La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 15 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Quand la rumeur tue - 25 février 2008

Quand la rumeur tue

25 février 2008

Dominique Baudis transpirait toujours beaucoup. Je l’avais constaté alors qu’il enlevait sa veste lors d’un raout des « rénovateurs » en 1989, ces jeunes quadragénaires de droite, tous maires des grandes villes, qui tentèrent – en vain, d’ailleurs – de secouer le joug de Chirac et Giscard sur la droite française. En France, les féodaux doivent s’incliner devant Paris.

Quelques temps plus tard, il transpirait encore beaucoup au JT de vingt heures sur TF1. Il réfutait des accusations odieuses sur sa participation à des soirées sadomasochistes, où des prostituées, mais aussi des enfants, auraient servi de chair à plaisir. Cette « affaire Alègre » avait été révélée par le journal Le Monde et empoisonnait la vie de l’ancien maire de Toulouse depuis des semaines ; mais les téléspectateurs qui n’avaient pas vu ces chemises inondées de taches de sudation lors de ses meetings politiques, prirent l’abondante sueur qui perlait ce soir-là de son front pour une preuve irréfutable de culpabilité.

Les années ont passé. En un bel après-midi d’une douceur déjà printanière, je marche en compagnie de Baudis dans les rues de Toulouse. Il m’explique qu’il a renoncé à reprendre son fauteuil au Capitole ; qu’il soutiendra son jeune cadet, Jean-Luc Moudenc ; qu’il vise un poste de sénateur. Il fait semblant de s’intéresser à ces tours et détours politiciens ; je fais semblant de m’y intéresser. On n’en a cure. Je ne l’ai jamais trouvé chaleureux ni sympathique ; un séducteur professionnel un peu fat, c’est ainsi que je le voyais. Cette fois, c’est un fantôme qui me parle. Un zombie hanté par la rumeur persistante, par ces regards d’incrédulité, de méfiance, de mépris, de dégoût, de compassion, d’apitoiement, qu’il croise sans cesse.

Edwy Plenel, militant trotskiste dans sa jeunesse, était alors directeur de la rédaction du Monde ; il avait choisi de « faire monter en une » cette rocambolesque affaire Alègre, et de croire sur parole les témoignages de prostituées mythomanes. Il avait mis en œuvre les méthodes que l’extrême gauche médiatico-judiciaire avait expérimentées lors de l’affaire Bruay-en-Artois, en 1972, qui avait de la même façon vu la presse d’extrême gauche désigner coupable de viol et de meurtre un notable, uniquement parce qu’il était notaire, uniquement parce qu’il était bourgeois.