La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 109 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Saint Jacques - 26 septembre 2019

« Je suis un Breton, me dit-il. Je ne suis pas très intelligent, mais je suis très déterminé. » Je vais très vite m’apercevoir que le roc breton mérite sa réputation.

 

Saint Jacques

26 septembre 2019

Je me souviens des portières qui claquent ; des moteurs qui vrombissent ; des motards qui donnent des coups de botte dans les automobiles qui ne se rangent pas assez vite ; des trains pris en courant ; des avions privés qui décollent et atterrissent au Bourget.

Je me souviens des sandwichs qu’il engouffre à peine sorti de table ; des pauses pipi collectives : « Quand c’est fait, c’est plus à faire. »

Je me souviens des bières Corona englouties à la chaîne.

Je me souviens des « Allez, coucouche panier » ; des « Il faut mépriser les hauts et repriser les bas » ; des « Comme disait ma grand-mère : à question idiote, réponse idiote ».

Je me souviens des poignées de main et des bises ; des bises et des poignées de main ; des regards enjôleurs et des regards assassins.

Je me souviens des « Chirac remonte sur son cheval ».

Je me souviens de Chirac gaulliste, Chirac pompidolien, Chirac travailliste à la française, Chirac appel de Cochin, Chirac européen, Chirac libéral, Chirac reaganien, Chirac fracture sociale.

Je me souviens de « This is not a method ! This is a provocation » ; Je me souviens des « Bonjour, bonjour » ; des « Ça sent bon, ici » ; des « C’est beau, mais c’est loin », des « C’est loin, mais c’est beau » ; des « Je n’ai pas les moyens d’exercer mes fonctions » ; des « Je vais ouvrir une boutique d’antiquités ».

Je me souviens de : « Jean-Louis, on ouvrira une agence de voyages, tu vendras les billets et je voyagerai. »

Je me souviens de : « J’avais sous-estimé l’importance des déficits. »

Je me souviens de : « Qu’est-ce qu’elle veut la ménagère, mes couilles sur un plateau ? »

Je me souviens des combats de sumo.

Je me souviens des « Dix minutes, douche comprise ».

Je me souviens de Chirac qui vendait L’Humanité.

Je me souviens de Chirac qui signe l’appel des étudiants de l’ENA contre le putsch des généraux après une nuit entière d’hésitations.

Je me souviens de Chirac, ciseaux à la main, découpant des bouts de discours qu’on lui avait écrits.

Je me souviens de Chirac décidant de voter non au référendum sur Maastricht avec l’approbation de Juppé.

Je me souviens de Balladur l’appelant au téléphone le matin même de son intervention devant les cadres du RPR : « Vous ne serez jamais président de la République si vous votez contre l’Europe. »

Je me souviens de Chirac sifflé par les cadres du RPR lorsqu’il annonça qu’il voterait oui.

Je me souviens de Chirac refusant de participer à la guerre américaine en Irak. Je me souviens de Chirac aux côtés de l’Allemand Schröder et du Russe Poutine : l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, avait dit le général de Gaulle.

Je me souviens du mot d’ordre américain : « Ignorer la Russie, pardonner à l’Allemagne, punir la France. »

Je me souviens de Claude, le doigt sur la bouche, pour interdire à son père de parler à la presse.

Je me souviens de Claude glissant un petit papier à son père sur lequel était écrit : « Pense à appeler Maman. »

Je me souviens de Claude demandant « ma tête » à Yves de Chaisemartin, le patron du Figaro, pour mon livre intitulé L’homme qui ne s’aimait pas.

Je me souviens du communiqué de l’Élysée : « Il n’y a jamais eu de rencontre entre Jacques Chirac et Jean-Marie-Le Pen. »

Je me souviens de Pasqua : « C’est moi qui ai organisé leur rencontre entre les deux tours de la présidentielle de 1988. »

Je me souviens de Jean-Marie Le Pen à la télévision : « Non seulement Chirac est un voleur, mais il est en plus un menteur. »

Je me souviens du « discours du Vél’ d’Hiv » encensé par les médias. Un an plus tôt, le président Mitterrand avait rugi une dernière fois avant de mourir : « Celui qui demande à la France de s’excuser pour Vichy n’aime pas la France. »

Je me souviens de : « Ma position est singulière, j’ai été à la fois son adversaire et son successeur. »

Je me souviens de : « Il est fort, le bestiau. »

Je me souviens des : « Ce soir je ne suis pas le Premier ministre, et vous n’êtes pas le président de la République ; nous sommes deux candidats… »

Je me souviens de : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. »

Je me souviens de : « C’est vous le dernier grand président ; moi, je ne suis grand que par la taille. »