La France n'a pas dit son dernier mot

Éric Zemmour · Chapitre 91 sur 127

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La France n'a pas dit son dernier mot

Les enfants terribles - 14 février 2018

Les enfants terribles

14 février 2018

C’est un ami de quarante ans. Je le revois vêtu d’un costume trois-pièces et cravaté, le jour de la rentrée à Sciences-Po. Le hasard de nos affectations nous avait rangés côte à côte dans les mêmes « conférences de méthode », selon l’expression consacrée dans l’auguste maison. On n’avait pas vingt ans et j’arborais ma longue tignasse frisée, mes jeans et mes tennis Stan Smith. J’étais déguisé en jeune rebelle des années 1970, lui en vieux bourgeois des années 1950. Je n’avais pas encore acquis ni même compris les codes socioculturels de l’école ; lui les surjouait avec ostentation. Chacun à sa manière, nous démontrions la pertinence de la fameuse formule de Paul Nizan : « Je ne laisserai dire à personne que vingt ans est le plus bel âge de la vie. »

On en rit à gorge déployée à chaque fois qu’on se revoit autour d’une bonne table. Comme son mentor en politique, Pierre Bédier aime les plats canailles et le gros rouge qui tache. Il connaît par cœur les répliques des Tontons flingueurs et ne rate jamais une occasion de les déclamer pour amuser la galerie ; il a la tripe et la gouaille chiraquiennes. Comme dans la chanson de Brel sur les bourgeois, Pierre a toujours ses mêmes costumes trois-pièces et les mêmes cravates sobres ; et les mêmes lunettes cerclées qui le font ressembler au Chirac première manière, s’il n’avait vingt bons centimètres de moins. Il a conservé une pointe d’accent du Sud-Ouest, qui donne un peu de couleur à son apparence grisâtre du technocrate qu’il n’est pas.

Il a été élu député, maire, président du conseil général des Yvelines. Il fut même un éphémère ministre des Prisons. À Sciences-Po, déjà, il s’était fait élire président de l’association sportive. Il est devenu ce notable de la Ve République que son costume promettait à vingt ans. Il en a l’allure, le discours, les idées, le cynisme, le tutoiement facile, la tape sur l’épaule et la religion du « terrain ». Il a même eu les inévitables ennuis judiciaires, qui lui ont coûté son maroquin ministériel, comme s’il s’obstinait à cocher toutes les cases de la carrière.

Il fait partie de ces chiraquiens implantés dans la banlieue parisienne qui ont ferraillé pour arracher avec les dents les derniers copeaux de la ceinture rouge. À Trappes, aux Mureaux et dans l’ensemble du département des Yvelines, il a vu de près l’islamisation des quartiers, les uns après les autres tombant comme des dominos sous le poids du nombre, le vert submergeant et remplaçant le rouge. Lors de ses premières campagnes électorales, de militant puis de candidat RPR dans les années 1980, il l’a combattue sans relâche ; puis, une fois élu, il a préféré composer.