La France n'a pas dit son dernier mot
Et Dray créa Ségo - 12 octobre 2006
Et Dray créa Ségo
12 octobre 2006
Rendez-vous avec Julien Dray dans un restaurant italien de la rue du Dragon. Il jubile. Il parle autant qu’il mange. Il est intarissable sur « Ségo ». Comment il l’a faite, fabriquée, imposée. Comment il va rouler dans la farine les éléphants du parti, les Fabius, les DSK, les Rocard, Jospin même. Il a son air finaud, avec son regard par en dessous, qu’il arbore quand il est fier de lui. Celui qu’il avait lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, au début des années 1990, et qu’il me contait avec moult détails et sourires en coin comment il avait forgé SOS Racisme, puis manigancé la révolte des étudiants contre la loi Devaquet, à la fin de 1986, uniquement pour empêcher l’adoption du Code de nationalité qui devait, entre autres, supprimer le droit du sol. Je n’ai jamais pu me départir d’une certaine affection pour « Juju », même si ses idées me hérissent le poil. Sans doute le creuset commun de nos familles d’Algérie, même si la sienne est demeurée plusieurs années après l’indépendance par affinités politiques avec le FLN. J’apprécie surtout son talent pour les arabesques politiques, son art du billard à dix bandes, qui a convaincu le maître Mitterrand lui-même. « Ségo », il en est sûr, est son chef-d’œuvre. Comment, dans un Parti socialiste coupé en deux, depuis le référendum européen de 2005, entre libéraux et antilibéraux, entre mondialistes et protectionnistes, il a balayé les vieilles divisions idéologiques et les références historiques en imposant le « souffle nouveau » de Ségolène Royal. Elle ne vend rien d’autre que sa « féminité ». Et ça marche ! Juju en rit à gorge déployée ; il sait ce que les dignitaires du parti pensent de celle qu’ils surnomment in petto « Bécassine », « la Cruche » ou encore : « Travail, Famille, Poitou » ; mais il connaît depuis le temps lointain de l’agitprop des années 1980, l’efficacité médiatique d’une égérie féminine à la tête d’un mouvement. Les hiérarques socialistes, ayant renoncé au social et aux ouvriers, ont adopté le féminisme comme ultime étendard progressiste ; ils ne peuvent taxer une femme d’incompétence sous peine d’être accusés de ringardise réactionnaire. Ils sont coincés. Ils devront se soumettre et ne pourront se démettre. Ils boiront le calice féministe jusqu’à la lie.