La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 50 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

De l'homosexualité au lobby gay - 22 mars 2013

Il faut tirer toutes les leçons de Mai 68. Trois ans après, François Mitterrand rassemblait les chapelles socialistes derrière lui à Épinay. Encore un an, et il réalisait un programme commun avec le parti communiste à l’occasion de « l’union de la gauche ».

On attend l’équivalent à droite ou parmi les souverainistes ou les populistes. Quel que soit le nom, quelle que soit l’approche, quel que soit le clivage, le narcissisme de la division l’emporte partout. On risque d’attendre encore longtemps. Pour rien. Alors, pourquoi ?

 

De l’homosexualité au lobby gay

22 mars 2013

L’immense salle de la Coupole résonne d’un brouhaha qui nous force à hausser la voix. Je demande à Christian Vanneste pourquoi il a choisi cet endroit au charme suranné ; il m’avoue qu’il use des réductions qu’il avait dans ce restaurant du temps où il était parlementaire, car ce privilège cesse dans quelques mois. Vanneste n’est plus député depuis les législatives de juin 2012. Il fit partie de cette cohorte de jeunes gens de droite qui partirent sabre au clair à l’assaut des fiefs communistes à la fin des années 1980, tandis que leur modèle soviétique s’effondrait dans un énorme fracas. Le temps a passé, ses cheveux ont blanchi ; il s’est usé dans des batailles parlementaires inutiles, découragé par la pusillanimité de son camp sous Chirac et Sarkozy… Il s’est fait souffler son siège par son ancien assistant, Gérald Darmanin. Il peste contre le cynisme sans scrupule du jeune ambitieux qu’il a surnommé « Darmalin » et le compare sans surprise à Rastignac. Il ira loin, lui dis-je, celui-là : Rastignac a fini ministre important sous Louis-Philippe. On s’esclaffe d’un rire complice. Cet ancien professeur de philosophie dans un lycée de Tourcoing a conservé le goût pour la culture classique. Nos rencontres sont chaque fois ponctuées de longues conversations historiques où il défend la mémoire de la monarchie tandis qu’il brocarde mon admiration sans bornes pour l’Empereur. Il semble réciter son Bainville que je reconnais dans tous les méandres de sa démonstration ; et je prends plaisir à ébrécher la statue du commandeur. Mais je sens bien qu’il a la tête ailleurs. Il n’a toujours pas digéré son éviction du Parlement. Il sait bien que Darmanin a profité d’une situation plus qu’il ne l’a créée. Vanneste avait été exclu du parti par Copé pour ses propos sur l’homosexualité. Très vite, il revient sur le sujet. Son plaidoyer pro domo est fondé et argumenté. Il répète sans se lasser qu’il n’y a jamais eu dans la France vichyste de convois d’homosexuels vers les camps de concentration ; et que si l’homosexualité n’était pas demeurée marginale, l’humanité n’aurait pas survécu. Il prend plaisir à citer les grands auteurs, mais n’ignore pas que Kant ne peut rien contre la force du « lobby LGBT ». On se plaît à noter la nouvelle place prédominante du lobby dans tous les partis politiques, à des postes élevés ; mais aussi dans les grandes entreprises, les grandes écoles, les universités, les médias, le ministère de la Culture. On constate que l’orientation sexuelle – dont on ne se soucie guère – est désormais orientation politique et même idéologique ; que le lobby LGBT, avec son allié féministe, est un des fers de lance de cette société diversitaire que nous combattons tous deux ; que les homosexuels qui ne partagent pas cette ligne sont marginalisés ou persécutés par leurs pairs ; que la sémantique, comme toujours, a défini l’opposition entre « gay » et « homosexuel » ; et que la minorité gay accuse toujours les opposants à son idéologie « d’homophobie » ; que les homosexuels sont ainsi tous pris en otage pour un combat douteux ; que le processus est identique à celui « d’islamophobie » : aujourd’hui, le « discours de haine » permet de faire taire les adversaires politiques, comme une guillotine médiatique et judiciaire. Vanneste me rappelle fièrement qu’il est sorti gagnant d’une longue bataille judiciaire. Il est allé jusqu’en cassation, mais a fini par triompher. Les frais d’avocat lui ont coûté un appartement qu’il avait acheté pour sa retraite ; mais le jeu en valait la chandelle. Il me reproche de ne pas avoir agi comme lui, d’avoir renoncé à faire appel de ma condamnation. Il plastronne avec courage ; mais je vois dans son regard bleu que Christian Vanneste est un homme brisé qui restera inconsolable.