La France n'a pas dit son dernier mot
Une antenne maîtrisée - 1er octobre 2020
Pour me punir de ne pas participer à cette unanimité geignarde, Danièle Obono m’attaque en justice pour diffamation. Je soupçonne les habiles manipulateurs de la France insoumise d’avoir détourné l’attention après ce que j’ai appelé « l’été du vivre-ensemble », et ses innombrables agressions et violences, pour remettre au cœur du débat politique les questions usées du racisme et de la culpabilité blanche. Je téléphone à Geoffroy Lejeune pour lui reprocher son mea culpa : « S’excuser, c’est s’accuser. » J’ignorais que je ne tarderais pas à devoir mettre en pratique mes conseils.
Une antenne maîtrisée
1er octobre 2020
J’avais pourtant dit le mot magique. J’avais dit « la plupart » des mineurs isolés sont « délinquants, voleurs, violeurs ». À deux reprises, je l’avais répété, ce mot magique. « La plupart », c’est le sésame ouvre-toi. C’est le moyen d’échapper aux condamnations judiciaires. C’est le cache-sexe du réel. Lors de ma diatribe contre ces mineurs isolés qui pourrissent la vie de nos villes, je m’étais laissé emporter une fois – un seule –, confondant dans ma véhémence l’accusation et l’expulsion, utilisant le mot maudit, le mot qui essentialise, le mot qui vaut d’être envoyé en enfer médiatique et judiciaire, le mot qui correspond au blasphème d’autrefois, le mot qui vous transforme en chevalier de La Barre d’aujourd’hui, et vous condamne à avoir la tête (médiatique) aussitôt tranchée : le mot « tous » ! Tous voleurs, tous violeurs, tous délinquants, avais-je osé, malheureux que je suis. Aussitôt, fine mouche, Christine Kelly m’avait glissé avec une douce insistance : « Pas tous, pas tous. » J’avais compris le message qu’elle me lançait comme une fusée éclairante, une fusée qui avait dû exploser dans son tympan à travers l’oreillette qui la reliait au studio : « N’oublie pas le mot magique ! » Comme un enfant sage qui a retenu sa leçon, j’obtempérais : « Vous avez raison, Christine, pas tous, la plupart. » J’avais bien répété « la plupart », mais cela n’a pas suffi. « La plupart », cette formule est exigée par le CSA pour considérer que « l’antenne est maîtrisée ». Une « antenne maîtrisée » est une antenne où le politiquement correct est rappelé à tous ceux qui le transgressent, où il est érigé en référence éthique et politique suprême, comme une croix qu’on donne à baiser aux lèvres d’un possédé. Le CSA ne reproche jamais à France Inter ou à France 2 de ne pas « maîtriser son antenne ». Au fil des années, à côté des juges, des organisme parapublics – aux membres rémunérés grassement sur fonds publics – ont été investis de la mission de contrôler l’esprit public. Le CSA en fait partie. Il exige donc que « l’antenne soit maîtrisée ». Dans le studio d’enregistrement, le directeur de l’information, Thomas Bauder, et le patron de la chaîne, Serge Nedjar, surveillent le moindre de mes propos pour être sûrs que l’antenne est bien maîtrisée. Ils donnent leurs instructions dans l’oreillette de Christine. J’ai toujours refusé d’en glisser une dans mon oreille. Serge est aussi petit et rondouillard que Thomas est grand et mince. La famille de celui-ci vient de Pologne et l’autre est un pied-noir d’Algérie. Et tout ça fait d’excellents Français… qui doivent s’assurer que l’antenne est maîtrisée.