’espère pas, je veux la culbuter jusqu’à l’épuisement !

Je prends une profonde inspiration, tente d’allier ma conscience avec cette testostérone qui a pris possession d’une partie de mon esprit et plonge de nouveau dans le regard mélancolique d’Avery.

– Raconte-moi votre rencontre, lui suggéré-je en m’adossant à mon tour.

Un léger sourire se dessine sur ses lèvres alors que le souvenir heureux remonte à la surface.

– Declan et moi étions dans la même université. J’étudiais le marketing et lui, la biodiversité. Je souhaitais connaître sur le bout des doigts les stratégies commerciales afin de travailler dans une ONG. Récolter des fonds, faire naître des révélations, offrir un nouvel avenir à ce monde égoïste. Lui ambitionnait de lutter contre l’extinction de la faune et la flore. Passionnés chacun de notre côté, c’est un challenge interuniversitaire qui nous a réunis.

Alors qu’Avery me dévoile des détails un peu mièvres de leur idylle, tels qu’une glace partagée, un baiser chaste échangé entre deux rayons de livres à la bibliothèque, je me surprends à imaginer cette jeune femme un peu fragile et très idéaliste. Avec sa frange haute, ses yeux d’un bleu limpide et sa volonté de donner du sens à son existence. Cette Avery étudiante, je l’aurais sûrement étudiée pour m’en servir d’amuse-queue. Jamais je n’aurais envisagé la profondeur de son esprit, les fêlures de son histoire familiale et son inexpérience en matière d’amour.

– Il a été le premier, celui à qui on offre tout sans penser une seconde à se protéger de l’après. Après être tombés amoureux, après avoir emménagé ensemble, après nous être mariés.

Une larme solitaire roule sur sa joue délicatement. Instinctivement, je tends le doigt pour la recueillir et la porte à ma bouche pour goûter cette perle salée. Perdue dans les tréfonds de sa mémoire, Avery ne réagit pas mais frissonne sous mon contact.

– Et après ? l’encouragé-je à continuer.

Les secondes planent, puis les minutes. À travers les fenêtres du salon, la nuit s’étale langoureusement. Machinalement, je joue avec les trous de ce jean délavé et usé acheté trois livres dans la friperie, puis tente de frotter une tache du café de L’Oasis, qui ne part pas. Alors que je plonge dans une douce léthargie, Avery anéantit le silence de son timbre doux.

– Après… il y a des projets qui n’ont jamais vu le jour, la peur qui s’insinue partout et dévaste la joie, la maladie qui progresse inlassablement. Le cancer a débarqué dans notre vie sans que Declan le prenne au sérieux. Jeune, sportif, au commencement de son existence, il pensait qu’un traitement suffirait à tuer cette saloperie.

Dans son intonation plus marquée, la colère prend le pas sur la tristesse. Quand une épreuve nous fauche en plein vol, la chute est d’autant plus fracassante. Un flash me revient. Je ferme les paupières pour chasser ce putain de ballon de baudruche rouge qui vole toujours dans mon esprit.

– J’ai été là. Jusqu’à la dernière expiration. Et lorsqu’il n’a pas inspiré, une partie de moi est partie avec lui.

Sa voix se brise sous les sanglots. Sa souffrance me percute de plein fouet et se loge dans ma cage thoracique. Elle fait écho à la mienne et m’offre une incroyable vérité, qui m’émeut au point d’en avoir les larmes aux yeux.

Dana, même branchée a des machines, respire encore. L’espoir n’est pas mort.

Alors je me tourne vers Avery dévastée, pleurant la perte de l’amour de son existence et, loin de me rassasier de sa peine, je n’ai qu’une putain d’envie. Celle de faire disparaître sa douleur. J’avance mon buste et l’enroule de mes bras. Elle se loge au creux de mon cou, s’accroche à mon tee-shirt et pleure sans rien retenir. Il y a un sentiment magique lorsqu’une personne se confie à nous au point de déposer ses tripes et son âme sur la table. Le sentiment d’utilité. Et il est foutrement jouissif.

Tenant fermement Avery contre moi, j’ai l’impression d’être un rocher en pleine mer déchaînée. Un lieu où l’on se tient pour s’extraire du tumulte. Alors que ses larmes se tarissent, je persiste à caresser son dos, à vouloir apaiser ses tourments. Je ne la lâche pas tandis que sa respiration s’apaise, et que les tremblements de ses membres sont remplacés par des frissons sur sa peau. Non, je ne recule pas. Je sens une intense chaleur émaner de nos corps et une surprenante intensité électrifier l’atmosphère.

Et soudain, emportée par une ardeur nouvelle, Avery se détache suffisamment de moi afin de se jeter sur mes lèvres. Éberlué une fraction de millième de seconde par la hardiesse de sa langue aventurière, je reste pantois avant de répondre à ses baisers. Ma torche s’enflamme, ma peau brûle et ma bouche dévore la sienne.

J’en envie d’elle comme les abeilles qui attendent le printemps. Avec virulence, impatience et pugnacité. Parce qu’elles savent qu’il reviendra toujours. Tout comme je suis soudainement persuadé que nos corps s’uniront encore…

Ce qui semble être le programme de la prochaine heure. Jones, sauvage et féroce, s’installe à califourchon sur moi et m’enlève le tee-shirt de rock qu’elle m’a choisi un peu plus tôt. Sur son visage, plus aucune trace de nostalgie, seule la passion colore ses traits et illumine ses yeux. Pourtant, malgré mon sexe gonflé et mon corps prêt à bondir sur le sien, je bloque ses mains dans les miennes.

– Tu es sûre de toi, Avery ? prononcé-je alors que sa bouche s’apprêtait à descendre le long de mon cou.

– Je n’ai pas envie de penser à l’après. Ni à l’avant, pour tout t’avouer…

– Cet aveu me plaît…

Et sa réponse illustre à la perfection l’élan de plaisir qui nous submerge tous les deux alors que nos gestes ne se retiennent plus. Avery ondule son bassin contre mon entrejambe, attrape mes cheveux, plante ses dents dans mon cou. J’empoigne ses fesses pour lui imposer un rythme langoureux, me délecte de son corps pressé contre le mien.

Nos fringues volent dans la pièce, nos gémissements traversent le plancher, l’adrénaline pulse dans nos veines. Ses lèvres embrassent mon torse, elle lèche ma peau, la mordille et souffle dessus. Lorsqu’elle s’agenouille entre mes jambes, elle m’adresse un regard chargé d’une incroyable intensité avant de reporter son attention sur mon sexe dressé. Humectant mes lèvres, je bloque ma respiration. Quand sa bouche se referme sur mon gland, l’air afflue subitement dans mes poumons, mon cerveau se déconnecte de toute autre chose et je m’abandonne à sa langue, qui s’enroule autour de mon membre. Le plaisir déferle en vagues dans mon être tout entier et je dois faire appel à tous les saints pour me retenir d’exploser. Finalement, les rôles s’inversent et j’ai l’impression d’être une sucette au miel pour la reine des abeilles…

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