La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 60 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Qu'est-ce qu'ils ont fait au bon Dieu ! - 16 avril 2014

La lutte des classes n’a jamais cessé et les riches l’ont gagnée.

 

Qu’est-ce qu’ils ont fait au bon Dieu !

16 avril 2014

Mes enfants m’avaient prévenu. Tout le monde en prend pour son grade. Je comprends vite que « tout le monde », dans le langage d’aujourd’hui, veut dire « toutes les communautés ». Ce film, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qu’ils m’incitent à découvrir, est classé dans la catégorie huppée des iconoclastes, voire des irrévérencieux, parce qu’il n’hésite pas à dire son fait à tous, y compris aux minorités sanctifiées de l’époque, à savoir les juifs, les Arabes, les Noirs, voire les Asiatiques. Le film tient ses promesses. On rit et on regarde autour de soi si les autres rient aussi, pour être sûr qu’on est autorisé à rire. Le juif est brocardé par l’Arabe qui est moqué par le Noir qui est tancé par le Chinois. Les contre-pieds sont habiles : le juif n’est pas un subtil esprit talmudiste ni un spéculateur cousu d’or, mais un porc mal élevé qui met les pieds sur la table et mange des sandwichs immondes au cinéma. L’Arabe n’est pas une racaille à capuche mais un avocat avisé ; le Chinois n’est pas un champion de sports martiaux mais un banquier et le paternel africain ne veut pas que son fils se mésallie avec une famille blanche. On a envie de dire comme dans la vieille chanson d’avant-guerre : « Et tout ça, ça fait d’excellents Français. » Eh bien, justement, non. Le film donne raison à la fameuse thèse de la philosophe Simone Weil sur l’enracinement. Chacun des gendres est enraciné, mais dans sa culture d’origine. Cela ne les empêche pas d’avoir du recul sur celle-ci, de la traiter avec humour, et même avec ironie. Mais elle est un fait, une réalité intangible. Aucun n’a osé le grand saut de l’assimilation : le transfert d’identité, de racines, par la culture et l’histoire de France. « Nos ancêtres les Gaulois », le slogan le plus antiraciste qui soit, est devenu proscrit, pire : méprisé. Ce qui était banal il y a cinquante ans est désormais une rareté. Aucun des protagonistes ne se revendique ni ne s’imagine en Français. La culture, l’histoire, la civilisation françaises leur sont étrangères. Le mode de vie à la française est pour eux un acquis naturel, dont ils ne mesurent guère la fragilité, et qu’ils confondent volontiers avec l’american way of life.

Les Français sont représentés par les parents qui portent les stigmates de la vieillerie désuète, un brin ridicule, en tout cas dépassée. Les quatre filles sont la quintessence de la beauté et du charme. Elles sont le produit de siècles d’éducation, de raffinement, de luxe, d’une civilisation de la conversation et de la séduction qui s’épanouit dans les salons de l’Ancien Régime et se meurt sous nos yeux dédaigneux. Elles sont des objets de désir, d’amour, des proies consentantes, qui cherchent, comme leurs ancêtres depuis l’origine des temps, le vainqueur de la sélection naturelle, celui qui à travers elles améliorera l’espèce : et les triomphateurs de cette guerre millénaire sont les représentants gouailleurs et vulgaires de ces minorités venues régénérer la vieille France décatie et décadente. Le seul prétendant français de souche est un pauvre garçon binoclard et hébété, avec un nom à particule et un discours incompréhensible, grotesque incarnation d’une « fin de race » débile qui doit s’incliner et se soumettre à la vitalité virile arrivée d’ailleurs.