Le plus beau cochondumonde
Chapitre IV
Le cérémonial de toute visite à l’Impératrice était, quand il se déroulait en compagnie de lord Emsworth, terriblement long. Près de quarante minutes s’écoulèrent avant que Maudie et son hôte fussent de retour sur la terrasse.
Lord Emsworth avait employé ces quarante minutes avec adresse et profit. Jouant sur la corde sensible qui vibre éternellement en toute femme, il avait fait part à Maudie des angoisses qu’il endurait à la pensée de devoir prononcer un discours devant les membres des associations d’éleveurs de cochons des Shropshire, Herefordshire et Galles du Sud, et il lui avait arraché la promesse de l’accompagner le jour suivant pour l’assister dans celte épreuve. « C’est tellement autre chose, quand on peut compter sur la sympathie de quelqu’un en pareil cas », avait-il expliqué, et Maudie l’avait assuré qu’elle comprenait parfaitement. « Il leur faudrait, avait-il ajouté, se tenir prêts de très bonne heure, parce que l’Association des éleveurs de cochons des Shropshire, Herefordshire et Galles du Sud réunis avait choisi, entre autres lugubres endroits, pour réunir ses membres, un lointain pays du nom de Wolverhampton. » Maudie avait répondu qu’elle adorait se lever à l’aube et elle avait parlé de Wolverhampton comme si ce bourg reculé eût été l’un des plus beaux rêves de sa vie. En résumé, on peut dire que lorsqu’ils se trouvèrent de nouveau sur la terrasse, leurs relations étaient pratiquement celles de Tristan et Yseult.
La terrasse était déserte, car Penny avait accepté l’invitation de Gally à partir avec lui en voiture. Elle avait le cœur brisé, mais non pas au point de se tenir à l’écart d’une expédition qui consistait à voler un cochon.
À l’exception de ces petits êtres ailés qui hantent après la tombée de la nuit les terrasses des maisons de campagne anglaises, on ne pouvait distinguer rien de particulier sur les lieux, si ce n’est un objet oblong tombé à terre dans le sentier. On aurait dit une photographie, et lord Emsworth, le ramassant, constata que c’était en effet une photographie.
— Juste ciel ! s’écria-t-il. C’est extraordinaire !
— De quoi s’agit-il ? demanda Maudie.