Be My Boss (French Edition)
Chapitre 42
Carter Blanchais
Enfin !
Voilà plusieurs semaines que mon nom avait déserté la rubrique people. Quoi de plus dramatique pour un mannequin réputé que de passer désormais inaperçu ? Jugé trop rapidement persona non grata à cause d’une malencontreuse photo, me retrouver en couverture d’une presse à scandale révèle que ma cote de popularité grimpe de nouveau. Pour mon plus grand plaisir, j’admire les clichés et apprécie ce que je vois, malgré mes fringues bon marché. Ma stature s’en trouve sublimée et mon expression joyeuse atteste de ma bonne fortune. Qui envisagerait une seule seconde que Carter Blanchais ait été forcé de s’exiler à Brighton, contraint par son manager de se forger une nouvelle réputation sous peine de répudiation ? Évidemment, personne n’imaginerait la vérité et, grâce à ces photos volées, le doute persiste encore. Je comprends qu’Avery se sente trahie par l’instigateur de cette séance improvisée, néanmoins il faudra qu’elle s’y habitue. Dans le monde des people, les coups bas sont légion.
Elle doit se forger un caractère solide si elle veut survivre dans cet univers.
Mais, je suis là pour l’y aider, pensé-je en abandonnant la double page pour dévisager Avery. De légers cernes sous ses yeux marquent son manque de sommeil et me ramènent à cette nuit mouvementée et bestiale. De toute évidence, sa volonté de ne pas mélanger vie professionnelle et privée tombe radicalement à l’eau, tout comme ses principes me concernant.
Qu’elle m’ait demandé de rester dormir ne lui ressemble pas. Et pourtant, il y a en elle une faiblesse attachante. Bien loin de moi l’idée de m’en servir contre elle, comme j’ai pu le faire dans le passé avec des nanas de passage. Comme je pourrais le faire avec Gwen, qui me croque des yeux en se léchant les lèvres avec gourmandise. Dans son attitude, il n’y a aucune place au doute, la demoiselle sait ce qu’elle veut et, en l’occurrence, elle souhaite goûter encore une fois à mon membre. Tel un paon en pleine roue, je gonfle le torse, redresse le menton et lui offre mon regard énigmatique et profond. Elle arque un sourcil, presse le bout de sa langue contre sa joue et me propose silencieusement une petite gâterie. Dommage pour elle, je n’arrive pas à sortir de mes pensées l’incroyable fellation d’Avery, et je doute qu’elle pourra la surpasser. Mon phallus exige l’excellence, ça ne sera donc pas la pulpeuse et frivole Gwen qui goûtera à la perfection.
– Alors ? me questionne Avery en me donnant un coup de coude dans les côtes.
– Alors quoi ? riposté-je, grognon.
– Comment comptes-tu démentir ?
– En ne faisant strictement rien.
Dans le hall, plusieurs collègues passent à nos côtés sans nous interrompre. Peu m’importe les ragots du moment tant que j’alimente les bouches et les esprits. Carter Blanchais renaît de ses cendres pour devenir une icône masculine en matière de luxe et de perfection. Néanmoins, je n’arrive pas à faire taire la petite voix qui me sermonne de rassurer Avery. Soudainement, je prends conscience qu’elle est devenue bien plus qu’une cible pour ma libido. Et je ne suis strictement pas fait pour entretenir un début de relation quelle qu’elle soit.
– Quoi ? s’indigne-t-elle.
Puisqu’elle croise les bras sous sa poitrine, mon attention se porte illico sur celle-ci. L’étoffe en soie de son chemisier blanc ne cache pas la forme de ses seins. Cette femme procure sur mon corps un effet immédiat bien que j’aie assouvi mes pulsions sexuelles à plusieurs reprises avec elle. Cette attraction toujours présente me dérange.
– Pourquoi te sens-tu offusquée d’être associée à moi ? lui demandé-je alors.
Pourtant, elle ne semblait pas déshonorée en ma compagnie lorsque je la pénétrais sans relâche et que ses gémissements fendaient l’air.
– Ce n’est pas ça du tout !
Bon sang, sa spécialité de tourner autour du pot m’exaspère.
– Alors de quoi il s’agit ? De ton ego qui en prend un coup ? De ta volonté de rester planquée dans cette petite ville sans faire de vagues ? lui asséné-je sans prendre de gants.
Les jours défilent, je suis toujours bloqué ici, sans autre contrat en vue. Un peu déboussolé par une nana plus vieille que moi et aux antipodes de mes goûts en matière de femme. Dans trois semaines, si je n’ai pas reconquis le cœur des marques de luxe, je serai grillé et remplacé. C’est ainsi que tout fonctionne dans le mannequinat.
Mais la réelle cause de mon énervement ne serait-elle pas liée à son envie de démentir publiquement notre relation ?
– Je ne sais pas nager… murmure-t-elle.
Son brusque changement d’intonation m’interpelle. Alors que Gwen ne nous quitte pas du regard depuis son bureau, la conversation prend une tournure plus intime. Mon agacement laisse brusquement place à l’attendrissement.
– Moi, oui, lui déclaré-je en posant ma large paume sur son épaule.
Je perçois son frisson, le léger soupir qui s’échappe de ses lèvres entrouvertes et son souffle qui se pose sur ma gorge. Ses yeux azuréens me sondent alors que l’envie violente de l’embrasser me saisit.
Ne succombe pas, Carter, pas après tout ce que tu as surmonté pour en arriver là.
J’use de tout mon courage pour me détourner de son visage, et passe une main sur ma nuque pour reprendre une contenance. C’est une chose de vouloir coucher avec elle de nouveau mais c’en est une autre de prendre ses considérations à bras-le-corps.
– Et après, Carter ?
Encore ce mot, celui qu’elle a employé à maintes reprises hier. Qui lui colle des sueurs froides et lui remémore son passé douloureux. Celui que j’emploie rarement, préférant vivre au présent sans imaginer les conséquences sur mon avenir. Voilà pourquoi je me retrouve ici d’ailleurs.
– Une fois que notre mission sera terminée, je repartirai, déclaré-je fermement en prenant soin d’éviter son regard. Chacun retournera à son existence. Toi à tes dossiers, moi à mes défilés.
Son trouble est si perceptible qu’il m’atteint aussi. Pourtant, en une fraction de seconde, Avery reprend le contrôle sur ses émotions et se pare d’un masque d’impassibilité. Le même qu’à mon arrivée.
– Bon, annonce-t-elle en tirant sur sa veste, nous avons du pain sur la planche, alors.
Ses talons claquent sur le carrelage en marbre, son attitude presque hautaine donne l’image d’une femme froide et sans scrupules. Néanmoins, je sais ce qu’il se cache sous ces apparences et c’est justement cela qui m’amène à croire que je deviens…
– Voilà mes deux stars, claironne Dan en m’interrompant dans mes pensées.
Pensées qui déviaient dangereusement vers le côté sentimental. Je prends son intervention pour un signe du destin et affiche un sourire soulagé.
– Dan ! lui réponds-je gaiement. Merci pour le scooter, c’était une chouette idée.
Étonné, il fronce les sourcils sans comprendre ma réflexion. Il m’assène une tape amicale dans le dos et m’entraîne dans le couloir.
– J’aurais bien voulu que ce soit la mienne, avoue-t-il avec un sourire. Surtout vu les excellentes retombées médiatiques.
Ces photos n’étaient donc pas de son fait, il n’use jamais de telle perversion et sa loyauté va à l’encontre de ce genre de stratagème.
– Qu’avez-vous prévu pour aujourd’hui ? me questionne-t-il.
Sa question tombe pile au moment où nous pénétrons dans le bureau d’Avery, laquelle, droite et stoïque, toise son supérieur avec animosité et rancœur.
– Puisque je ne veux pas servir d’appât à la presse, j’ai choisi un endroit inaccessible aux journalistes, lance-t-elle sans se départir de son aplomb.
– Très bonne idée, lance Dan joyeusement.
Désarçonnée par son comportement, Avery se renfrogne.
– Y a-t-il quelque chose que je dois savoir, monsieur Sutherland ?
La tempête Avery menace de s’abattre dans ce bureau et, bien qu’elle tienne à sa place ici, je gage qu’elle préférerait en claquer la porte plutôt qu’être intimidée de la sorte.
– Pas que je sache, Avery. Néanmoins, je vous félicite pour hier. Je dois reconnaître que votre petite virée en scooter m’a étonné de votre part. Continuez ainsi, vous faites du bon boulot tous les deux.
L’honnêteté peinte sur le visage de Dan ôte les soupçons d’Avery qui, soulagée, inspire profondément.
– Bien, nous n’avons plus qu’à continuer dans ce sens, certifie-t-elle en allumant son ordinateur.
Jones réajuste son costume de working girl, ce qui me donnerait presque envie de l’appeler maîtresse. Je m’égare en l’imaginant en porte-jarretelles et lunettes à monture, assise sur un bureau d’écolier. Cette vision m’enchante au plus haut point mais devra rester un fruit de mon imagination. Les conneries d’attirance avec elle sont terminées, à moins qu’Avery n’ait une autre idée en tête.
Alors que Dan ressort du bureau en nous souhaitant une bonne journée, Avery me divulgue son plan sans se douter qu’il va déclencher un putain de tsunami dans mon esprit…
– Aujourd’hui, nous allons à l’hôpital, dans le service pédiatrique.
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