La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 14 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Chapitre 2008

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Du chiffre au nombre

17 février 2008

C’est la fête à Pristina. Flonflons, youyous, Allah Akbar. Le Kosovo a déclaré son indépendance de manière unilatérale. Belgrade ne reconnaît pas la sécession de son ancienne province, mais les fêtards n’en ont cure. Leur « indépendance » est placée sous la protection de « l’hyperpuissance » américaine. Le contrôle de leurs frontières est assuré par la KFOR, composée essentiellement de soldats de l’Oncle Sam. Le Kosovo est un protectorat international depuis 1999, longtemps sous la férule bonhomme du « French doctor », Bernard Kouchner, après qu’il fut arraché à Belgrade, noyée sous les bombes de l’OTAN.

C’est jour de deuil à Belgrade et dans les enclaves serbes du nouveau « pays ». Le Kosovo est dans le roman national serbe le « berceau » de leur nation. Les Serbes se sont construits historiquement – c’est leur point commun avec les Croates – comme les sentinelles de la chrétienté face à la pointe avancée de l’islam en Europe.

La présence musulmane en Europe de l’Est est le produit des avancées coloniales de l’Empire ottoman après la prise de Constantinople en 1453. Selon les historiens, le processus d’islamisation du Kosovo a débuté au XVIII e siècle. Les premiers musulmans s’installent dans un univers chrétien d’églises orthodoxes qui datent du e XIV siècle et de villages à la toponymie traditionnelle slave. Mais les Albanais prétendent que les Slaves ne sont arrivés qu’au e VII siècle alors que les Albanais seraient, eux, les descendants des Illyriens qui étaient déjà sur place. Éternelle question des origines que nos historiens contemporains, pétris de doxa antiraciste, repoussent avec des cris d’orfraie de bigotes découvrant « la chose » : « Il ne peut y avoir de remplacement de population par une autre car cela supposerait, sur un temps long, un moment zéro de pureté de la race dans un pays donné », affirment nos nouveaux sophistes. On sait depuis Renan que toute grande nation est un mélange de races ; mais on sait aussi – quand on ne fait pas semblant de l’ignorer – que l’unité d’une nation repose sur un ensemble d’éléments en commun, une histoire, des mœurs, une culture, et la volonté de les perpétuer.

On sait enfin que les lois de la démographie s’imposent toujours en histoire.

Le Kosovo en donne, s’il en était besoin, une preuve éclatante.

Dès le début du e XX siècle, les musulmans sont devenus majoritaires au Kosovo ; à la mort de Tito, dans les années 1970, les Serbes orthodoxes ne représentent plus que 13 % de la population. Ils ne sont plus désormais que 5 %, expulsés de la capitale, Pristina, confinés dans des enclaves, citoyens de seconde zone ostracisés, quand ils ne sont pas persécutés, martyrisés, chassés, sur la terre de leurs ancêtres. Le nettoyage ethnique s’accompagne bien sûr d’un grand remplacement religieux et culturel, églises médiévales brûlées par des foules musulmanes extatiques, mosquées rutilantes de dorures construites à leur place, financées par les nababs d’Arabie Saoudite ou du Qatar : inexorable et cruelle réalité d’un grand remplacement qui n’existe pas !

Quand on les pousse dans leurs retranchements, nos sophistes distinguent entre l’est de l’Europe, où la nation a émergé avant l’État, et l’ouest de l’Europe, et surtout de la France, où c’est l’État qui a fondé la nation, d’abord les quarante rois qui ont fait la France, puis la République, et qui ont accouché d’un peuple de citoyens. Distinguo pour le coup un brin manichéen, qui mériterait d’être nuancé, mais qui n’est pas faux sur l’essentiel. Et c’est justement là où la France se retrouve en grand danger. Depuis une quarantaine d’années, la communauté de citoyens se désagrège sous les coups portés d’une société des individus qui ne veulent connaître que leurs droits, et aucun devoir, et ne voient l’État que comme un distributeur de services et de lois pour satisfaire leurs moindres caprices. Des individus sans racines et sans histoire, qui se rêvent « citoyens du monde » détachés de tout ancrage national. Ils ne connaissent ni territoire ni peuple. Ils se côtoient sans se fondre dans un ensemble unifié et cohérent. Ils appellent « république » cette société des individus qui n’a plus rien à voir avec la République des citoyens. C’est dans ce vide abyssal que sont venues se loger des diasporas islamiques, de plus en plus nombreuses, liées par les notions archaïques de famille, de clan, de religion, et qui importent ces archaïsmes au sein d’une postmodernité aveugle qui ne veut voir en eux que des individus isolés. Les plus habiles représentants de ces diasporas ont bien compris l’usage qu’ils pouvaient faire de ce libéralisme pour dynamiter les restes de l’État-nation et de la République, s’émanciper de sa tutelle devenue débile, et imposer à sa place, dans des enclaves étrangères, la loi archaïque d’Allah.

La Seine-Saint-Denis est l’emblème de ce grand remplacement qui n’existe pas. À l’instar du Kosovo, ce département est le cœur historique de la France, avec la basilique Saint-Denis, où reposent les tombeaux de nos rois. On recense aujourd’hui dans ce département que deux tiers des naissances viennent d’au moins un parent né à l’étranger et que plus de 60 % des jeunes de moins de dix-huit ans sont d’origine étrangère. Dans la liste des dix prénoms les plus donnés aux enfants, tous sont musulmans (Mohamed) ou affiliés (Ryan, Inès). Un rapport parlementaire avait signalé en mai 2018 que « l’État ignore le nombre d’habitants » qui résident en Seine-Saint-Denis, que le nombre d’étrangers clandestins, alimenté par l’aéroport Charles-de-Gaulle, tout proche, y est inconnu : « 150 000, 250 000, voire 400 000, soit entre 8 % et 20 % de la population du département. »

En Seine-Saint-Denis, 40 % de la population a moins de vingt-neuf ans, et 26,1 % de ces jeunes sont au chômage, chiffre qui monte à 40 % dans de nombreuses cités. Au Kosovo, le chômage frappe 60 % de la population active et 60 % des Kosovars ont moins de vingt-cinq ans.

Le même rapport parlementaire de 2018 avait parlé d’une « République défaillante », pointant les manques de policiers, enseignants, médecins, magistrats. Les députés auraient été mieux inspirés de parler de « République dépassée » et de « France submergée ». Comme disait un jour Jean-Pierre Chevènement, « il y a en Seine-Saint-Denis, cent trente-cinq nationalités, mais une a quasiment disparu ». La française, bien sûr. Si les services publics ne sont pas à la hauteur des besoins, c’est que le département s’emplit d’une population toujours plus nombreuse et toujours plus exotique ; et que la violence que cette submersion démographique produit dépasse sans cesse les prévisions et les moyens d’un État déjà surendetté. Les policiers, les magistrats, les infirmiers, les médecins, les agents des postes ou des bureaux d’aide sociale, les hôpitaux, les tribunaux, les HLM sont submergés par le nombre, les exigences de ces populations démunies qui prennent la France pour une terre de cocagne, et l’agressivité de beaucoup à l’égard de leurs femmes, de leurs voisins, des fonctionnaires, qu’ils ont importée des sociétés d’où ils viennent. L’État pourra déverser sans cesse plus d’agents dans le département, ils ne seront jamais assez pour répondre aux besoins créés par la vague migratoire incessante. L’État en Seine-Saint-Denis, ou le mythe de Sisyphe. Les fonctionnaires ne veulent pas y aller et n’y restent pas. « Dans le département, la durée de séjour des agents de l’Intérieur est de 2,7 années contre 7 ans dans l’Essonne », constatait la Place Beauvau à la fin de 2019. Le Premier ministre, Édouard Philippe, annonçait alors qu’une prime de 10 000 euros serait versée aux agents de l’État demeurant au moins cinq ans en Seine-Saint-Denis. Encore 35 millions d’euros annuels jetés dans le tonneau des Danaïdes migratoire ! En son temps, la Serbie avait de même encouragé financièrement les fonctionnaires serbes à se rendre au Kosovo. En vain…

Beaucoup des résidents du département, parmi les plus pauvres de France, vivent des subsides des aides sociales et de trafics divers, drogue, recel d’objets volés, prostitution : « Des systèmes d’inspiration mafieuse tendent à s’installer et imposer leur diktat », avouent nos députés dans le même rapport de 2018. Les autres permettent par leur présence aux habitants de la métropole parisienne de pérenniser à prix raisonnable leur style de vie individualiste et connecté : ils sont livreurs de pizzas, sushis et autres, chauffeurs Uber, aux fourneaux dans les arrière-salles des restaurants, nounous d’enfants ou gardes de personnes (très) âgées ; ils reconstituent une domesticité d’un nouveau style pour une aristocratie urbaine du e XXI siècle, les vainqueurs de la mondialisation. En échange, ceux-ci assurent, au niveau médiatique et politique, la protection de leurs domestiques venus du monde entier contre la fureur d’une classe moyenne française, chassée des banlieues par les nouveaux arrivants, qui finance par ses impôts et taxes la logistique sociale nécessaire pour assurer le niveau de vie des seigneurs des métropoles.

Le paysage urbain de la Seine-Saint-Denis est dévasté, les petits commerces traditionnels des villages français ont disparu pour laisser place aux grandes surfaces à l’extérieur des villes, et aux commerces estampillés hallal (boucheries, mais aussi librairies ou encore kebabs), sans oublier les agences de la Western Union, qui transfèrent le produit des allocations sociales françaises ou des divers trafics vers les familles restées au bled. La plupart des cafés sont réservés aux hommes par une loi non écrite mais appliquée avec rigueur, les femmes voilées, de plus en plus nombreuses, y compris celles vêtues du niqab les couvrant de la tête aux pieds, prohibés par la loi du 11 octobre 2010, interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public que personne n’ose faire respecter, les hommes se rendent à la mosquée en djellaba. Cette colonisation religieuse entraîne une colonisation visuelle qui entraîne une colonisation des âmes. C’est le but. Dans son excellent livre Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel analyse la stratégie des Frères musulmans et salafistes qui ont fait de la Seine-Saint-

Denis l’épicentre de leur offensive d’islamisation de la France 1. De même, les universités installées en Seine-Saint-Denis sont encore plus qu’ailleurs, en raison de la forte concentration d’étudiants issus de l’immigration maghrébine et africaine, les étendards du mouvement décolonial et indigéniste qui dénonce sans se lasser et à tout propos le « patriarcat blanc ».

Ces enclaves étrangères vivent sous le règne d’Allah et des caïds de la drogue qui assurent l’ordre et la vie de tous les jours. Après le massacre du Bataclan, en novembre 2015, un commando du Raid, pourchassant un des djihadistes jusque dans son repaire de Saint-Denis, eut la surprise de subir, pendant leur siège, les insultes, voire les coups, de badauds et de voisins solidaires des djihadistes fuyards.

Peu à peu, la Seine-Saint-Denis impose ses règles, les codes, qui la distinguent du reste du pays : ce département est celui de France où il y a le plus d’automobilistes non assurés ; il est aussi (avec le Nord et les Bouches-du-Rhône, autres départements à énorme immigration maghrébine et africaine) dans le trio de tête des voitures volées.

Pourtant, sous la pression des pouvoirs publics, et des municipalités, qui les couvrent de subventions et d’allègements fiscaux, de nombreuses entreprises ont installé en Seine-Saint-Denis leur siège social, à proximité de ce Stade de France qui vibre aux exploits des footballeurs champions du monde. Mais les salariés viennent pour la plupart du reste de la région parisienne, non en raison de pratiques discriminatoires de ces sociétés, mais parce que beaucoup de jeunes du département cumulent niveau scolaire affligeant, comportement asocial, incapacité de se soumettre aux disciplines collectives, langage et manières propres, loin des codes de la civilité française. Cette situation paradoxale et explosive – un département riche avec des habitants pauvres – n’a pas empêché le président Emmanuel Macron de comparer la Seine-Saint-Denis à la « Californie sans la mer » ! Plus lucide, et en même temps bien plus lâche, son prédécesseur François Hollande avait confié à des journalistes, quelques années plus tôt : « Tout cela finira par une partition. »

Il songeait bien sûr à la Seine-Saint-Denis, mais pas seulement. Contrairement à la Serbie, il n’y a pas un Kosovo en France, mais des dizaines, des centaines, en banlieue parisienne, dans toutes les métropoles du pays, dans le Nord-Est désindustrialisé, dans le Sud-Est touristique, et même, depuis peu, dans les grandes villes de l’Ouest, Nantes et Rennes qui, sous la férule de maires socialistes, ont inondé leurs cités de migrants, provoquant une éruption de violences, de vols, de viols en série.

Dans les rues de Pristina, aujourd’hui, trône la statue de l’ancien président américain dans l’avenue Bill-Clinton. Aux maîtres de l’empire, leurs humbles sujets reconnaissants ! L’Albanie n’a jamais renoncé à annexer le Kosovo, province albanaise par la population, à défaut de l’être par l’histoire.

Le Kosovo est l’avenir de la Seine-Saint-Denis ; la Seine-Saint-Denis est l’avenir de la France.