La France n'a pas dit son dernier mot
Leur suicide, ma victoire - 2 octobre 2014
Peu importe l’ivresse, pourvu qu’on ait le flacon.
Il aura sa voiture à cocarde. Il aura son chauffeur. Il aura sa secrétaire, son bureau, ses collaborateurs. Il aura sa (très) confortable rémunération.
Il faut imaginer Jacques Toubon heureux.
Leur suicide, ma victoire
2 octobre 2014
Le piège était tendu avec soin ; et je n’ai rien vu ni rien deviné. Ce n’est qu’après, longtemps après que les passions furent retombées, que j’ai pu en reconstituer les fils. Dans ce fameux Studio Gabriel, « maison » de Michel Drucker, je n’ai aucun des repères visuels que j’avais accumulés au Moulin-Rouge, où j’avais enregistré cinq années durant mes émissions d’« On n’est pas couché ». Je fus accueilli avec chaleur et une émotion visible par l’équipe de l’émission qui avait toujours regretté mon départ. Le contraste avec l’ambiance sur le plateau n’en était que plus frappant, comme un chaud-froid. Je n’ai pas compris tout de suite que Ruquier voulait tordre le cou à l’accusation qui lui était faite avec constance dans les médias d’avoir « fabriqué un monstre ». Frankenstein plaidait non coupable. L’accusé, ce n’était pourtant pas lui, mais moi. J’étais un « traître » qui avait utilisé son exposition médiatique pour répandre dans les esprits malléables du peuple des idées « malodorantes ». Chez ces gens-là, le « peuple » ne pense pas et quand il « pense mal », ce n’est pas qu’il a observé et réfléchi, mais qu’on lui a mis des idées fausses dans la tête. Mon invitation était un procès. Entre Barma et Ruquier, j’avais affaire à des professionnels. Le plateau-tribunal avait été soigneusement constitué. Tous ceux que j’avais offensés dans mon ouvrage Le Suicide français étaient représentés. Daniel Cohn-Bendit trônait en majesté sur le fauteuil de l’invité vedette qui seul a le droit de quitter la scène une fois sa prestation achevée. Derrière lui, arborant un éternel sourire fat et niais, et un de ses innombrables costumes de bonne coupe, Michel Denisot représentait les intérêts de Canal+ et de « la grande famille du cinéma français ». Une jolie actrice québécoise, dont je n’ai jamais réussi à retenir le patronyme, vibrait d’une fureur mal contenue pour la gent féminine et LGBT ignominieusement agressées. Elle était accompagnée de son metteur en scène, un jeune éphèbe au regard tourmenté qui, si j’en croyais le portrait élogieux qu’en fit Ruquier, avait du génie du seul fait qu’il était « gay ». J’étais exilé au bout de la table, et je dus attendre longtemps, très longtemps, pour avoir mon tour sur le fauteuil libérateur. Mais très vite, Cohn-Bendit se tourna vers moi et me prit à partie, comme s’il était pressé d’en découdre. Je répliquais comme je pouvais mais les coups pleuvaient de tous côtés. Les chroniqueurs, Léa Salamé et Aymeric Caron, avaient préparé leur affaire. On exhuma une de mes interventions au cours de l’émission d’i-Télé « Ça se dispute », vieille de plusieurs mois, dans laquelle j’avais – stupide imprudence – pronostiqué la défaite de l’équipe de football d’Allemagne à la veille de sa demi-finale contre le Brésil. Cohn-Bendit m’accusa d’avoir méprisé les chances des footballeurs allemands parce qu’ils n’étaient plus la phalange blanche et aryenne d’antan. J’essayais de me justifier en expliquant que ma prophétie s’appuyait sur les statistiques de la Coupe du monde depuis son origine en 1930 : jamais un pays européen n’avait gagné lorsque la compétition se déroulait en Amérique du Sud ; jamais (à l’exception du Brésil du « roi » Pelé en 1958) une équipe d’Amérique du Sud n’avait emporté la coupe tant désirée lorsque la compétition avait lieu en Europe. Je ne pouvais pas prévoir que l’Allemagne jouant au Brésil serait la seconde exception. Un brouhaha vengeur me répondit qu’il ne croyait aucunement en mes justifications. Avec les chiffres, j’avais toujours tort. C’est ce qu’entreprit à son tour de me démontrer Aymeric Caron. Il exhuma pour l’occasion une chronique écrite deux ans plus tôt pour RTL. J’y reprenais des statistiques de l’Insee qui révélaient un chiffre d’étrangers dépassant les dix millions de personnes dans la France d’aujourd’hui. Caron n’eut pas de mal à démontrer que j’avais tout faux, que je confondais immigrés et étrangers, que j’avais menti pour assouvir mes passions haineuses et malsaines, avec d’autant plus d’aisance que je n’avais plus en tête les chiffres incriminés. Je me défendais mal. J’avais l’impression d’avoir tout dit avant d’avoir été invité à parler. J’étais éreinté avant d’avoir commencé à plaider. C’était le but. Comme dans toute corrida, quand le taureau a été épuisé par les picadors, vient le tour du toréador qui pointe son épée dans le corps de l’animal pour l’estocade finale. L’estocade s’appelait Pétain. C’est Léa Salamé qui sortit quelques pages de l’ouvrage dans lesquelles j’incriminais l’historien américain Robert Paxton et sa fameuse thèse accusant la France de Vichy d’avoir aggravé le sort des juifs sous l’Occupation. Son acte d’accusation était prêt : j’avais entrepris la « réhabilitation de Pétain ». Au moins, au contraire de son acolyte, elle avait lu le livre et m’en parlait.