Be My Boss (French Edition)
Chapitre 63
Avery Jones
Le regard que m’offre Carter est plein de promesses. Il y a encore quelques minutes, les larmes coulaient sur mes joues, et maintenant un sourire niais est collé à mes lèvres. Carter m’a trouvée et le plus doux des aveux résonne encore à mes oreilles, malgré le tumulte autour de nous. Son « je t’aime » aussi spontané qu’inattendu a fait repartir mon cœur à un rythme effréné, emportant au loin mes ressentiments et détruisant les restes de son mensonge. Une certitude s’ancre intensément en moi : mes sentiments pour lui sont aussi sincères que les siens, aussi éclatants, aussi profonds. Je n’osais pas me l’avouer, alors qu’au fond de moi cela fait un moment que c’est bien plus qu’une simple attirance qui me conduit vers lui. J’ai trouvé le chemin pour sortir de ma triste routine ; Carter n’en a pas conscience, mais il est vraiment le phare qui m’a guidée hors de la nuit, quand ses doigts ont enlacé les miens sur le ferry, quand il a fait rire cette petite fille étendue sur son lit d’hôpital, quand ses bras se sont refermés autour de moi pour me permettre de trouver le sommeil…
– On fait quoi, maintenant ? lâche-t-il sans me quitter des yeux.
Il me sourit, ne sourit qu’à moi, ne semble voir que moi. Et dans ses prunelles, je me sens aimée et comprise. Comme si j’étais effectivement la plus belle femme qu’il ait vue de sa vie. Il ne paraît pas remarquer mes yeux bouffis, mes joues rougies et mes cheveux emmêlés.
– Enfin, si ce à quoi tu penses pouvait impliquer un endroit tranquille et nos deux corps nus, cela serait encore mieux, ajoute-t-il dans un souffle au creux de mon oreille.
Amusée, je secoue la tête, en levant les yeux au ciel. Les rouages de mon cerveau se mettent en branle, et l’envie de le provoquer rejaillit instantanément.
– Un bébé, le défié-je.
Il ne marque même pas d’hésitation.
– Pour commencer, un sera déjà pas mal, réplique-t-il.
Et c’est moi qui déglutis difficilement, parce que je ne lis que la sincérité dans ses prunelles assombries par le désir. Des images d’un avenir se faufilent sur mes rétines.
Carter rit aux éclats, un bébé dans les bras. Il dépose la petite endormie dans son transat, la recouvre d’une couverture que sa mère a brodée, puis chatouille le petit garçon, accroché à sa jambe, qui s’empresse de s’élancer dans le jardin. Carter fond sur moi et ses lèvres retrouvent le chemin des miennes, s’enhardissent avec passion.
– Et si on en faisait un troisième ? me propose-t-il.
– Bientôt, dis-je pour éluder le sujet.
– Ou sinon, maintenant, rétorque-t-il avec une sincérité déconcertante.
– Mais ne devrait-on pas attendre…
– Ou sinon, maintenant.
Sans me laisser le loisir de répliquer quoi que ce soit d’autre, il m’attrape par la taille et me jette sur son épaule, en me tapant les fesses. Et c’est moi qui éclate de rire, alors que mon cœur explose de joie dans ma poitrine. Est-il possible d’avoir autant de chance ? D’être aussi heureuse ?
– Oh là là ! s’exclame Donald, me ramenant à l’instant présent.
Je n’ai pas le temps de répondre quoi que ce soit à Carter, car le standardiste de Meetcom glisse entre nous une gigantesque corbeille de fruits. Donald ne se rend pas compte que sa présence n’est absolument pas requise. Carter et moi avons encore tant à nous dire, sans parler de ce qu’il nous reste à faire…
– C’est un cadeau pour vous, monsieur Blanchais ! poursuit Donald, au comble de la joie, de la part de la maison Giovanni. Un livreur l’a apporté…
Un soupir m’échappe. Malgré l’aveu de ses sentiments, le départ de Carter n’en reste pas moins imminent. Cette occasion est si incroyable que je ne lui demanderai jamais d’y renoncer, même si je sais très bien ce que cela signifie. Qu’importe ce que nous éprouvons, nous ne tarderons pas à être séparés, du moins sur le plan géographique. Le cours de la vie nous rattrapera : d’un côté, Meetcom et le poste auquel j’aspire depuis des années ; de l’autre, sa carrière internationale de mannequin. C’est tout ce que Carter souhaite : retourner sur le devant de la scène, briller sous les flashs des photographes, récupérer sa vie d’avant.
Mais il reviendra, me susurre ma petite voix intérieure soudainement optimiste.
Cependant, j’avoue que je serai pleinement et entièrement rassurée quand Carter me le confirmera, parce que cette même petite voix devient la seconde d’après plus angoissée et pessimiste, cherchant à raviver mes craintes.
Et si, en retrouvant sa vie, Carter oubliait la petite Anglaise ? Les mannequins les plus sexy et les soirées arrosées de champagne ne risquent-ils pas de lui faire tourner la tête ?
J’entends à peine le babillage de Donald jusqu’à ce que Carter y mette un terme d’une tape virile sur l’épaule.
– Mon ami, Avery et moi avons beaucoup de choses à faire, déclare Carter en attrapant un grain de raisin au sommet de la pyramide de fruits et en le croquant.
Déterminé, il s’empare de ma main et m’entraîne avant que nous nous retrouvions assaillis par quelqu’un d’autre.
– Vous oubliez votre corbeille, monsieur Carter ! s’écrie Donald, dans notre dos.
– Gardez-la, assure le mannequin en se tournant vers lui, j’ai déjà tout ce qu’il me faut.
Il resserre l’étreinte de ses doigts autour des miens, comme s’il avait encore besoin de me convaincre qu’il était sincère, alors que je le sens dans chaque parcelle de mon être. Carter ne me ment pas sur ce qu’il éprouve. A-t-il conscience que tous les mots qu’il prononce percutent mon âme, la font littéralement chavirer ? Mes pensées tournent confusément dans ma boîte crânienne, et mes sentiments dans ma poitrine. Je suis tout à la fois heureuse et bouleversée, tétanisée et prête à faire le grand saut dans une nouvelle relation, apeurée et euphorique. L’air frais nous accueille sur le pas de la porte, mais pas les paparazzis, qui ont par chance quitté les lieux. Il faut croire que les photos qu’ils ont prises ainsi que nos réponses ont de quoi les occuper pendant un bon moment. Sans perdre une seconde, Carter hèle un taxi et nous nous engouffrons à l’intérieur. Ma gorge nouée par un mélange d’émotion et d’incrédulité est incapable de fournir mon adresse quand le conducteur pose la question sur la destination.
– Où allez-vous ?
– Nous entraîner à faire un bébé, répond Carter le plus naturellement du monde.
Il me coupe le souffle. Encore.
– Ce serait mieux que ce ne soit pas dans mon taxi, parce que je viens de nettoyer les sièges, alors donnez-moi votre adresse et je vous promets d’être rapide, nous prévient le chauffeur sur le même ton que Carter, comme s’il avait ce genre de conversation tous les jours avec ses clients.
J’ignore comment mais Carter parvient à lui donner les informations demandées et le conducteur démarre sans plus attendre. Les intentions du mannequin sur la suite de notre programme ne font aucun doute. Il m’attire à lui, et sa bouche s’empare de la mienne. Il met dans son baiser une ardeur et une tendresse folles qui me font perdre pied encore davantage. Mon corps s’embrase.
– Lâche prise, me susurre Carter, lorsqu’il m’autorise à reprendre mon souffle.
Ses doigts s’invitent dans mes cheveux et se glissent délicatement sur mes joues, comme pour me rassurer. Le chauffeur ne s’est pas trompé ; en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous nous retrouvons au pied de mon immeuble et poussons la porte d’entrée. Nous ignorons superbement les remontrances de M. Lartimer, le voisin grognon du premier. Nous sommes bien trop occupés à nous embrasser, malgré le risque de tomber dans l’escalier.
– Vous devriez vraiment songer à déménager, le provoque cependant Carter en lâchant temporairement ma bouche, car il y aura bientôt plus de bruits dans cet immeuble ; M lle Jones va avoir un bébé…
– Pas un, mais trois ! Des triplés, rappelle-toi, ajouté-je, me souvenant de ma réponse aux paparazzis bien trop curieux.
– Une équipe de rugby en réalité, assure Carter.
Le bruit de porte qui claque et un grognement agacé sont la réponse octroyée par mon ours de voisin. Mon rire s’envole quand je me retrouve l’instant d’après dans mon appartement, maintenue contre la porte que Carter vient de refermer d’un coup de pied. Il pèse agréablement sur moi, et je sens son désir palpiter contre ma cuisse. Il se prépare à l’assaut, mais le retarde volontairement, m’empêchant délibérément de bouger. Mon corps frémit d’excitation et d’impatience, ma respiration est déjà courte. Son regard se jette dans le mien, et j’y découvre l’intensité de ses sentiments. Il est puissant, vibrant, intense. Et d’une sincérité désarmante. Comme si j’étais la seule désormais qui comptait dans sa vie, et les mots qu’il me chuchote au creux de l’oreille achèvent de me convaincre que, quoi qu’il arrive désormais, nous sommes intimement liés.
– Avery Jones, je vais te faire l’amour dans toutes les pièces de ton appartement, et quand j’aurai fini, je recommencerai…
– Tu crois ou tu en es sûr ? demandé-je avant de me jeter sur sa bouche.
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