La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 106 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Les étoiles… en piste - 25 avril 2019

Les acteurs sont comme le reste des hommes : ils meurent après que leur emploi a disparu.

 

Les étoiles… en piste

25 avril 2019

La loge commune du Cirque d’Hiver est pleine à craquer. On s’y entasse comme dans la cabine de bateau d’un vieux film des Marx Brothers. On se salue, on se hèle, on s’embrasse. Chacun des invités est accompagné qui d’un ami, qui de son éditeur, qui de son attachée de presse. Geoffroy Lejeune, Tugdual Denis, les organisateurs de Valeurs actuelles, puissance invitante, accueillent les débatteurs et les guident vers le vestiaire, remplissent les verres et répondent aux questions. Des amis d’amis entrent et sortent dans un mouvement incessant. François-Xavier Bellamy, posé, discret, presque timide, sourit des bons mots que lui glisse à l’oreille un Philippe de Villiers volontiers taquin ; Jacques Attali, barbe de sage et regard rusé, rode auprès de moi ses premières répliques : « J’ai l’impression d’être un lapin invité dans un congrès de chasseurs. » Je m’esclaffe d’un rire bon enfant avant d’ajouter : « Oui, mais l’inverse ne serait pas vrai. Je ne serai jamais invité, moi, à débattre par Le Nouvel Observateur. » Il opine de bonne grâce. Au milieu de la pièce, Michel Houellebecq est assis en compagnie de son célèbre agent, François Samuelson. Ils sont tous deux vêtus de chandails épais et sales. Ils ont une coupe de champagne à la main qui se vide et se remplit sans discontinuer. Tout le monde est debout et eux sont assis. Chaque personne qui entre dans la loge vient d’abord saluer Houellebecq en se penchant vers lui. On a l’impression d’un roi qui reçoit les hommages de ses féaux. Bruno Le Maire est lui aussi arrivé. Je dois débattre avec lui après l’échange qui aura lieu entre Bellamy et Attali. Ses officiers de sécurité le suivent dans la salle et observent cette agitation d’un air interloqué. Le ministre est vêtu d’un élégant costume bleu nuit, qui rehausse son teint clair. L’homme est grand et élancé, il porte beau. Il reste un instant adossé à un mur, un verre à la main dans lequel il trempe à peine ses lèvres. Son regard est rivé sur le visage fripé de Houellebecq qui n’a pas remarqué son entrée et continue à ripailler avec son complice. Le ministre écrivain, si fier d’être publié dans la collection Blanche de Gallimard, est cloué par l’admiration qu’il voue au grand écrivain national. Dans l’ombre de Le Maire, je devine ce marquis poudré qui acclame le roi Voltaire, ou le bedonnant ministre franc-maçon de la III e République qui se presse autour du cercueil du vieil Hugo. Je songe que la France est ce pays unique où cette scène se répète de siècle en siècle.