La France n'a pas dit son dernier mot
Tout sauf franc ! - 12 mars 2014
Tout sauf franc !
12 mars 2014
La façade de l’immeuble sis au 16, rue Cadet m’apparaît laide et sale ; et la salle à manger fonctionnelle et disgracieuse. La conversation de notre hôte est aussi médiocre et insipide que la nourriture que l’on nous a servie : nous devons subir un fatras ininterrompu de lieux communs, de « valeurs républicaines » et de « lutte contre les discriminations », de « le racisme n’est pas une opinion, mais un délit » et de « quartiers populaires », de « chance pour la France » et d’« islam des Lumières », de « vivre-ensemble » et de « nous sommes tous des enfants de la République ». Je regarde Naulleau du coin de l’œil pour être sûr que je vois ce que je vois, que j’entends ce que j’entends et que je mange ce que je mange. Il baisse la tête dans son assiette pour ne pas croiser mon regard.
J’avais imaginé d’autres agapes quand le grand maître du Grand Orient, Daniel Keller, nous avait conviés à sa table. Je m’étais transporté aussitôt sous les ors de la III e République lorsque la franc-maçonnerie était « l’Église de la République », imposait aux étrangers une stricte assimilation à l’histoire et à la culture françaises, qu’elle enseignait dans les écoles par ses hussards noirs, dénonçait et persécutait « la superstition et l’obscurantisme religieux », « éteignait les étoiles dans le ciel », encourageait la colonisation au nom de la « civilisation » et du « devoir de l’homme blanc d’apporter la lumière aux peuples barbares », faisait et défaisait les carrières et les gouvernements, régnait sur les antichambres ministérielles et la corbeille de la Bourse, jusqu’aux maisons closes. Je me voyais déjà croiser le fer avec Jules Ferry et je croisais du caoutchouc avec Daniel Keller.