Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 34 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 34

 

 

Carter Blanchais

 

Le shopping m’emmerde au plus haut point, notamment les vendeuses toujours collées à mes basques et bavant d’admiration devant mon charme. Pourtant, adolescent boutonneux portant un appareil dentaire en métal, j’aurais tout donné pour attirer le regard de Rachel Planter, la plus populaire des collégiennes. Jamais elle n’a daigné répondre à mes œillades enamourées et à mon sourire niais.

Pathétique !

En temps normal, les grandes marques m’envoient leurs fringues ou leur personal shopper directement ; il m’arrive rarement de dépenser pour m’habiller. Je sublime chaque tissu qui frôle ma peau, chaque boxer qui moule mes attributs et chaque étoffe qui épouse mes muscles. Et quand Avery me contemple avec une lueur coquine brillant dans l’azur de ses yeux, je sais pertinemment qu’elle crève d’envie de me sauter dessus.

Me regardant dans le miroir en pied, vêtu de ce stupide pantalon flashy des années 1980 et d’une chemise bariolée, je me fais moi-même de l’effet. En digne acteur d’un temps révolu, je suis intemporel.

– Et maintenant ? déclaré-je.

– Tu remets la première tenue et tu la paies. J’ai une petite surprise pour toi qui arrive dans quelques minutes.

Comme si tout ceci ne représentait qu’une évidence, Jones consulte son téléphone et pianote dessus à vive allure en souriant de contentement.

– Ah, parfait, là, tu sais comment me parler ! annoncé-je gaiement en obtempérant. Ma surprise, je la veux pulpeuse, avec une poitrine généreuse, des jambes douces et une bouche profonde.

Face à ma plaisanterie, Avery me lance un regard mi-glacé, mi-amusé. Un mélange de feu et de glace qui m’électrise soudainement et fait palpiter ma queue et mon cœur d’une manière complètement désordonnée.

– Je t’achèterai une poupée gonflable, me dit-elle en sortant de la boutique.

Contemplant sa silhouette élégante quelques secondes par la vitrine, la vendeuse s’adosse sur le comptoir à mes côtés et lorgne dans la même direction que moi.

– Cette femme a l’air d’avoir un sacré caractère, déclare-t-elle, admirative.

– Et encore, vous ne l’avez pas vue en rogne !

– Au lit, elle doit libérer son côté sauvage. J’adore ça, les nanas frigides mais chaudes comme un feu ardent.

Surpris par de tels propos, je regarde la vendeuse et approuve d’un hochement de tête. Ces phrases, j’aurais pu aisément les prononcer et surtout les assumer.

– Brûlante, elle l’est, j’ai pris feu plusieurs fois avec elle, dis-je, assez fier de moi.

– Sacré veinard, rétorque la vendeuse en me tendant mes affaires. Vous savez s’il y a moyen qu’elle et moi… vous voyez ?

J’analyse de pied en cap la jeune personne qui me fait face. Une allure sexy en costume noir pantalon veste, un débardeur court en dentelle noire, des escarpins et une coupe à la garçonne. Longiligne mais musclée, un visage lisse et de grands yeux rieurs, quelques tatouages se dévoilant sur sa peau, j’apprécie ce que je vois.

– Avec elle, aucune idée mais, avec moi, je suis OK, rétorqué-je en lui envoyant mon regard de prédateur.

À son tour, ses billes me sondent, s’arrêtent sur mon torse, descendent lentement sur mon entrejambe et son analyse se termine par un rictus déçu.

– Désolée, il vous manque une paire de nichons et des lèvres.

De toute évidence, tous les deux nous courons le même lièvre, à savoir les femmes. Son franc-parler me rappelle étrangement le mien. Sa manière de communiquer avec aisance et sans retenue m’interpelle et me libère. Chose très rare chez moi puisque d’habitude je fuis les gens.

– J’ai des pectoraux et une bouche. En fermant les yeux, ça peut passer, lui dis-je sérieusement.

– Et un humour qui me plaît !

– Et tu n’as pas encore vu mon intelligence, tu serais bluffée !

Un certain feeling s’installe entre nous et me donnerait presque envie de prendre une bière avec elle pour parler.

– Callista, se présente-t-elle en me tendant la main.

– Carter.

Je scelle notre rencontre d’une poignée de main et d’un hochement de tête.

– Quand tu auras fini de blablater, Blanchais, tu pourrais te souvenir que nous avons du boulot par-dessus la tête ? nous coupe Avery en glissant la tête dans l’entrebâillement de la porte.

– Excuse-la, ma boss est tyrannique, grogné-je en me dirigeant vers la sortie.

– C’est ce qu’on aime, Carter, les femmes de caractère !

Un sac de fringues vintage dans la main, l’autre posée sur la poignée, j’accueille cette révélation qui me touche de plein fouet. Callista a tout bonnement raison, je suis attiré par quelqu’un susceptible de me tenir tête et qui n’est pas le moins du monde intimidé par ma personnalité. Étonné d’avoir été ainsi démasqué, je me retourne vers la vendeuse, tends mon index dans sa direction et lui promets une chose.

– Toi et moi, on se reverra !

– Avec plaisir, mais sans cocaïne ni tabloïd.

Je blêmis légèrement à l’évocation de ce sujet.

– Par contre avec des femmes et des boissons, pourquoi pas ! précise-t-elle. À condition que ce soit des softs !

Malgré moi, je souris, parce que son intonation de voix ne comporte aucune once de méchanceté, que son visage avenant transpire l’authenticité et qu’un lien étrange se tisse entre cette femme et moi. C’en est même déroutant. Comme si l’on pouvait succomber à un coup de foudre amical. Sans m’épancher davantage sur ce sentimentalisme de téléfilm, je sors à mon tour de la boutique pour tomber sur une Avery assise sur un vieux scooter. Elle me tend un casque et tapote le siège derrière elle.

– Surprise ! Viens, m’invite-t-elle.

Je reste comme un con à contempler Avery en tenue chic et chaussures à talons, souriante et assurément ravie de l’effet qu’elle me procure.

– Je ne suis pas sûr que l’on tienne dessus.

Au vu de l’état de l’engin et de sa vétusté, je suis prêt à parier que les pneus sont sous-gonflés et l’assise non rembourrée. Mon cul rebondi représente un point non négligeable de mon anatomie et il vaut son pesant d’or.

– Il y a de la place pour deux personnes, sans problème, s’exclame Avery, confiante.

– Je ne connais pas deux personnes sans problème et encore moins lorsqu’il s’agit de nous, déclaré-je, impassible.

Elle lâche un rire si frais et spontané que je ris à mon tour. Un sourire complice termine notre éclat de voix joyeux. Nos regards aimantés semblent avoir du mal à se détacher. Elle se détourne de mon visage, se racle la gorge et reporte son attention sur le scooter entre ses cuisses. Évidemment, une image salace de nous deux s’impose sur ma rétine. Moi en Harley Davidson et elle en Brigitte Bardot. Me chevauchant, les cheveux au vent et la liberté peinte sur son visage.

Tu divagues complètement, se moque ma conscience en me rappelant à l’ordre.

Il se pourrait que le manque de sommeil me soit monté au cerveau, mais tant qu’il n’endommage pas mon superbe phallus, tout me va.

– N’aie pas peur, Blanchais, je conduirai doucement, me certifie alors Avery en attachant la lanière de son casque doré.

– Je vais conduire, prononcé-je avec force en enfilant mon casque.

À ce moment, Jones me prend en photo et range prestement son téléphone dans son sac.

– Certainement pas !

Elle s’offusque et s’empare du guidon fermement.

– Et pourquoi ?

– Tu es sous ma responsabilité, je te signale.

– Ce qui ne te donne pas le droit de me tuer !

– Je n’y compte pas, continue-t-elle pour me rassurer.

Elle actionne le moteur, maintient le frein tout en tournant la poignée pour faire vrombir le moteur. Mettant de côté mon appréhension à prendre la route sur un deux-roues, je m’installe derrière Avery.

– Où va-t-on ? lui demandé-je, soucieux de savoir ce qu’elle me réserve d’autre.

– Dans un café participatif.

Si le troisième mot me convient, le dernier ne me dit rien qui vaille. N’ayant pas le temps de rétorquer, je me sens propulsé sur la route lorsqu’elle accélère soudain. Par instinct de survie, mais aussi par envie, je m’accroche à ses hanches et me colle contre son dos.

Je prends brusquement conscience que je suis en train de lâcher prise en mettant ma vie entre les mains d’Avery…

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