Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 64 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 64

 

Carter Blanchais

 

Qui aurait cru que je me réveillerais aux aurores un samedi matin, sans la gueule de bois et une nana inconnue dans mon plumard ? Certainement pas moi, puisque, avant de rencontrer Avery, cette vie me satisfaisait pleinement. C’était compter sans la passion de nos corps, cumulée à celle des sentiments que je ressens. Impossible de les faire taire davantage, ils menaçaient de me rendre fou tant je luttais contre moi-même pour les retenir. Et puis j’ai vu Dana. Ma petite sœur si combattante qui lutte pour vivre alors que je gâchais ma propre chance en existant à moitié. J’ai réalisé beaucoup de choses en retournant chez moi et notamment celle qu’il me fallait emprunter une direction plus profonde et moins futile.

Il est parfois si compliqué de s’extraire de sa zone de confort. Se persuader que l’on est heureux est plus facile que d’ouvrir les yeux pour réaliser que le bonheur ne s’achète pas, mais se ressent. Et c’est dans cette chambre neutre, à côté d’Avery endormie, qu’une montée d’endorphine me percute. Ce n’est pas uniquement l’attraction charnelle qui domine mon état d’esprit, mais un ensemble de choses qui se complètent naturellement. Ce sont nos échanges de regards, la complicité entre nous, les rires partagés, les taquineries, l’élan de tendresse et celui passionnel. Je ne saurais décrire mes émotions ; de toute façon, je n’ai aucune envie de les décortiquer, je préfère de loin les éprouver.

Du bout de mes doigts, je caresse le dos nu d’Avery. Ses longs cheveux blond vénitien colorent la taie d’oreiller blanche, et la soie de son épiderme me picote les membres. Dont le plus impressionnant se réveille d’un repos bien mérité. Je me penche vers elle, dépose de légers baisers sur son épaule et l’entends grogner dans son sommeil. Jones est incroyablement canon et elle possède un caractère de chien. J’adore ça !

Repoussant mon envie d’elle de quelques minutes, je sors du lit sans la réveiller et la contemple dormir. Sur son visage serein, la détente se lit. Sa respiration m’apaise, tout comme sa présence.

Tu es foutu, mon gars, me nargue ma raison, te voilà raide dingue d’une nana ! Une vieille qui plus est et assez intelligente pour découvrir que tu n’es pas si spécial.

Effectivement, j’ai bien conscience d’avoir un physique avantageux, une gueule qui interpelle, un charisme mystérieux. Pour autant, Avery détestait cette image que je donnais. C’est en abandonnant des couches de ma superficialité qu’elle a commencé à s’intéresser à moi. La beauté n’est qu’une illusion à durée de vie limitée. Dans plusieurs décennies, ce ne sont pas mes rides et mon gras du bide qui me vaudront de l’attention mais mon esprit vif et aiguisé.

Alors que le pâle soleil anglais se lève dans une brume légère et que la rosée colore les toits, j’ouvre la fenêtre pour prendre une longue inspiration. Il y a bien longtemps que je n’ai pas savouré cette jouissance de paix intérieure. Ce sentiment de calme qui m’envahit, de plénitude aussi. Donc oui, je me suis adonné aux plaisirs charnels une bonne partie de la nuit, j’ai joui plusieurs fois et, surtout, j’ai donné du plaisir à la femme que j’affectionne. Néanmoins, ce que je ressens va au-delà d’une déferlante de coïts. Face à la ville endormie, à l’air frais marin et aux vents salés, j’ai l’impression que tout est possible. Je ne suis plus le mannequin international cantonné à défiler sur les podiums ou à prendre la pose pour des shootings photos interminables, je peux apporter bien plus que ma beauté aux autres.

Fort de ce sentiment libérateur, mon cerveau échafaude des plans à la vitesse de la lumière.

Je vois des dîners de galas participatifs.

Des dépôts-ventes de vêtements de luxe.

Des défilés animés dans les couloirs d’un hôpital.

Des événements caritatifs.

Des donations.

La création d’une fondation.

Une main se pose sur mon épaule et me fait frissonner. Lorsque ses lèvres viennent caresser ma nuque, un sourire franc naît.

– Le lit était vide sans toi, murmure-t-elle.

– J’aimerais que tu en dises autant de ton vagin.

– Carter, me gronde-t-elle en m’administrant une claque sur les fesses.

Je me retourne vivement, avise son regard espiègle, son visage baigné d’allégresse et m’empresse de la plaquer contre moi. Incapable de me contenir un instant de plus, je fonds sur ses lèvres et les embrasse avidement. Mes mains parcourent son corps, caressent chaque courbe de ses formes, s’aventurent sur sa croupe et la presse. L’assaut qui nous submerge sauvagement est tel que je lui fais l’amour sur la table. Entourés de ses dossiers, de mes fringues au sol, avec la fenêtre toujours ouverte. La brise matinale décuple nos sens et nous entraîne dans un tourbillon d’extase.

Haletants et au comble de la béatitude, nous succombons à la luxure sans pareille mesure. Aucun de nous ne se retient. C’est en totale harmonie que nos corps réagissent l’un dans l’autre jusqu’à atteindre le nirvana.

– Désolée, ma reine, je crois que le bébé ne sera pas pour cette fois, la taquiné-je en enlevant mon préservatif.

– Nous avons tout notre temps, mon roi, me répond-elle en descendant du meuble.

La reine des glaces et le roi de l’arrogance. Deux titres qui collent parfaitement à l’image que nous renvoyons au premier abord mais qui ne définissent nullement ceux que nous sommes réellement.

Ensemble, nous préparons le petit déjeuner, et mes œufs brouillés sont un pur régal. Comme un couple, nous nous installons en discutant. Chose qui ne m’était jamais arrivée.

– Tu as réservé ton billet d’avion pour lundi ? me demande-t-elle d’une voix neutre.

Malgré tout, je lis l’inquiétude dans ses iris bleutés et ne peux m’empêcher de ressentir une pointe de contentement en constatant que je lui manquerai.

– Il décolle lundi à dix heures, la préviens-je.

Max a déjà tout prévu, la chambre d’hôtel, les transferts, les vêtements. Il reprend du service et je le soupçonne d’adorer chapeauter chacun de mes contrats. Se mélanger au gratin mondain, se présenter en tant qu’agent de star. Ma popularité a grandi en quatre années de façon disproportionnée. S’il n’avait pas été là pour me sermonner et me remonter les bretelles lorsqu’il le fallait, jamais je ne serais parvenu jusqu’ici. Jusqu’à Avery. Bien évidemment, je ne dirai rien à Max ; néanmoins, je lui suis reconnaissant d’avoir tout fait pour prendre soin de moi, au détriment de sa propre existence.

– As-tu réfléchi à la proposition de Dan ? la questionné-je à mon tour.

Son boulot représente son univers, chez Meetcom tout le monde le sait. Carriériste, chalengeuse et performante, Avery Jones est une pointure en matière de communication. Elle excelle dans son domaine, et son perfectionnisme lui vaut des résultats magistraux.

– Je n’ai pas eu trop le temps ces dernières heures.

Elle m’adresse un petit clin d’œil coquin avant de mordre dans son toast grillé.

– Nous avons donc quarante-huit heures pour profiter l’un de l’autre avant que Carter Blanchais ne retourne à sa carrière.

Son intonation joviale ne cache pas la pointe d’appréhension qui s’y entend. Je n’ai pas le temps de la rassurer, car la sonnerie de la porte d’entrée résonne. Avant d’ouvrir, elle prend soin de nouer son peignoir et de passer une main dans ses cheveux. En boxer, les deux pieds bien au sol, je suis prêt à bondir si jamais son père refait surface ici. Mais c’est une tout autre tornade qui envahit l’appartement sitôt la porte ouverte.

Loyd et Tamara font irruption dans la pièce et me sautent littéralement dessus.

– Avion, avion, crie le petit garnement en lâchant sa tétine.

– Moi d’abord, hurle sa grande sœur.

J’avise du coin de l’œil Sasha, qui m’observe, et Avery, qui tente de s’expliquer. Les jérémiades des mouflets m’empêchent de saisir le moindre mot et je sors ma carte joker pour bénéficier d’une trêve auditive.

– Dans le placard de la cuisine, il y a des bonbons. Le premier qui les trouve pourra tous les manger, leur proposé-je.

Le temps qu’ils comprennent que les sucreries n’existent pas, j’ai toute latitude pour analyser la situation. Sasha ne semble ni en pleurs ni en colère, juste étonnée. Quant à ma reine, bras croisés sur la poitrine et menton relevé, elle n’apprécie guère la tournure de la conversation. Choisissant de me mêler à leur discussion, je me lève pour les rejoindre.

– Un problème ? interviens-je alors que le silence se fait.

– Écoute, Carter, je ne comprends pas ce que tu fais ici… commence Sasha sans passer par quatre chemins.

J’apprécie cette sincérité mais pas le jugement qui transparaît dans ses traits.

– En quoi cela te regarde ?

– Ça me concerne, figure-toi, parce que cette femme devant toi, déclare-t-elle en désignant Avery, a assez morflé. J’ai vu vos photos dans la presse et je constate que tu es en petite tenue. Votre liaison ne va pas durer et c’est elle qui va souffrir.

J’aurais aimé avoir un ami qui m’aime suffisamment pour se soucier de moi à ce point. Ce n’est pas le cas. Alors la réaction de Sasha, loin de m’énerver, me rassure.

– Tu as raison, réponds-je simplement. Je risque de la blesser sans le vouloir, même parfois de la décevoir et encore pire de la faire sortir de ses gonds. Mais je vais surtout la faire rire, lui donner du plaisir, la soutenir, l’aider à réaliser ses rêves et toujours la protéger. Et tu sais pourquoi, Sasha ?

Toutes les deux me dévisagent, les yeux écarquillés, attendant la réponse. Sasha secoue négativement la tête.

– Parce que cette femme, je l’aime ! annoncé-je, le sourire aux lèvres.

Son amie me sonde et puis, les larmes aux yeux, prend Avery dans ses bras en lui chuchotant des mots que je n’entends pas.

– Tu as intérêt à l’aimer du mieux que tu peux, sinon je ramène mes gosses à chacun de tes défilés, me menace-t-elle en souriant.

Et puis la tornade disparaît lorsqu’ils repartent aussi vite qu’ils sont venus.

– Elle s’inquiète pour moi, se justifie Avery en haussant les épaules.

– Maintenant nous serons deux, lui certifié-je en embrassant son front.

Je sais que le chemin risque d’être sinueux, parfois même tortueux et encombré ; pourtant, c’est toujours apaisé que je visualise la suite de notre histoire. À tort ou à raison ? Qui sait…

Seuls les prochains jours nous le diront…

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