La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 25 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Entre routine et fous rires - 10 janvier 2010

Entre routine et fous rires

10 janvier 2010

Déjà ma quatrième saison d’« On n’est pas couché ». L’extraordinaire est devenu routine. Les audiences énormes sont toujours au rendez-vous ; le sourire avenant de Catherine Barma et de Laurent Ruquier en atteste. Les invités politiques se pressent sur le plateau. Leurs conseillers en communication ont les yeux qui brillent à la vue de nos courbes d’audience, comme Casanova devant celles de ses belles amantes. Ce 10 janvier, nous recevons Lionel Jospin. Son bilan de Premier ministre est au cœur de notre conversation. Et son échec final à la présidentielle de 2002. Pendant une heure, un échange tendu comme un arc, où chaque mot est pesé, où chaque mot est discuté, décortiqué, retourné. Épuisant mais fécond et satisfaisant pour l’esprit. Les jours qui suivent, je « refais le match » sans cesse, me reprochant telle réplique manquante, tel argument mal asséné.

Ces échanges inauguraux avec les politiques constituent le sommet attendu de l’émission. J’ai réussi à sortir de l’interview classique avec questions prévisibles du journaliste et éléments de langage de l’invité. C’est un véritable débat que nous proposons au téléspectateur, en dépit de l’incompréhension persistante de Ruquier qui s’échine à m’interrompre de sa formule rituelle : « Mais quelle est votre question ? » Justement, il n’y a pas de question et c’est ce qui nous réjouit, à Naulleau et moi. Nous appartenons tous deux à une génération qui a découvert la politique à la télévision. Les conférences de presse du général de Gaulle et de Georges Pompidou, les débats Mitterrand-Giscard et les « Cartes sur table », d’Elkabbach et Duhamel, avec en invité vedette le si talentueux Georges Marchais. Ma seule frustration était précisément de voir les deux éminents journalistes refuser l’affrontement direct, le choc idée contre idée, argument contre argument, alors même que la force de Marchais, en bon marxiste habitué au « d’où tu parles ? » était de démasquer l’arrière-plan idéologique et sociologique de leurs questions prétendument neutres et objectives. Il m’arrivait de revivre dans mes rêves d’adolescent ces discussions acharnées au cours desquelles je parvenais – chimère mi-journaliste, mi-politique – à tenir la dragée haute à Marchais lui-même…