La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 81 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Mamie Trump - 6 décembre 2016

La suite, on la connaît. La phénoménale montée en puissance de la Chine, l’avènement des bourgeoisies des pays émergents et la prolétarisation des classes moyennes occidentales. Les riches des pays pauvres qui s’enrichissent sur le dos des pauvres des pays riches.

Il ne reste plus aux Français qu’à faire leur boulot habituel : imiter, développer, répandre.

À nous, Français, de nous mettre au travail.

 

Mamie Trump

6 décembre 2016

Je l’ai laissée attendre dans le hall du Figaro un long moment, mais elle me sourit sans un reproche quand j’arrive enfin, me faisant honte de ma goujaterie. Elle est assise sur un grand canapé sans dossier, aux côtés d’un escogriffe qui me broie les doigts en guise de poignée de main. C’est une vieille dame apprêtée avec soin. Elle ressemble à ces Américaines des années 1950, avec bigoudis dans les cheveux au volant d’une grosse voiture. Elle est française pourtant, mais a longtemps été mariée à un riche américain. Selon la coutume de son pays, importée de longue date chez nous, elle se présente par son prénom : Rosine. Elle a une voix sifflante et parle à une vitesse sidérante. Elle m’explique qu’elle était responsable des sections féminines pour l’élection de Trump. Elle l’appelle drôlement « le Donald ». Elle me décrit par le menu ses méthodes pour toucher le maximum de « femmes pour le Donald » ; et leur efficacité, en dépit du portrait mensonger qu’ont fait les médias de son « Donald ». Je la félicite pour sa victoire, mais elle ne laisse guère de temps à l’autoglorification. Elle refuse de se rendre dans un café où je la convie. Elle a un message à me délivrer et est pressée de s’exécuter. Je m’assois en face d’elle sur le canapé sans dossier. Elle débite son discours de son ton aigu auquel j’ai décidément du mal à m’habituer : « Voilà, il faudrait en France la même chose que chez nous. Il vous faudrait le même que le Donald pour donner un grand coup de balai. Cela fait des mois qu’on y pense. On a cherché en France parmi les grands patrons qui pourraient tenir le rôle qu’a tenu le Donald. Mais on n’en a pas trouvé. »

Je m’apprête à lui asséner des banalités sur le rapport différent que nous entretenons en France avec l’argent, les patrons, le capitalisme, mais aussi la politique, la littérature, lorsqu’elle me coupe de sa voix stridente : « Cela fait des mois qu’on a étudié la situation en France. On a bien vu les différences avec l’Amérique. On a tout compris. Le Trump français, c’est vous. »

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1. Prédécesseur de Frédéric Mion à la tête de l’IEP.

2. Étude pour l’institut Montaigne (2016).

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