Be My Boss (French Edition)

Judi Stark · Chapitre 4 sur 73

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Be My Boss (French Edition)

Chapitre 4

 

Carter Blanchais

 

Valise à la main, je suis cette femme dans le dédale des couloirs, passant de nouveau devant les murs transparents et recevant plusieurs regards appuyés de la gent féminine et de quelques hommes aussi. L’effet que je procure est incroyablement jouissif et me confère un pouvoir certain. Celui d’attirer l’attention, de capter l’intérêt, de susciter le désir. Tout est une question de paraître et j’ai créé de toutes pièces mon apparence pour ne surtout pas me dévoiler.

Les talons hauts de mon nouveau chaperon claquent sur le sol en marbre, sa démarche assurée ne trahit aucun trouble à mon contact et je m’en étonne. D’habitude, les trentenaires s’intéressent à ma personne sans passer par quatre chemins. Elles savent aller droit au but, ne pas s’embarrasser de flatteries ou de babillage incessant. Mais cette nana, Avery Jones, n’est ni bavarde ni entreprenante. Cela ne peut vouloir dire qu’une chose : Jones est attirée par les femmes.

Sa froideur lorsque nous pénétrons dans son bureau et sa manière de pianoter sur son ordinateur sans m’accorder un regard me conforte dans ma certitude. Sans discrétion aucune, je la reluque de pied en cap.

Des cheveux blonds lissés à la perfection, des yeux d’un bleu polaire capables de flinguer quelqu’un, un maquillage discret mais efficace. Elle porte une tenue classique mais de qualité qui met en valeur la longueur de ses jambes. Ses vêtements élégants envoient le message d’une femme confiante, ambitieuse et stricte.

– Ce que vous voyez vous convient ? me demande-t-elle sèchement.

– Pas vraiment, répliqué-je tout de go en m’asseyant dans le fauteuil.

Jamais je ne perds mon sang-froid ni n’éprouve la moindre gêne face à l’une de mes actions ou de mes mots. Je suis ainsi fait, parfois je dérape, souvent je m’égare mais je n’ai pas honte de qui je suis. Elle me jauge d’un haussement de sourcils légèrement dédaigneux.

– Il se pourrait que je ne sois pas totalement au courant de ce qui est à l’origine de votre présence parmi nous, commence-t-elle sans préambule. Il serait judicieux de m’en dévoiler la raison.

Une légère pique dans mon ego, une pichenette à ma fierté. Voilà ce que j’éprouve en découvrant que cette femme ne sait pas qui je suis. C’est fâcheux puisque, par son métier, elle est censée se tenir un minimum informée des people influents de ce monde. Dont je fais évidemment partie.

Il serait fortement préjudiciable que Sutherland confie mon dossier à une incompétente. Mon agent risque de faire une crise cardiaque si je ne signe plus autant de contrats juteux. Mon train de vie en prendrait assurément un coup et le sien également. Je me dois de remettre les choses à leur place, en commençant par Jones. Je suis le maître de ma propre destinée, hors de question de laisser mon avenir entre ses mains.

Ta famille compte sur toi, pensé-je alors.

Cette phrase me fait l’effet d’un électrochoc et me permet de prendre les choses en main. Plus vite elle sera fixée, plus vite elle travaillera pour que je reprenne le cours de mon existence.

– Je ne reçois des ordres de personne, Avery, prononcé-je, impassible. Tout ce que vous avez besoin de savoir, c’est qu’il me faut du contenu positif à partager sur tous les réseaux possibles. Une couverture médiatique large capable de sublimer mon image. Pas physique, je n’ai rien à envier de ce côté-là.

Durant mon discours, le sang-froid ne m’a pas quitté, pas plus que l’honnêteté dont je fais preuve le plus souvent possible. J’ai conscience d’être un beau spécimen avec de la suite dans les idées, ce n’est pas de l’orgueil et encore moins de la vanité. Il s’agit simplement d’énoncer la réalité des choses. Je suis un homme lucide, d’une clairvoyance objective.

Jones n’a pas l’air de cet avis. L’insolence sur ses traits délicats, l’ironie dans son regard et la froideur qui l’entoure ne me dérangent pas. J’en ai connu des gens coriaces, des réfractaires, des sans limites.

– Que l’on soit bien clairs sur une chose, monsieur Blanchais, réplique-t-elle en employant le même ton froid, je n’ai aucunement besoin de vous dans mon travail, par contre, vous, vous avez grandement besoin de moi.

Aucune acerbité dans son intonation détachée. Je distingue son talent pour la manipulation, je le possède également, sûrement à un stade plus élevé qu’elle. Sa volonté est de me démontrer que je suis ici pour qu’elle me vienne en aide. Sauf que l’inverse est vrai, ma présence servira à apporter une renommée à l’entreprise pour laquelle elle bosse.

– Dans votre boulot, vous n’avez peut-être pas besoin de gros clients comme moi, je pense que vous vous contentez parfaitement du bas du panier, répliqué-je en la dévisageant. Mais dans votre lit, je peux vous certifier que je vous ferais le plus grand bien.

Ses pommettes blanches se colorent d’une petite teinte rosée fort agréable à contempler. Sa langue claque dans sa bouche en signe de mécontentement, et la colère dynamise ses iris bleutés.

Voilà ce que je voulais, j’ai réussi à la déstabiliser, pensé-je, victorieux.

– Je ne vous permets pas ! s’emporte-t-elle en tapant la main sur son bureau en verre.

Dieu que j’apprécie l’emportement des femmes. Leur hargne est aussi jouissive qu’un putain de film pornographique. Sa poitrine se soulève au rythme rapide de sa respiration. La combativité dans sa posture m’interpelle. Ce côté sauvageonne fait frémir mon troisième membre.

Bien loin de faire redescendre la pression, je décide de remettre une couche sur la flamme ardente qui brûle entre nous.

– Pas besoin de votre permission, répliqué-je sereinement.

Nous nous défions du regard. Bleu contre noir. Ciel de jour contre noirceur de la nuit. Glace contre charbon. Ni l’un ni l’autre ne détourne les yeux. Dans les miens, elle peut y lire l’amusement ; dans les siens, je devine l’énervement.

Trois petits coups portés contre la porte transparente. Cette prévention de frapper avant d’entrer ne sert strictement à rien puisque tout se voit à travers les vitres. Pourtant, Dan pénètre dans le bureau comme si l’atmosphère n’était pas glaciale et son employé à deux doigts de sortir de ses gonds.

– Tout se passe bien par ici ? questionne-t-il, enjoué.

– Remarquablement. Justement, Avery me parlait de ses besoins, lancé-je non sans une petite pointe d’ironie.

Je ne daigne pas tourner mon visage dans sa direction ; néanmoins, je peux sentir le regard assassin qu’elle me lance. Et je m’en gargarise !

– Très bien. Allons manger, Carter, me propose-t-il.

Très bonne initiative de sa part, partir au restaurant permettra à Brighton de me découvrir un minimum avant la mise en place d’actions.

– Parfait, Dan. Cela laissera le temps à Avery de chercher toutes les informations nécessaires à mon sujet sur la Toile, rétorqué-je en me relevant.

Elle fulmine dans ses fringues de créateur et doit sûrement me maudire. Mon père me disait toujours qu’il vaut mieux susciter n’importe quelle réaction chez les autres qu’aucune. L’indifférence te tue à petit feu alors que la critique t’élève.

Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi. Les phrases de Léon Zitrone résument à la perfection mon état d’esprit quant au jugement des autres sur ma personne. Je me garde moi-même d’être le plus haut critique en ce qui me concerne. Il y a de quoi faire…

Avant de quitter la pièce, je retourne vers Jones et lui adresse un clin d’œil provocateur en laissant la porte ouverte.

– Avery peut paraître glaciale au premier abord, m’avertit Dan en attendant l’ascenseur. Même au second, elle l’est. Mais elle fait du bon boulot. C’est une acharnée, aux idées novatrices. Je ne t’aurais pas confié à un collaborateur de seconde zone. Pas toi.

Les mots de Sutherland entrent par une oreille pour ressortir aussi vite par l’autre. Je suis bien trop occupé à mater l’hôtesse en lui mimant une feuille de papier, un stylo et un téléphone. Le temps que la pièce tombe dans son petit cerveau, les portes métalliques s’ouvrent et je m’engouffre dans l’ascenseur. Son numéro devra attendre mon retour ; pour le moment, j’ai une faim de loup et une furieuse envie de remonter sur les podiums…

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