La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 121 sur 127

Pages du PDF

La France n'a pas dit son dernier mot

« La sœur Traoré a commencé la guerre civile ! » - 23 juin 2020

« La sœur Traoré a commencé la guerre civile ! »

23 juin 2020

On devine l’ombre de l’élégante église Sainte-Clotilde derrière nous. Je dîne avec mes deux fils à la terrasse du restaurant Le Basilic. Le service est d’une lenteur exaspérante. À minuit, nous quittons enfin la table et croisons Jean-Christophe Lagarde qui dînait avec des amis de son parti centriste de l’UDI.

L’ancien maire de Drancy a le visage et la voix forte du convive aviné.

Il me tombe dans les bras à la grande surprise de tous.

Entre deux postillons, il me crache au visage : « Tu vois, je ne suis pas souvent d’accord avec toi, mais je dois reconnaître que tu avais vu juste. La sœur Traoré a commencé la guerre civile ! »

 

Allez les Verts !

23 août 2020

Ce fut le même adversaire et la même défaite par le même score. En 1976, Saint-Étienne avait perdu en finale de Coupe d’Europe face au Bayern Munich par 1-0. En 2020, le Paris-Saint-Germain s’est incliné devant le même Bayern Munich par 1-0. Après leur défaite, les joueurs « verts » défilèrent sur les Champs-Élysées au milieu de leurs « supporters », une foule immense, chaleureuse et bon enfant. En 2020, une horde indescriptible de « supporters » venus de banlieue accompagnèrent leur équipe sur les Champs-Élysées, en brisant les vitres, pillant les boutiques de sport et de luxe, insultant et agressant les forces de l’ordre. Deux matchs de football, deux défaites, deux races de « supporters », deux époques, deux France. J’appartiens à la première de tout mon cœur et de toute mon âme ; je combattrai la seconde de toutes mes forces. J’ai vécu la défaite de la première les larmes aux yeux ; j’ai observé l’échec de la seconde avec la froide distance de celui qui n’est pas concerné. Il y avait dans l’équipe de Saint-Étienne deux étrangers qu’on chérissait comme nôtres : l’Argentin Oswaldo Piazza et le Yougoslave Ivan Ćurković. Il y avait davantage de joueurs français dans l’équipe allemande de 2020 que dans celle du Paris-Saint-Germain. À dix-huit ans, je m’identifiais à la première ; plus de quarante ans plus tard, je me sens étranger à la seconde ; et ce n’est pas seulement parce que j’ai vieilli. En regardant l’équipe du PSG, son prince qatari, son équipe cosmopolite, ses supporters maghrébins et africains qui muent à la nuit tombée en pillards, je songe avec mélancolie à la phrase du grand républicain Edgar Quinet : « Le véritable exil n’est pas d’être arraché de son pays ; c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer. »