La France n'a pas dit son dernier mot
Poupou - 13 novembre 2019
Poupou
13 novembre 2019
Anquetil était mort depuis si longtemps que je croyais que Poulidor l’avait déjà suivi dans la tombe. Je contemple dans les journaux les photos de sa jeunesse glorieuse, son torse épais, ses mains calleuses, sa trogne de paysan rude au mal. C’était le temps des images en noir et blanc, et de mes après-midis d’été que je passais à contempler le peloton sillonnant les routes escarpées des Alpes, avant que l’on m’autorise à retourner à la plage. Dans mon enfance, Poulidor était le chouchou des Français, mais pas le mien : je lui préférais Anquetil. Je n’aimais pas l’image que Poupou donnait de nous, toujours vaincus et toujours malchanceux. Moi, les Français, je les voulais glorieux, je les rêvais triomphants, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, Condé à Rocroi, Murat à Austerlitz.
À l’époque, nos champions s’appelaient Michel Jazy, Christine Caron, Raymond Kopa, Jean Gachassin : courageux, audacieux, valeureux, mais jamais sur le toit du monde. J’en souffrais secrètement et jurais que ma génération les vengerait.
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