Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 48 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 48

 

Carter Blanchais

 

J’ai voulu prendre la défense d’Avery, rembarrer cet abruti de Clifford et lui asséner une repartie bien cinglante pour le faire descendre de son piédestal. Mais elle n’a pas eu besoin de moi pour lui décocher une droite verbale plus percutante qu’un bon coup de poing dans sa face de rat.

Alors qu’une dizaine de violoncellistes entament un air classique, je ne peux m’empêcher d’être happé par la musique.

– C’est Chopin, m’informe Avery en murmurant à mon oreille.

Son souffle mélangé à la langueur des notes me trouble au plus haut point. Et lorsque je tourne la tête dans sa direction, que nos visages ne se trouvent qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, un séisme se déclenche en moi. Je plonge dans son regard d’un bleu majestueux et y découvre des possibles encore inimaginables pour l’homme sans attache que je suis. Un tsunami s’abat dans mon esprit et m’engloutit. Je me lève, en plein milieu du repas, et tends ma paume ouverte vers Avery, qui me fixe sans ciller.

– Viens avec moi, lui proposé-je en récoltant tous les regards étonnés autour.

Un petit sourire discret habille sa bouche maquillée et la rend encore plus alléchante. Une fraction de seconde, je la vois lutter entre la raison et la folie. Et elle opte pour la dernière, s’empare de son sac et dépose sa main dans la mienne avant de se redresser à son tour. Nous partons, accompagnés des notes de violons et de l’attention de toute l’assemblée. Je distingue quelques téléphones braqués sur nous, mais ne vois que la force de mon action. M’enfuir avec une femme à mon bras. Certains diront que c’est noble de quitter un tel endroit avec celle qui m’attire sans autre mesure. D’autres qu’il s’agit là d’un coup de pub bien monté. Et pourtant, leurs avis ne comptent guère dans cette affaire. Parce qu’il ne s’agit ni de business ni de scène digne d’un film mais bel et bien de la vraie vie. La mienne en l’occurrence, celle que je décide d’éprouver sans persister à me planquer derrière l’image surfaite d’un homme connu.

Dans sa robe vert d’eau qui épouse ses formes à la perfection, Avery ressemble à une princesse des temps modernes. Têtue, audacieuse, lunaire et intelligente. Elle n’est en rien comparable aux autres. C’est en quittant la réception, en dévalant les marches jusqu’au trottoir que je prends soudainement une décision qui risque fort de tout remettre en question. Mais j’ai viscéralement besoin de rebattre les cartes pour en distribuer de nouvelles. Mon jeu en mains depuis trop d’années, j’ai épuisé toutes les stratégies menant à mon succès avec brio. Je me dois de tenter une nouvelle combinaison, ne pas la préméditer, encore moins envisager la stratégie, bien au contraire, miser tout ce que je possède sur un coup à l’aveugle. Ne rien prévoir, ne pas réfléchir, juste agir.

– Où va-t-on ? me demande Avery alors que je hèle un taxi.

– Chez moi, lâché-je, aussi surpris qu’elle.

– Chez moi, tu veux dire ? me questionne-t-elle, étonnée.

L’envie de l’allonger sur un lit et de la faire mienne toute la nuit est une idée bandante à souhait ; néanmoins, la soudaine impatience qui brûle mes veines nous emportera loin de ce motel pourri. Dans une petite ville française, traversée par une route nationale avec une maison en bordure de route qui ne paie pas de mine mais qui rassemble le bonheur entre ses murs.

– À Neufchâtel-en-Bray.

J’ouvre la portière de la voiture et l’invite à prendre place. Elle noue nerveusement ses doigts entre eux, plisse son front et hésite.

– Avery, sans toi je n’y arriverai pas, avoué-je.

Il s’agit de la stricte vérité, celle que je me refusais de voir, qui me demande de foutre mon ego démesuré de côté pour laisser l’authenticité refaire surface. J’ai trop longtemps refusé d’écouter la petite voix dans ma tête qui me susurrait que l’essentiel ne se trouve pas sur un compte en banque bien rempli mais dans les yeux des gens que j’aime.

– Accorde-moi juste le temps de prendre quelques affaires, m’annonce-t-elle en prenant place sur la banquette.

Je pousse un profond soupir de soulagement face à son accord et boucle ma ceinture alors qu’elle donne son adresse au chauffeur. Machinalement, je pose ma main sur sa cuisse, le tissu satiné glisse sous mes doigts et dévoile la peau pâle de sa cuisse. La tension est électrique, mon sexe trépigne d’impatience dans mon boxer, la chaleur qui émane de nos deux corps si proches me donne subitement envie d’arracher sa robe pour lui faire l’amour. Avery ne prononce aucun mot, n’esquisse aucun mouvement, mais son regard chargé de désir et sa bouche ouverte où sa respiration peine à se reprendre parlent pour elle.

– Ne te change pas, lui ordonné-je d’une voix éraillée.

J’attrape sa main pour la poser sur mon entrejambe gonflé sans la quitter du regard.

– Juste en te contemplant, vois l’effet que tu me fais, Avery.

Ses joues se colorent de rose, son trouble s’accentue et sa paume libre s’empare de mes doigts. Lentement, elle les fait remonter sous sa robe, le long de sa jambe pour les plaquer contre sa culotte humide.

– Tu me fais le même effet, Carter.

C’est l’explosion dans ma poitrine, la cavalcade dans mon ventre, le bouillonnement dans chaque parcelle de mon corps tendu. Il me faut réaliser un putain d’effort surhumain pour ne pas me jeter sur ses lèvres charnues.

– Vous êtes arrivés, claironne le chauffeur, sans nous quitter des yeux dans son rétroviseur intérieur.

Nul doute que la passion qui se dégage de nous, même épiés, est visible comme la queue au milieu des jambes.

– Je t’attends là, déclaré-je à Avery.

Elle pose la main sur la poignée de la portière et avant qu’elle ne parte, je cède à la pulsion. Je la ramène vers moi, mes mains encerclent sa nuque, elle frissonne sous mon contact. Sa peau d’une douceur surprenante m’électrise. Ses paumes encadrent mon visage et je craque sous l’indéniable attirance qui nous unit. Elle va bien au-delà d’une attraction physique, je suis captivé par tout ce qu’Avery représente. Pris au piège dans ses yeux, hypnotisé par sa présence, subjugué par ce qui naît au creux de moi quand je la vois, impossible de me contenir davantage. Je l’embrasse avec force, me jette contre sa bouche sensuelle, me délecte de notre baiser. Il est puissant, fou, déraisonnable et jouissif. Sa langue s’entremêle à la mienne dans une danse passionnée, je plaque sa poitrine contre mon torse et perçois les tambourinements de son cœur.

Le chauffeur se racle la gorge pour nous rappeler sa présence. S’il savait que je n’en ai rien à foutre de lui, qu’il me suffirait de lui tendre un billet pour qu’il déguerpisse et me laisse seul avec elle. Néanmoins, un autre détail m’interpelle, l’heure qui tourne et le dernier ferry à destination de Dieppe qui part bientôt.

Je me détache d’Avery et reprends mon souffle. Sa beauté est incontestable. Je caresse sa joue, replace une mèche de ses cheveux et lui demande de se dépêcher.

– Toujours aussi autoritaire, monsieur Blanchais, me taquine-t-elle.

– Tu n’as encore rien vu, bougonné-je pour la forme.

Rapidement, elle s’engouffre dans le hall de son immeuble et, quelques instants plus tard, je distingue les lumières de son appartement s’allumer. En soupirant d’aise, je m’appuie contre l’assise de la banquette en cuir et réserve une cabine privée sur le ferry. La traversée ne dure que quatre heures, mais je compte bien joindre l’utile à l’agréable.

J’en profite pour prévenir mes parents de mon arrivée soudaine et reçois une ribambelle d’émoticônes joyeux en retour. Cette réponse me fait sourire et apaise mon esprit en ébullition.

Lorsque Avery réapparaît avec un sac imposant, j’opine du chef en constatant qu’elle n’a pas ôté sa robe de soirée mais a enfilé un long manteau dessus.

– Je suis prête, déclare-t-elle en reprenant sa place à mes côtés.

J’écris un texto à Max, mon manager, lui stipulant que je prends quelques jours de coupure, qu’il lui suffira de balancer les clichés des paparazzis à quelques journalistes bien placés et le tour est joué.

Le taxi file dans la nuit anglaise et nous traversons le centre-ville. Une imposante tour à un carrefour m’attire. Entourée d’immeubles récents, avec ses pierres d’antan et ses dorures, elle ne colle pas avec l’environnement.

Un peu comme toi, pensé-je intérieurement.

Je ne suis à ma place nulle part.

– C’est la Brighton Clocktower, me renseigne Avery. L’horloge au sommet est dédiée à la reine Victoria. C’est à l’occasion de la célébration de son jubilé d’or que de nombreuses villes ont décidé d’en construire pour marquer l’événement.

– Belle et cultivée, pensé-je à haute voix.

– Tu en doutais ? me rabroue-t-elle.

Sans lui répondre, je dépose un baiser tendre sur son front puis reporte mon attention à travers la vitre. La voiture longe le Brighton Pier et, tout au bout de cette jetée, je visualise L’Oasis et ses occupants. Un lieu qui ranime mon altruisme endormi et replace l’humain au centre de toute préoccupation. Nous filons rapidement en direction de Newhaven et, bientôt, le port se dévoile. Entouré d’obscurité mais éblouissant de lumière, le ferry se dresse fièrement. Il m’aurait été plus aisé de réserver deux billets d’avion ; pourtant, prendre ce bateau pour retourner chez moi était inévitable.

– Je… Carter, bredouille Avery en contemplant le ferry.

Elle a des traumatismes à soigner, des peurs refoulées qui ne doivent plus exister. Je veux être celui qui l’aidera à les vaincre.

– Je suis là…

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