Be My Boss (French Edition)
Épilogue 4
Avery Jones-Blanchais
Un an plus tard…
– Avery, tout va bien ?
Avant de répondre, je prends une profonde inspiration, chargée d’embruns. Face à moi, la mer se déchaîne, et les vagues percutent les galets. Désormais, il me suffit de sortir de L’Oasis pour jouir de cette vue incroyable. Je me retourne, un large sourire étirant mes lèvres. La vérité est facile : je me sens heureuse, si simplement et si profondément heureuse que ma réponse ne peut tenir qu’en un seul mot.
– Oui, affirmé-je pour rassurer Maggie.
Ma belle-mère me couve d’un regard protecteur, rempli de tendresse.
– J’avais juste besoin de prendre un peu l’air, lui expliqué-je alors.
– Je comprends, assure-t-elle, il y a tellement de monde à l’intérieur, c’est de la folie !
Avec tendresse, elle pose une main sur mon épaule ; sa sincérité et sa prévenance ne peuvent que me toucher.
– En tout cas, Avery, tu peux être fière de toi !
Malgré la porte fermée, des bruits festifs nous parviennent et, à travers la baie vitrée, nous apercevons les invités en train de danser et de s’amuser.
– Je ne m’en sors pas trop mal, concédé-je, faussement modeste.
Pour célébrer les 20 ans de L’Oasis, j’ai eu l’idée d’organiser un anniversaire. Cependant, je ne pensais pas que tant de gens répondraient à l’invitation. Kate et John ont traversé le pays pour être présents pour cet anniversaire symbolique, tout comme de nombreux anciens bénéficiaires de L’Oasis, et leurs remerciements chaleureux décuplent mon énergie. Donald, qui est sans surprise en train de dévaliser le buffet, et mes anciens collègues de Meetcom sont venus en nombre pour l’occasion. Je pouffe en apercevant Dan ; il est toujours déroutant de voir son ex-patron se trémousser sur une piste de danse. Ce qui me touche bien plus encore est la présence de la famille Blanchais au grand complet, dont je fais désormais officiellement partie. Mon regard descend sur mon alliance en or et diamant qui orne mon annulaire et que Carter a fait graver « ma reine ». Notre mariage a été plus que réussi, tout en simplicité et en émotions. Nous étions entourés seulement des gens que nous aimons le plus au monde. Du rire, des larmes de joie, et la pluie normande s’abattant sur nous. Bien que je doive reconnaître que Carter continue de m’agacer, je ne céderais ma place à ses côtés pour tout l’or du monde.
Meredith et Lindsay nous rejoignent bientôt.
– Tu vas bien, Avery ?
– Ce sont les bébés qui arrivent ?
– Il faut te conduire à l’hôpital ?
Elles se bousculent, s’empressent auprès de moi. Depuis que je suis enceinte de jumeaux, je suis devenue le centre d’intérêt des femmes de la famille Blanchais, y compris de Dana. Après son réveil, elle a été placée en centre de rééducation, où nous allons la voir aussi souvent que possible. Le frère et la sœur se sont retrouvés et c’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés ; les larmes ont roulé sur toutes les joues ce jour-là et je n’aurais su dire qui en versait le plus. Des larmes de joie qui réchauffaient le cœur, des larmes qui balayaient les remords et le poids de la culpabilité. Et aujourd’hui, elle a obtenu une autorisation pour le week-end, une infirmière l’accompagne, mais elle se trouve ici avec nous, si belle et si pleine de vie.
– Avery, dis à Meredith que c’est moi qui serai la marraine de la petite, lance Lindsay.
– Alors, là, c’est impossible car Carter m’a choisie, rétorque sa sœur, les bras croisés sur la poitrine.
– Mais, ça, c’était avant ou après qu’il t’a surprise à faire le mur pour rejoindre ton nouveau petit copain…
Je pouffe alors que les deux sœurs semblent sur le point d’en venir aux mains ; Dana, dans son fauteuil roulant, n’intervient pas, se demandant parfois où est sa place dans sa fratrie.
– De toute façon, ce sera Dana, la marraine de nos petits, assuré-je en lui adressant un clin d’œil complice.
– Qu’est-ce qui se passe ici ? demande Sasha, étonnée, en sortant à son tour de L’Oasis.
Dans la voix de ma meilleure amie perce également l’inquiétude, et je m’empresse de la rassurer à son tour. Si nous ne rentrons pas bien vite, cela risque d’être un défilé sur le trottoir. Il me reste encore quelques semaines avant que notre famille ne s’agrandisse doublement.
L’ambiance festive se confirme dès que nous franchissons le seuil de L’Oasis. Des banderoles, des décorations colorées suspendues aux murs fraîchement repeints. On parle dans toutes les langues du monde, on rit fort, on entrechoque les verres et on danse sur une salsa. Je me retrouve avec un verre dans la main.
– Rassure-toi, me souffle mon père près de l’oreille, ce n’est que du jus de fruits.
Je tourne mon visage dans sa direction et suis saisie par les changements opérés ces derniers mois. À travers sa barbe taillée, il sourit sincèrement et nous échangeons un regard qui en dit long sur ce que nous ressentons. Un mélange de tendresse, d’amour et de respect. À notre rythme, nous avançons l’un vers l’autre, comblons le fossé qui s’était creusé et rattrapons comme on peut le temps perdu. Bien sûr, il y a des coups de gueule et de blues, des retours en arrière, des plaies encore à vif, mais il y a surtout un lien qui se reconstruit.
Cette fois, c’est la bonne, me murmure ma conscience.
La première cure a été un véritable échec, la seconde aussi, mais celle-ci semble porter ses fruits et mon père s’accrocher pour ne pas replonger. Depuis presque quatre mois, il n’a pas bu une goutte d’alcool et vient chaque jour à L’Oasis, trouvant du réconfort à aider son prochain, puisant de la force auprès de nous pour ne pas céder à ses démons intérieurs. Mon père attrape un gobelet sur une table voisine et insiste pour que nous trinquions à cette belle journée. Il choisit ses mots, les pèse et nous souhaite d’en avoir encore beaucoup d’autres à partager comme celle-ci.
– Je lève aussi mon verre pour toi, papa, déclaré-je.
Touché, il ne répond rien, mais hoche la tête avec gravité.
– Et pour mes chers petits, lance mon père.
– Tu feras un super grand-père, assuré-je, en plaçant de l’espoir en ces mots.
– Ce qu’Avery ne dit pas, intervient Carter, qui vient d’arriver, c’est qu’elle a prévu de vous confier les deux petits monstres au moins deux fois par semaine pour que nous puissions sortir, tranquilles…
Je donne un coup de coude à Carter et lui fais les gros yeux.
– Mais pas du tout, protesté-je, ce n’est pas pour ça que je dis ça.
– J’espère ! s’exclame mon père en riant.
Il jette un coup d’œil au fond de son verre.
– Je crois que je ferais mieux de m’éloigner de vous avant qu’il ne vous prenne l’idée de me les confier à temps plein.
Nous le suivons des yeux quand il fend la foule de danseurs en direction du buffet dressé au fond de la salle. Avec tendresse, Carter m’enlace, ses deux mains se posant délicatement sur mon ventre.
– Deux futurs footballeurs, déclare-t-il, aussi agités que leur mère.
– Aussi pénibles que leur père, plutôt !
Alors que je m’apprête à lui taper le bras, il attrape mes doigts et les porte à ses lèvres. Je me retiens de les mordiller, comme nous sommes en public, mais nos regards s’accrochent l’un à l’autre, des regards chargés de fougue, d’amour et de passion. Il me défie, me provoque, me promet l’avenir, un avenir lumineux fait de nous deux. Peu importe la destination et les épreuves, tant que nous sommes ensemble, nous pouvons tout surmonter…
FIN
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