Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 7 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 7

 

 

Avery Jones

 

Son entrée me contraint à retenir un petit sourire. Au boulot, il n’y a pas de place pour la plaisanterie et l’amusement. La journée risque d’être longue, très longue. Et il est à peine quatorze heures.

– Est-ce vous ou tous les Français sont victimes du syndrome Roi-Soleil, du genre à parler d’eux-mêmes à la troisième personne du singulier ? lui demandé-je, sarcastique.

Loin de le vexer, ma repartie a l’air de flatter son ego. Être comparé à un tel monarque lui fait vraisemblablement plaisir. Il se prépare à répliquer quand je lève la main pour l’interrompre. Aucune envie de poursuivre la joute verbale. Je ne connais pas Carter Blanchais depuis longtemps mais une chose est certaine, il va falloir que je le mette au pas. Très vite. Cet homme pense être le centre du monde, à moi de lui signifier que c’est loin d’être le cas.

– Merci de fermer la porte derrière vous et de venir vous asseoir pour que nous puissions nous mettre au travail, reprends-je d’un ton professionnel.

Il fait claquer la porte, et je relève la tête. Carter fond dans ma direction, comme un prédateur s’apprêtant à se jeter sur sa proie. Alors que ma bouche s’assèche face au sentiment d’insécurité qu’il fait naître en moi, il vient se planter à côté de moi. Non mais, à quoi joue-t-il ? Il me surplombe de toute sa hauteur, et je regrette d’être assise, presque à sa merci. Nos regards se percutent, ébène contre azur. J’y lis tout un panel de sentiments. Colère, raillerie, charme. Je tente de l’ignorer. Il est doué, le bougre ; je parie que son numéro de séducteur fonctionne avec toutes les nanas. Avec les mecs aussi. Dan, Gwen et j’en passe. Je ne lui donne pas un mois avant de mettre cette agence à feu et à sang.

– Vous permettez ? me demande-t-il d’un ton beaucoup trop affable pour être honnête.

Il me faut quelques secondes pour comprendre qu’il me demande l’autorisation non pas de se jeter sur mes lèvres mais de récupérer le siège que Gwen a laissé près du mien. Bien sûr, n’importe qui pourrait se satisfaire de la seconde chaise visiteur, mais pas Carter Blanchais. Ce serait évidemment moins déstabilisant.

– Évidemment, assuré-je.

Ma voix tremble un peu et cela me fait fulminer intérieurement, que cet homme puisse me déstabiliser lorsqu’il me frôle longuement. Je toussote, agacée par son attitude puérile. Il déplace le siège et vient le positionner face au bureau, avant de s’y installer confortablement. Je prends une profonde inspiration.

Distance, professionnalisme, efficacité.

Ce n’est pas gagné, songé-je après avoir récité mentalement mon nouveau mantra.

– Bien, nous allons nous concentrer sur votre image, qui a été égratignée…

– Je constate que vous avez fait vos devoirs pendant la pause déjeuner, me coupe-t-il. Google est votre allié, miss Jones.

Inutile de nier. Le regard que je pose sur lui a déjà changé.

– Plus que le vôtre, visiblement, répliqué-je. Cependant…

– Le feu sous la glace, murmure Carter, en acquiesçant, les mains croisées devant lui.

Il émet un petit bruit avec sa bouche insolente, et son regard capture le mien. S’il cherche à me provoquer, c’est inutile, je suis armée contre ce genre d’homme et déterminée à résister coûte que coûte, alors sa remarque déplacée glisse sur moi.

– Dan a peut-être raison, lâche-t-il.

J’ignore si je dois m’en réjouir ou m’offusquer. En tout cas, je me demande bien ce que les deux hommes ont pu dire à mon sujet durant leur déjeuner. Ce qui me gêne davantage, c’est cette manie horripilante de ne pas me laisser finir une phrase, comme s’il fallait absolument qu’il ait le dernier mot, et ce quelle que soit la circonstance.

– Si vous avez l’intention de me couper systématiquement la parole, nous ne risquons pas de poser les bases de notre future collaboration. Enfin, pas dans les temps impartis.

Distance, professionnalisme, efficacité. Première règle posée. C’est mon bureau, et je suis la boss. En fait, je suis plutôt la prestataire et lui le client, et si Dan et lui veulent me voir comme boss, c’est parfait, mais il va falloir m’obéir !

– Dan m’a donné un mois pour faire oublier vos frasques, en toute discrétion, et que vous retrouviez le chemin des podiums, reprends-je calmement en plantant mon regard dans le sien. C’est peu et si vous…

Je n’ai pas le temps de finir mon laïus qu’on frappe à la porte et que cette dernière s’ouvre au même moment sur mon collègue Clifford. Toutes dents dehors.

– Hello, Avery, je venais voir…

Sur quoi je travaillais pour me piquer des idées ou le projet ? complété-je pour lui en mon for intérieur.

D’instinct, je ferme mon ordinateur portable, sans le lâcher des yeux alors qu’il s’avance dans mon espace de travail. Clifford fait partie de cette catégorie d’individus misogynes qui pensent qu’une femme sera moins apte qu’un homme à effectuer la tâche qui lui a été attribuée. Cela explique sans doute pourquoi il est toujours célibataire, même s’il se vante de conquérir une fille différente chaque week-end, pour soigner son image de don Juan. Même si j’avoue que je ne l’ai jamais vu, ne serait-ce qu’une fois, accompagné d’une nana.

– Clifford, je peux t’aider, peut-être ? lui demandé-je, aussi aimablement que possible.

À déguerpir d’ici et à arrêter de me tourner autour comme un vautour autour de sa proie.

Mais Clifford n’est absolument pas en train de me regarder, il détaille consciencieusement et avec intérêt Carter Blanchais des pieds à la tête.

– Le petit Carter ! s’exclame Cliff, amusé.

– Vous êtes mal renseigné, rétorque Carter, en acceptant néanmoins la main que lui tend Clifford, je suis plutôt grand dans ma catégorie.

– Dan aurait dû nous informer que c’était le célèbre Carter Blanchais qui se trouvait dans nos locaux.

Le plus naturellement du monde, les deux hommes échangent une poignée virile, une plaisanterie et c’est comme s’ils se connaissaient déjà depuis des années. Pourquoi cela m’étonne-t-il ? Dans deux jours, ils boiront des cocktails, en échangeant à propos des filles avec lesquelles ils ont couché. Peut-être même que mon collègue lui racontera comment il s’évertue à me pourrir la vie depuis que je suis entrée à Meetcom.

– Je suis Clifford. Avery vous a sans doute parlé de moi…

Et pourquoi diable aurais-je fait un truc pareil ? Encore un exemple type du mec qui se croit le centre de l’univers.

– Bien, bien, maintenant que les présentations sont faites, nous allons devoir nous y remettre, les interromps-je abruptement. Comme tu peux t’en douter, nous avons beaucoup de travail, Carter et moi, et normalement, mon cher Clifford, toi aussi.

Je lance l’offensive avant que mon collègue ne cherche à me piquer « mon projet ». Parce qu’il est clair que maintenant qu’il sait qu’il ne s’agit pas d’un petit youtubeur quelconque mais d’une célébrité digne d’intérêt, Clifford risque de déployer toutes les stratégies possibles et imaginables pour y mettre son grain de sel. Et, si possible, que Carter demande à bosser avec lui. Je le connais. Peu importe ce que je ressens en présence du mannequin, il est hors de question qu’un de mes collègues, a fortiori Cliff, me pique mon client.

– As-tu achevé tes préparatifs pour la campagne des distilleries Atterton ? le questionné-je, pleine d’une sollicitude feinte.

L’un comme l’autre, nous maîtrisons l’art et la manière de donner le change, de faire croire que nous nous entendons très bien.

– Il me semblait qu’aux dernières nouvelles, insisté-je, il te manquait toujours un slogan percutant, ainsi qu’un photographe de renom pour ce projet.

Sans se départir de son sourire de premier de la classe, Clifford abdique, les deux mains devant lui. Le regard railleur qu’il me jette ne laisse cependant rien présager de bon quant à ses intentions.

– Je vous laisse donc…

Et il ne part pas.

Je retiens un de ces soupirs venus du fond de l’âme et surtout une envie de lui jeter le premier truc qui me tombe sous la main à la figure. Genre une agrafeuse. Oui, une agrafeuse, c’est bien.

– J’espère que tu t’en sortiras avec le projet O’Malley, lance Clifford, c’est beaucoup d’enjeux, avec un nouveau client à gérer en plus.

– Ne t’inquiète pas pour moi, répliqué-je sèchement.

Ostensiblement, il se tourne vers « mon » client.

– Un plaisir, Carter, vraiment. Je suis sûr que nous ne manquerons pas de nous recroiser. Et puis, si vous avez besoin, vous pouvez compter sur moi, se permet-il d’ajouter.

– On sait où te trouver, ton bureau n’est pas très loin du mien, interviens-je.

– Contrairement à Avery, je connais les meilleurs pubs de la ville, alors si vous…

Je ne le laisse pas achever sa proposition.

– Merci, Cliff, le coupé-je.

Comme à regret, il finit par sortir et nous laisser seuls, Carter, moi et mon mal de tête qui ne fait que s’amplifier. Quelques secondes, je me masse les tempes avec le vain espoir de le faire ainsi passer.

– Une aspirine et un café… murmuré-je à voix haute.

– Serré et sans sucre, merci, réplique Carter.

Je redresse la tête, le dévisage, mes index pressés sur le côté de mon front et une idée lumineuse me traverse soudain l’esprit.

– Très bien, confirmé-je, prenez-en un aussi pour vous. Au bout du couloir, il y a la petite salle de pause du personnel. Vous trouverez des mugs et du café chaud, si Gwen a pensé à en faire. Sinon tout le nécessaire est à portée de main.

Il lève un sourcil interrogateur.

– Je crois que vous m’avez mal compris, miss Jones, affirme-t-il.

– Carter, vous ne voudriez pas que l’une des meilleures en matière de marketing perde une seconde de son temps précieux à faire du café alors que je pourrais me concentrer sur la façon de remettre votre vie artistique sur les rails.

– Si vous étiez un homme, vous auriez dit « le meilleur », remarque Carter.

– Heureusement pour vous que je suis une femme, donc vous avez une véritable chance de changer votre image et de relancer votre carrière artistique. Les hommes pensent toujours qu’ils sont seuls, uniques et incroyables. Les femmes sont plus humbles, reconnaissent du talent aux autres et acceptent l’aide quand elles en ont besoin.

Le regard braqué dans ma direction, il pèse le poids de mes mots et je le vois se lever, lentement. Silencieusement, il me défie. Pourtant, je sais que je suis à la hauteur de cette mission, qu’importe ce que tout le monde en pense.

– Avec ou sans sucre… boss ?

Son petit air narquois m’agace au plus haut point. Il joue sur ce mot pour m’ébranler, et évidemment cela m’incite à lui répondre.

– Je ne suis pas votre boss, Carter.

– Pourtant vous vous comportez comme tel, avec votre petit ton supérieur.

– Écoutez, je veux simplement que vous preniez au sérieux notre collaboration. Ce n’est pas un jeu, ni pour moi ni pour vous. Votre carrière en dépend, comme vous le savez.

– Entendu, boss.

Il appuie volontairement sur ce dernier mot, comme pour me narguer encore une fois.

Je lève les yeux au ciel intérieurement. Décidément, ça s’annonce compliqué !

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