Be My Boss (French Edition)
Extrait "Un job en or" de Rose Becker
Découvrez Un job en or de Rose Becker
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UN JOB EN OR
Premiers chapitres du roman
ZBAB_001
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1. La chance de ma vie
D’abord un crachotement. Puis une grosse toux. Non, non, dites-moi que ce n’est pas vrai ! Les deux mains agrippées au volant, je vois une fumée blanche s’élever du capot de ma voiture. Pas maintenant ! Pas aujourd’hui ! Une odeur de brûlé chatouille mes narines et mes yeux me piquent. Pas en plein milieu de la circulation ! Avec un gémissement, j’écrase désespérément la pédale de l’accélérateur.
– Avance !
Je suis presque debout sur mon siège.
– Avance, vieux tas de ferraille !
Au prix de gros efforts, mon tacot s’extrait péniblement de la circulation et se traîne le long du trottoir tandis qu’un conducteur me dépasse en klaxonnant. Super. Comme si j’avais besoin de ça ce matin. Pile le jour où je passe l’entretien d’embauche le plus important de ma vie.
– Merde !
Sur le côté, un flot ininterrompu de véhicules frôle ma vieille guimbarde. À 8 heures du matin, les embouteillages paralysent déjà la ville et je ne peux pas rester au milieu du trafic. Je crois que je ne m’habituerai jamais à la circulation new-yorkaise. Quand soudain, mon moteur s’éteint dans un gros gargouillis. Cédant au désespoir, je tourne à dix reprises la clé de contact.
La vache. Qu’est-ce que je suis supposée faire ?
– S’il vous plaît, pas aujourd’hui. Pitié, pitié, pitié. Il me FAUT ce job. J’en ai besoin. Vous comprenez ? Si vous m’entendez là-haut…
Apparemment, il n’y a personne au bout du fil car le nuage de fumée s'épaissit, obstruant ma vue.
– Noooooon !
Je pousse un cri déchirant – et un poil ridicule, aussi. Puis je pars dans un fou rire nerveux. Un vrai rire de folle. Sur le trottoir, les passants me jettent des regards consternés mais c’est plus fort que moi : je ne peux pas m’arrêter. Mieux vaut rire que pleurer, non ? Car pour la première fois depuis des semaines, je suis convoquée à un entretien d’embauche. Et pas n’importe où ! Au siège de Stevenson Inc., la plus célèbre agence de pub des États-Unis. C’est la chance de ma vie et cette place d’assistante est pour moi.
Allez, c’est le moment de se reprendre. À la volée, j’attrape mon sac à main et mon grand carton à dessins, posés sur le siège passager. Tant pis pour la voiture. La fourrière n’aura qu’à l’embarquer – même si je n’ai pas les moyens de payer l’amende... D’un seul coup, je me jette dans la circulation. Je ne raterais mon rendez-vous pour rien au monde. Et l’air toujours aussi cinglé, je me précipite au milieu des voitures qui foncent sur l’avenue, les bras en V au-dessus de la tête.
– Hep ! Hep !
Un premier taxi me dépasse. Comprendre : il manque de me renverser dans le caniveau. Un peu secouée, je ne renonce pas pour autant et juchée sur les chaussures à talons neuves qui réduisent mes pieds en bouillie, je repère un nouveau yellow cab.
Celui-là, il est pour moi !
Quand tout à coup, un grand type blond surgit sur le trottoir d’en face. D’un petit signe de la main, il interpelle MON taxi… qui s’arrête devant LUI. Quoi ?! Je m’agite comme un épouvantail pour attirer l’attention du chauffeur et lui, il n’a qu’à claquer des doigts pour monter ? Je rêve ! Malgré mes orteils tordus, je m’élance vers la voiture en clopinant, mon grand carton à dessins sous le bras.
– Eh !
Déjà, l’inconnu ouvre la portière.
– Eh, vous ! Je…
Je reste sans voix. Parce qu’il vient de relever la tête. Mon voleur de taxi. Dans ma poitrine, mon cœur s’arrête de battre – à moins que ce ne soit le temps qui s’arrête de défiler ? Jamais je n’ai croisé des yeux pareils. Bleu sombre. Bleu tempête. Comme le fond de l’océan quand il est en colère. Je déglutis avec peine, une main sur l’autre portière du taxi, mon carton coincé sous l’aisselle dans mon tailleur gris froissé. Cet homme… il est tellement beau que je ne trouve rien à dire. Je me contente de le fixer, les yeux ronds. Il a la beauté mâle, nordique, presque guerrière. Des cheveux blond foncé qui retombent sur sa nuque. Des lèvres parfaitement dessinées qui s’étirent en un sourire amusé. Un nez fin, avec une mystérieuse petite cicatrice sur l’arête. Une mâchoire virile, carrée. Et des épaules solides sous l’impeccable veste d’un élégant costume de luxe.
– Je…
Je… je… « je » quoi, au fait ?
– Un problème ?
Mes jambes flageolent. Il a une voix chaude et grave… une voix à vous donner la chair de poule. Il me dévisage en silence, son attaché-case en cuir noir dans une main, prêt à s’engouffrer dans la voiture. Et soudain, ça fait « tilt ». Le taxi. L’entretien d’embauche. La chance de ma vie.
Ressaisis-toi, Kate !
– Un gros problème, oui ! Vous êtes en train de monter dans mon taxi.
– Votre taxi ?
Il sourit de plus belle. Je ne vois vraiment pas pourquoi. Puis il se penche pour examiner les ailes du véhicule.
– Je ne vois votre nom écrit nulle part, mademoiselle.
Oh… même sa façon de dire « mademoiselle » est sexy. Même sa pomme d’Adam, à peine proéminente, est sexy.
Non, stop ! Reprends-toi tout de suite !
– Je l’ai vu avant vous.
– Vraiment ? Et vous avez des preuves ?
– Pardon ?
J’en reste coite alors qu’il me sourit, irrésistible. En temps ordinaire, j’aurais sans doute battu en retraite et attendu le taxi suivant… mais pas aujourd’hui. J’ai trop besoin de cette place d’assistante au service communication et marketing.
– C’est mon taxi, point final ! Je n’ai pas le temps de pinailler, dis-je en ouvrant la portière pour m’engouffrer à l’intérieur.
Seul petit hic : il m’imite et se glisse sur la banquette avec une souplesse nonchalante, répandant une bouffée de son parfum. J’en ai la tête qui tourne et au moment où nos genoux se frôlent, je sens une petite étincelle, comme si un courant électrique circulait entre nous. C’est presque douloureux. Interloqué, il relève la tête et nos regards se croisent.
– J’ai besoin de ce taxi. Un besoin vital, fais-je d’une voix blanche.
Il me regarde comme personne ne m’a jamais regardée. Intensément. Réellement. En fait, j’ai l’impression d’être regardée pour la première fois.
– Moi aussi, mademoiselle. J’ai une réunion urgente à 8 h 30, me répond-il avec un calme imperturbable.
Cette tension insupportable. Cette chaleur suffocante. Il se passe quelque chose, quelque chose d’inexplicable. Je le sens au plus profond de moi. Je retiens mon souffle alors qu’il garde le silence, me scrutant de son regard bleu arctique.
– Vous vous décidez ? fait le chauffeur, en nous jetant un coup d’œil torve dans le rétroviseur.
Et la magie se brise. Tirée d’un rêve, je me racle la gorge et mon bel inconnu détourne la tête. Serrant mon carton à dessins contre moi, je relève le menton avant de lâcher, magnanime :
– On n’a qu’à partager ce taxi…
D’un sourire, il dévoile une impeccable rangée de dents blanches qui me rappelle un loup. J’en frissonne.
– Vous m’avez l’air d’une femme qui sait ce qu’elle veut.
– Oui… et je veux ce taxi. Alors soit vous allez dans ma direction et vous restez… soit vous descendez tout de suite.
– Très bien. Je suis votre otage donc.
Je rougis comme une pivoine alors qu’il me dévisage, malicieux. Avalant ma salive de travers, je donne l’adresse de mon rendez-vous au chauffeur.
– Stevenson Inc., sur la neuvième avenue.
À côté de moi, mon mystérieux otage se raidit et me regarde intensément, les sourcils froncés. C’est un regard si lourd, si profond… que je plonge tête la première dans mon sac. J’ai désespérément besoin de m’occuper les mains. Mais mon bel inconnu ne semble pas décider à en rester là.
– Serait-il indiscret de vous demander pourquoi vous teniez tant à monter dans ce taxi ?
– J’ai un entretien super important, dis-je en sortant ma trousse à maquillage. Je dois absolument décrocher ce job d’assistante. Et je suis déjà en retard d’une demi-heure. Ma voiture m’a lâchée en plein milieu du boulevard.
Dégainant mon rouge à lèvres, je l’applique en vitesse en l’aide du minuscule miroir de mon poudrier. Dire que j’étais partie en avance justement pour éviter les embouteillages et me pomponner sur place. J’applique une dernière touche de rouge… quand le conducteur donne un grand coup de frein.
– C’est pas vrai ! beugle-t-il en klaxonnant un piéton suicidaire. Quel crétin !
Ouais. Je pourrais en dire autant de lui.
Une longue traînée de rouge à lèvres groseille zèbre maintenant ma figure, me donnant des faux airs de clown serial killer. J’étouffe un juron alors que mon voisin éclate d’un rire rauque et outrageusement sexy.
– Vous auriez dû attendre d’être arrivée.
Je n’ai pas le temps de répliquer, encore moins de réagir. Déjà, il sort un mouchoir en papier de sa poche et se penche vers moi.
– Vous permettez ?
Je ne prononce pas un mot – je n’en ai plus la force. Prise dans son aura, je sens toute énergie me quitter. Et tandis qu’il essuie délicatement mon barbouillage, je réprime un long frisson au contact de ses doigts. Puis je ferme les paupières, hypnotisée. Pourvu qu’il n’entende pas les battements affolés de mon cœur…
– Voilà. Vous êtes parfaite.
Je rouvre les yeux avec un train de retard. Comme si j’attendais autre chose. Comme si j’espérais plus. Mais il y a déjà longtemps qu’il a repris sa place sur la banquette et qu’il m’observe d’un air amusé. A-t-il lu dans mes pensées ? J’espère que non mais ma peau s’enflamme. Je ne suis plus rouge, je suis cramoisie. Et alors que notre taxi s’arrête à un énième feu rouge, je me maudis.
Mais pourquoi, pourquoi suis-je montée dans cette satanée voiture ?!
***
Ils sont tous là, entassés en rang d’oignons dans la salle d’attente qui jouxte le bureau de Joan Brookes, la directrice du service communication et marketing de Stevenson Inc. La dernière arrivée, je m’assois dans un coin, encombrée par mon carton à dessins. De toute manière, il ne reste plus qu’une seule place au bout d’une banquette. Je ne pensais pas que nous serions si nombreux. Je compte au moins une quinzaine de candidats et tire sur la veste de mon tailleur-jupe terne et fripé. Tous portent des vêtements de luxe. Du coin de l’œil, je repère le chemisier en soie corail d’une jolie brune et les stilettos Jimmy Choo d’une grande blonde. Rabattant mes jambes en arrière, je tente de planquer mes chaussures en similicuir noir achetées en soldes chez Macy's. Il flotte dans l’air une sorte de tension électrique, comme s’ils allaient tous se sauter à la gorge. Et à côté de moi, deux types parlent à mi-voix :
– J’ai suivi mon cursus à Brown.
– Ma petite sœur étudie le droit là-bas. Moi, j’ai préféré goûter au soleil de la Californie et profiter du campus de Berkeley.
Brown. Berkeley. Apparemment, ils viennent tous des plus prestigieuses universités du pays.
– Et vous ? me demande mon voisin. Vous venez d’où ?
– Moi… euh… j’ai été à l’université de New York.
Petit silence gêné. Puis les deux types reprennent leur conversation comme si je n’existais pas.
Mais où suis-je tombée ? En enfer ?!
Désolée par ma réponse, une fille me jette un regard plein de commisération. Une autre me toise avec mépris – la fameuse blonde avec des chaussures de créateur.
– J’ai effectué un stage de six mois chez Publicis à Paris.
N’écoute pas, Kate. Bouche-toi les oreilles.
– Publicis ? Pas mal. Moi, j’ai d’abord travaillé au service publicité d’Apple avant d’être débauchée par Saatchi & Saatchi. Mais je vendrais mon âme au diable pour un poste à Stevenson Inc.
La, la, la, la, la, la, la, la, la, la… j’entends rien !
– Tu parles le portugais couramment ? demande un grand échalas roux près de la porte. À cause du marché brésilien, je suppose ?
– Tout à fait. Et j’ai aussi appris le russe et le mandarin dans la foulée. Ce sont les bases.
– À qui le dis-tu ? Tout le monde parle ces langues dans le milieu de la pub. Les Russes et les Chinois sont devenus nos plus importants clients.
– J’ai aussi appris l’hindi et le tamoul ! s’exclame une petite brune à lunettes. Je veux pouvoir traiter avec l’Inde. C’est la grande puissance de demain.
Et pourquoi pas le grec ancien, hein ?
Cachée derrière mon carton et mon sac, je me recroqueville dans un angle. Je ne parle qu’anglais, j’ai décroché mon master dans une université publique payée grâce à mes petits boulots au fast-food et je n’ai pas effectué de stage dans une agence célèbre. J’ai soudain très envie de prendre la fuite. Je n’ai clairement pas le niveau et j’ai peur de me ridiculiser durant l’entretien.
Pile à cet instant, une petite sonnerie retentit au fond ma poche. Posant mon barda, je m’empare de mon téléphone sous les regards réprobateurs des autres. Apparemment, les portables sont interdits. Ce qui ne m’empêche pas de consulter l’écran en catimini.
[Sam dort comme un loir. RAS à la maison. Je ne te dis pas bonne chance : ça porte la poisse. Alors… m**** !]
Je souris. Comment ma meilleure amie a-t-elle deviné que j’avais besoin d’un petit coup de pouce ? Julia sait toujours comment me remonter le moral. Un instant, je l’imagine en train de veiller Sam près de son petit lit à barreaux. Je n’ai pas le droit d’abandonner. Je dois rester pour lui, pour mon neveu. À la mort de ma demi-sœur, j’ai obtenu sa garde provisoire et j’ai juré de veiller sur lui. Et puis, je dois aussi rester pour une raison nettement plus prosaïque. Comment oublier M. Murphy, le propriétaire de notre appartement qui nous harcèle à cause des loyers impayés ? Depuis trois mois, Julia et moi n’avons plus les moyens de régler les factures de notre colocation.
Je me mords les lèvres. Non, je ne peux pas m’en aller. Ce job, je le veux… et j’en ai plus besoin que cette bande d’Einstein en vestes Armani ! Quand un bourdonnement me tire de mes pensées. Ou plutôt, une rumeur de voix. En face de moi, une fille plaque une main sur sa bouche, surexcitée. Et tous les regards convergent vers le couloir. Imitant les autres, je le vois à mon tour. Lui. Le type du taxi. Le grand blond sexy qui a partagé ma voiture.
– Il est là !
– Je ne pensais pas qu’on le verrait aujourd’hui.
– Il est encore plus impressionnant que dans les journaux.
Mon bel inconnu parle avec une femme d’une cinquantaine d’années qui pianote à toute allure sur un écran tactile en prenant des notes. Moi, je n’entends plus rien ni personne. Soudain, le monde tourne au ralenti… peut-être parce qu’il vient de relever la tête ? Peut-être parce que nos regards se croisent ? Peut-être parce qu’il me sourit ? Et peut-être aussi parce qu’il m’a débarbouillé la figure il n’y a pas une heure ? Je ne suis plus dans cette salle, parmi tous ces concurrents trop intelligents. Il n’y a plus que lui et moi… et ce courant magnétique entre nous. Du moins, jusqu’à ce que mon voisin me ramène à la réalité.
– Vous le connaissez ?
– Qui ça ?
Je ne me suis tournée qu’une seconde… mais mon bel étranger en a profité pour disparaître. Aussitôt, la tension se dissipe dans la pièce et toutes les filles soupirent en cœur, comme après le passage d’une rock star. L’une d’entre elles s’évente même avec la plaquette de l’agence.
– J’ai bien vu qu’il vous regardait, insiste mon voisin.
– Vous parlez du grand blond ? Oh… on s’est croisés dans la rue. Pourquoi ? Vous le connaissez ?
L’ancien étudiant de Brown me regarde comme si je débarquais d’une autre planète. J’ai la curieuse impression qu’il me prend pour une attardée.
– Vous plaisantez ?
Je secoue la tête. Et mon concurrent lâche dans un rire sec :
– C’est Will Stevenson.
Oh. My. God.
Will Stevenson ? Comme dans… Stevenson Inc. ?
***
Après trois heures d’attente, une femme entre deux âges s’approche de moi. À midi passé, je suis seule dans la salle et mon estomac crie famine… mais dernière arrivée, je suis la dernière à passer. Tout ça à cause de cette fichue voiture ! La secrétaire me fait signe de la suivre dans le couloir. Bizarre. Tous les autres candidats ont rencontré Joan Brookes dans le bureau situé à gauche. Mon estomac se noue et au moment où la secrétaire ouvre la porte du fond, je glisse sur le parquet… La faute à ces maudites chaussures bon marché !
– Oups, je…
Je me rattrape de justesse à une console en verre tandis qu’un rire s’élève, familier. Désespérément familier. Mon cœur manque une dizaine de battements.
Oh, non ! Dites-moi que je rêve !
Derrière un immense bureau en acajou, un fauteuil à haut dossier de cuir pivote… et Will Stevenson apparaît face à moi. L’homme du taxi. Ou plutôt devrais-je dire le patron et créateur de l’agence de pub Stevenson Inc. ?
– Votre vie est toujours aussi mouvementée ou vous jouez de malchance aujourd’hui ? me demande-t-il de sa voix si particulière, à la fois chaude et grave.
Je me liquéfie sur place. Je voudrais mourir de honte. Tout de suite. Terrassée par la foudre.
– Mademoiselle Marlowe, annonce la secrétaire d’un ton neutre.
– Merci, Linda. Laissez-nous.
Plus discrète qu’une souris, celle-ci disparaît, me laissant seule avec le big boss de l’entreprise. Oh ! Seigneur ! Il est encore plus beau que dans la rue. Assis derrière sa table de travail, il semble dominer New York : la ville s’étend à ses pieds à travers la grande baie vitrée qui couvre toute une cloison de la pièce. J’en ai presque le vertige. À cause de la hauteur. Ou de lui.
– Prenez place, mademoiselle Marlowe.
Je reste figée sur place, plantée comme une idiote.
– Je vous en prie.
Reprenant enfin vie, je m’assois timidement dans l’un des deux fauteuils en face de lui. Je m’accroche si fort à mon carton à dessins que mes jointures blanchissent. Pourquoi ne suis-je pas reçue par Joan Brookes ? Que fais-je dans le bureau de Will Stevenson himself ? Normalement, aucun PDG ne s’occupe de l’entretien d’embauche d’une petite assistante. Il me transperce de son regard bleu arctique et je me tasse sur mon siège.
– Nous nous sommes déjà rencontrés, tous les deux.
Je rougis comme une pivoine. Pas la foudre, non. Je préférerais disparaître. Devenir invisible. Right now.
– Vous êtes la voleuse de taxi.
– Quoi ? dis-je, outrée. C’est vous qui avez essayé de…
Et soudain, je m’interromps. Ce n’est pas le moment de monter sur mes grands chevaux. D’autant qu’il me sourit, amusé par ma réaction disproportionnée. Je respire un bon coup. C’est lui le patron, ici. C’est lui qui tient mon avenir entre ses mains.
– Je suis désolée pour ce matin.
– Non, ne gâchez pas tout en vous excusant.
Un ange passe. Et au bout d’une minute, il ajoute :
– Joan a refusé de vous voir.
– Pardon ? fais-je, sous le choc.
– Mme Brookes avait une réunion importante à midi et elle ne supporte pas le manque de ponctualité. Pour elle, une personne incapable d’arriver à l’heure à son entretien d’embauche ne vaut pas la peine d’être reçue.
– Mais… c’est à cause de…
– À vrai dire, je ne lui donne pas tort. Mais j’ai tout de même insisté pour vous laisser une chance de vous rattraper.
Je dois me pincer pour y croire. Will Stevenson, le milliardaire à l’origine des campagnes de pub les plus percutantes et novatrices des dernières années, accepte de me recevoir en tête-à-tête. Je blêmis. Puis, du bout des lèvres :
– Pourquoi ?
Son regard me transperce. Et l’espace d’un instant, j’ai l’impression qu’il me sonde jusqu’à l’âme. Une étrange chaleur se répand au creux de mon ventre. À nouveau, la tension est palpable.
– Parce que vous allez me prouver que vous en valez la peine.
Il se rejette dans son fauteuil, en faisant craquer le cuir de son dossier. Et, croisant tranquillement les mains, il attend.
– Allez-y, mademoiselle Marlowe. Vendez-vous.
Me… me vendre ?
J’écarquille les yeux. Cette fois, on ne plaisante plus. C’est au grand patron que je m’adresse… et plus au mystérieux inconnu du taxi. En une seconde, toute sa physionomie change, comme s’il se figeait, comme si ses traits durcissaient. Son regard océan s’assombrit et il m’observe avec des airs de fauve guettant sa proie.
– Vous voulez réussir dans la publicité, n’est-ce pas ? Alors vendez-vous comme vous vendriez le produit d’un de mes clients. Je vous écoute.
Je suis en nage. En fait, je m’étonne de ne pas voir apparaître une grosse flaque d’eau autour de mon siège. Je suis nulle à ce petit jeu. Durant mes études, j’ai toujours brillé grâce à mon imagination, ma créativité… mais je n’ai jamais été une bonne commerciale. Surtout, je n’ai pas assez confiance en moi pour vanter correctement mes mérites. J’essaie pourtant de garder mon calme.
– Eh bien, je… j’ai obtenu un master pro en marketing, publicité et communication à l’université de New York.
– Tic-tac, tic-tac.
Will Stevenson tapote sa montre du doigt. J’en ai des sueurs froides.
– J’ai décroché la mention très bien pour mon projet de fin d’année. J’avais imaginé une publicité pour une lessive écologique et…
Renversé dans son fauteuil, il simule un bâillement sonore.
– Je suis un consommateur devant ma télévision, Kate. Et en ce moment, je suis en train de m’endormir.
Je me tortille, au comble du malaise. Je voudrais être n’importe où, mais ailleurs !
– Je… je…
Et voilà ! C’est trop tard. Dès que je commence à bafouiller, tout est perdu. Le regard du PDG ne me quitte pas et j’aimerais rentrer sous terre, me cacher au fond d’un terrier.
– J’ai effectué mon stage dans l’agence de pub McConroy où j’ai participé à la création d’une stratégie de marketing viral pour…
– Stop !
La voix rude du PDG résonne dans toute la pièce, imposant le silence. Habitué à donner des ordres et à être obéi, il m’impose sans peine son autorité. D’autant que je suis au bord des larmes. J’ai été pire que tout. Pire que nulle. Et le grand patron pousse un profond soupir en se redressant dans son fauteuil. C’est fou ce qu’il en impose. Je suis obligée de baisser les paupières pour échapper à son regard.
– Votre temps de parole est écoulé. Savez-vous qu’à l’antenne, vous avez moins de vingt secondes pour capter l’attention des spectateurs ? Et j’ai été généreux : je vous ai donné trois minutes.
Je ne réponds rien.
– Je suis désolé, mademoiselle Marlowe. Mais vous n’avez ni le profil ni les nerfs pour ce travail.
Je me lève en silence. C’est fini. Je viens d’échouer lamentablement. Lui m’observe pendant que je rassemble mes affaires. Quand je l’entends marmonner dans sa barbe :
– J’ai du mal à reconnaître la femme du taxi dans cette petite étudiante terrifiée.
Une énorme boule se forme dans ma gorge. Je lui tourne le dos, prête à regagner la sortie… puis je me fige au milieu de l’immense salle décorée avec des tableaux de maître et des bibelots précieux. Non, je ne peux pas partir comme ça. Sam compte sur moi. Julia aussi. Et moi ? Pourrais-je me regarder dans une glace si je ne tente rien de plus ? J’ai conscience d’avoir gaspillé ma seule chance, mais je veux au moins partir en beauté. J’inspire profondément et fais volte-face.
– Vous avez raison, monsieur Stevenson. Sur le papier, je n’ai certainement pas le bon profil. Je n’ai que 23 ans, je ne parle pas le grec ancien, je ne suis pas diplômée d’une grande université et je n’ai pas fait de stage dans une prestigieuse agence. En gros, je n’ai rien pour plaire !
Posant mon carton à dessins, je l’ouvre sur son bureau, recouvrant tous ses dossiers sans la moindre gêne. Will Stevenson me contemple sans un mot tandis que j’étale tous les dessins humoristiques et les story-boards imaginés au fil des années pour diverses publicités.
– Mais j’ai une imagination hors du commun et je suis capable de vous trouver un slogan en moins de trente secondes. Je suis intuitive, créative, ingénieuse… et j’ai aussi un sacré coup de crayon. Je suis différente de tous les candidats que vous rencontrerez, parce que je ressemble à votre public, à tous ces spectateurs pour qui vous créez vos publicités. Je les comprends parce que je les connais. Je n’ai pas non plus peur de travailler et de me mouiller. Alors oui, je suis une débutante, mais je ne demande qu’à apprendre auprès de gens comme vous.
Je le fixe droit dans les yeux.
– Non seulement je veux ce job, mais contrairement à tous les autres concurrents, j’en ai besoin.
Et sur ces mots, je m’en vais en lui abandonnant mes croquis. Je ne lui laisse même pas le temps de répondre. Pas besoin. Je sais déjà ce qu’il va dire. De toute manière, je n’avais aucune chance de décrocher ce job. J’ai été folle d’y croire ! En traversant le corridor, je bouscule deux autres candidats, encore dans les parages. Et en dévalant les marches de l’escalier, j’entends des bribes de leur conversation :
– … toutes mes chances de…
– … marché comme sur des roulettes…
J’accélère le pas, les larmes aux yeux. Je viens de rater l’entretien le plus important de ma vie. J’ai raté le job de mes rêves… et la chance de côtoyer l’homme le plus canon de la planète tous les jours.
Je me présente : Kate Marlowe, chômeuse, célibataire avec un enfant à charge et sans un rond.
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2. Premiers pas
Assise à une table au fond de notre bar préféré, je lève le bras en direction du serveur.
– La même chose, s’il vous plaît !
Le barman acquiesce, saupoudrant notre commande d’un clin d’œil et d’un sourire ravageur. C’est pour cette raison que Julia et moi adorons The Gate. En plus de sa décoration confortable – grosses banquettes en velours cosy et comptoir en bois patiné – le personnel est… comment dire ?... intéressant. Mais pour une fois, je n’accorde pas un regard à celui qui nous prépare des mojitos à la chaîne. Comment s’intéresser à un mec normal après une rencontre avec Will Stevenson ? À la place, je vide d’une traite le fond de mon cocktail, le moral en berne. Je suis au 36 e dessous.
– Je suis sûre que tu vas trouver un autre travail, ma puce.
Enveloppant mes épaules d’un bras protecteur, Julia passe une main dans mes cheveux acajou tandis que je gémis :
– Tu parles ! J’ai envoyé des centaines de CV à travers toute la côte Est et je n’ai décroché que deux entretiens. Jamais plus je n’aurai une telle opportunité. Travailler pour Stevenson Inc. !
Puis, avec un gros soupir :
– Et avec Will Stevenson.
Julia réprime un sourire. Ce n’est pas la première fois que le nom du PDG revient dans notre conversation, ce soir.
– Au fait, tu ne m’as pas encore dit à quoi ressemble un milliardaire ? Je parie qu’il était chauve et bedonnant.
Je monte aussitôt sur mes grands chevaux.
– Tu plaisantes ? Il était… il est… canonissime.
– Ça existe, ce mot ? s’amuse mon amie.
– Oui. Il vient d’être inventé pour lui. Pour 1,85 mètre de muscles et de perfection.
– Je préfère ça…
Surprise, je la regarde sans comprendre tandis qu’elle m’adresse un clin d’œil malicieux.
– Je préfère te voir fantasmer sur un homme que pleurer sur ton sort !
Et je lui rends son sourire, consciente qu’elle a réussi à me changer les idées au moins une minute. Irremplaçable Julia. Maquillée avec soin, ses beaux cheveux blonds tirés en une haute queue-de-cheval et vêtue d’une petite robe noire et de bottes en cuir assorties, elle est canon. Je la regarde avec admiration. De mon côté, je ne suis pas vraiment à mon avantage. Je porte toujours mon tailleur fripé et mon rimmel a coulé à cause de mes larmes dans le bus. Après mon entretien catastrophique, j’ai directement foncé au bar en demandant à Julia de me rejoindre là-bas pour y noyer ma déception dans l’alcool. Pour une fois, la nounou de Sam a accepté de le garder en urgence.
– Et puis qu’est-ce que tu regrettes le plus ? me demande-t-elle, taquine. Le job ou le patron ?
Je pique un fard.
– Le job, voyons ! Et puis, tu… tu ne peux pas comprendre pour monsieur Stevenson. Il est… pfff…
Nouveau soupir. De frustration, cette fois. Julia tapote gentiment mon dos pendant que le serveur, un brun gominé, dépose nos mojitos devant nous. Sans attendre, je me jette sur ma coupe et la vide à moitié. Julia n’a même pas eu le temps de toucher à son verre. Déjà, je prends ma tête entre mes deux mains avec désespoir.
– Si tu l’avais vu, Julia… Non seulement c’est le meilleur publicitaire de la planète, mais en plus, il est sublime. Il n’est pas humain, ce type.
– On dirait vraiment qu’il t’a tapé dans l’œil.
– Hein ? fais-je, en relevant le menton. Lui ? Pas du tout ! Tu te trompes complètement.
– Mouais.
– Non, je t’assure. Je l’admire, c’est tout. Et de toute façon, comment pourrais-je éprouver la moindre attirance pour l’homme qui m’a humiliée durant mon entretien ?
Désolée par ce souvenir, j’écrase mon visage sur la table, entre mes bras croisés. Julia ne peut s’empêcher de rire et de mon côté, je remarque à peine qu’elle ne cesse de fixer la porte d’entrée du bar.
– Si tu m’avais vue, Julia… tu serais morte de honte. J’ai été pire que tout. Il m’a laissé trois minutes pour me vendre et j’ai débité un tissu de banalités affligeantes. J’ai même abandonné mon carton à dessins dans son bureau.
– Ne t’en fais pas, tout ira bien.
Un peu étonnée par son optimisme, je me redresse. A-t-elle écouté un traître mot de ma tirade ? Apparemment, non. Pour la dixième fois de la soirée, elle consulte discrètement sa montre.
– Tu t’inquiètes pour Sam ? dis-je.
– Non, pas du tout. Il est entre de bonnes mains avec Erica.
Je fais la moue. Cela dit, je ne peux pas enlever cette qualité à la nounou de mon adorable neveu : elle s’occupe très bien de lui et en plus, ses tarifs ne sont pas exorbitants. Simplement, disons qu’elle est caractérielle. Un peu. Beaucoup. Passionnément. Spécialiste des sautes d’humeur, elle nous en fait voir de toutes les couleurs mais elle aime sincèrement Sam. Et ça, ça n’a pas de prix.
– Et qu’est-ce que je vais dire à Sam ? fais-je, angoissée.
– Rien. Je te rappelle qu’il n’a que 10 mois : il ne comprend rien à nos histoires.
– Mais tu m’as comprise. J’avais absolument besoin de décrocher ce boulot pour lui. Et paf ! Je rencontre Will Stevenson et tous mes espoirs s’écroulent. Je suis certaine que l’entretien se serait mieux passé avec Joan Brookes.
Je n’en crois pas un mot mais je tente de m’en convaincre. Julia, elle, ne répond pas. Sur des charbons ardents, elle fixe obstinément la porte d’entrée.
– Tu attends quelqu’un ?
– Oui… Un ami. J’aimerais te le présenter.
Oh. Ç'a l’air sérieux.
– Un ami ou un petit ami ?
– Kate ! me réprimande-t-elle en se trémoussant, mal à l’aise.
Très bien. Message reçu.
Contrairement à moi, elle ne transporte pas un incroyable fourre-tout en toile digne de Mary Poppins et elle arrive à ranger ses affaires dans un petit bout de cuir noir. Pressée de détourner la conversation, Julia plonge la main dans son sac. Et elle en sort un petit magazine roulé.
– Attends… me dit-elle en le feuilletant à toute allure. J’ai trouvé ça à la librairie. Quand je suis tombée sur l’article, je l’ai tout de suite acheté. Devine qui a été surpris par les paparazzis ?
– Will !
J’ai crié si fort que tous les clients à la table voisine se retournent. Avec un sourire d’excuse, j’arrache ensuite le magazine des mains de mon amie et parcours le papier en diagonale.
– Et c’est qui cette fille ?
Sur un cliché pris au téléobjectif, Will Stevenson, plus blond, mâle et séduisant que jamais, discute avec une grande blonde à forte poitrine dans un restaurant de luxe. Soudain, j’éprouve un petit pincement au cœur inexplicable. Et douloureux.
– Jalouse ? s’amuse Julia.
– Tu rigoles ? Pas de cette fille, en tout cas. Ça se voit tout de suite qu’elle a des faux seins. On dirait des obus.
– Jalouse ET mesquine.
Je m’apprête à répliquer vertement quand Julia pousse un cri étranglé. Tournée vers la porte, elle semble avoir vu le Messie rentrer dans le bar et lui adresse un petit signe de la main. À mon tour, je pivote et découvre un grand garçon maigre et blond, au visage d’un blanc maladif, presque souffreteux. Un paquet de cigarettes dans une main, un briquet dans l’autre, il flotte dans un blouson de cuir trop grand pour lui en jetant des regards à la ronde.
– Hé, Chris ! fait-il au barman.
Celui-ci hoche vaguement la tête. Et au lieu de nous rejoindre, l’ami de Julia donne une poignée de mains à deux gars, assis dans un coin. Apparemment, il connaît tous les gens du milieu de la nuit. Je ressens un léger malaise. Quelque chose me dérange chez lui. Peut-être parce qu’il me rappelle le dernier petit copain de Julia ? Barry, celui qui n’a plus donné signe de vie après lui avoir vidé son compte en banque. Ma meilleure amie n’a jamais eu de chance en amour.
– Steven ! s’écrie Julia, aux anges.
Après avoir salué tous ses copains, il daigne enfin s’approcher. Ou plus exactement, il s’affale sur la banquette à côté de Julia en passant un bras possessif autour de sa taille. Et après m’avoir jeté un regard en coin, il l’embrasse langoureusement. Comme s’il marquait son territoire. Je détourne la tête, gênée. Ne sachant plus où me mettre, je toussote.
– Mmm… grogne Steven.
– Excuse-nous, Kate.
Le blond me regarde droit dans les yeux.
– Elle en veut peut-être aussi sa part ?
J’en reste bouche bée… mais Julia se met à rire comme s’il s’agissait d’une plaisanterie et enchaîne le plus naturellement du monde :
– Kate, je te présente Steven White. Steven, c’est ma meilleure amie, Kate Marlowe.
– Ouais. Alors c’est toi, Kate. J’ai beaucoup entendu parler de toi.
– Je ne peux pas en dire autant, dis-je entre mes dents.
Je coule un regard appuyé à Julia mais elle se dérobe. Pourquoi ne m’a-t-elle jamais parlé de ce garçon ? Nichant sa tête au creux de l’épaule anguleuse de Steven, elle semble au comble de la félicité, des étoiles plein les yeux. D’où sort cet énergumène ?
– Et… comment vous êtes-vous rencontrés ?
– Dans un bar, me répond Julia, enchantée. Je m’étais perdue et je suis rentrée demander ma route.
– Ouais. J’ai tout de suite flashé sur elle. Grave.
– Grave ? fais-je, les yeux ronds.
Steven serre plus fort Julia. Il doit lui faire mal mais elle ne se plaint pas. À cet instant, j’aperçois le long tatouage qui parcourt son cou et disparaît sous l’encolure de son T-shirt.
– T’étais où, aujourd’hui ? lui demande Steven.
– Je me suis occupée de Sam toute la journée.
– T’es pas sortie ?
– Non. Enfin, si. Une fois. J’ai promené Sam à midi avant de le confier à Erica. Tu sais, c’est sa nounou.
– Et t’as vu personne d’autre ?
– Non, je te promets.
Interdite, j’écoute la conversation entre les deux amoureux avec la curieuse impression de rêver.
– Tu es policier, Steven ?
Raide comme un piquet, il me fusille du regard comme si je venais de l’insulter. Il paraît dégoûté par ma supposition. À croire que les forces de l’ordre sont la lie de l’humanité.
– Je bosse dans un bar. Merde, Kate ! J’ai la tête d’un flic, franchement ?
– Je ne sais pas, fais-je en soutenant son regard. En tous les cas, tu es très doué pour les interrogatoires.
Steven serre les poings mais je ne flanche pas quand nos regards se croisent. Par chance, la sonnerie de mon portable s’élève à cet instant. Sauvée par le gong. Je décroche avec empressement, heureuse d’échapper aux yeux noirs et durs de Steven. Il ne me rassure vraiment pas.
– Allô ?
– Kate Marlowe ? fait une voix enthousiaste. Linda Baker de Stevenson Inc. à l’appareil. Je vous appelle suite à votre entretien. J’ai une bonne nouvelle : vous êtes la nouvelle assistante au service marketing. Toutes mes félicitations. Pourriez-vous commencer dès demain ? Vous n’aurez qu’à passer récupérer votre passe d’accès à l’accueil.
Au terme de la conversation, j’éteins mon portable, hébétée. J’ai besoin d’une bonne minute pour reprendre mes esprits. Engagée. Stevenson Inc. Engagée. Brutalement, je lève les bras en l’air avec un cri de joie strident. Tant pis pour les clients du bar !
– J’ai la place !
– Quoi ?! s’écrie Julia, les yeux écarquillés.
– Je suis prise !
À son tour, elle pousse un hurlement aigu aussi horrible que le mien tandis que Steven interpelle le barman.
– Une bouteille de champagne pour notre table ! On a un truc à fêter.
Pour le coup, il remonte un peu dans mon estime alors que Julia me serre dans ses bras. Enfin… jusqu’à ce qu’il sorte son portefeuille de la poche arrière de son jean et se tourne vers mon amie d’un air embêté.
– Merde, je suis à sec. Tu me dépannes, chérie ?
***
À suivre,
dans l'intégrale du roman.
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Un job en or
Kate est une femme indépendante, mais débordée : elle s’occupe seule de son neveu de 10 mois dont elle a obtenu la garde. En chemin pour un entretien d’embauche, cette dernière se fait voler son taxi : c’en est trop pour elle. Pressée, Kate monte avec l’homme qui l’a doublée. Elle est loin de se douter qu’il est le PDG de l’entreprise qu’elle souhaite intégrer.
Entre son boss et son bébé, Kate ne sait plus où donner de la tête !
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Février 2023
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