Le plus beau cochondumonde

Wodehouse · Chapitre 27 sur 47

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Le plus beau cochondumonde

Chapitre IV

— Monsieur ?

— Où se trouve l’Impératrice ?

— Eh bien ! à l’endroit même ou nous l’avons laissée, Monsieur, répondit George Cyrill Wellbeloved, étonné, et il raccrocha.

Gally remit le récepteur en place et resta pétrifié et abasourdi. Il formait des pensées sévères à l’égard de George Cyrill Wellbeloved et s’étonnait qu’il fut permis à de tels individus de circuler librement dans un pays civilisé. S’il avait appris à cet instant que George Cyrill Wellbeloved s’était pris le pied dans un trou du linoléum à l’auberge de L’Enclume et du Marteau et s’était cassé le cou, il se serait réjoui de tout son cœur.

Mais les hommes de la trempe d’un Galahad Threepwood ne demeurent jamais longtemps abasourdis et pétrifiés. Une minute plus lard, il décrochait le récepteur pour demander le château de Blandings, et bientôt il entendit la voix de Beach.

— Allô ! ici la résidence de lord Emsworth. C’est Beach, le maître d’hôtel, qui vous parle.

— Beach, enchaîna Gally sans perdre de temps en formules de politesse, il faut prendre vos pieds plats à votre cou, filer comme un dard au petit bois et changer ce cochon de place. Ce maudit Wellbeloved vous a suivi à la trace, quand vous êtes allé nourrir cet animal. Je viens de l’apprendre de sa propre bouche au téléphone. Il croyait avoir affaire au citoyen Parsloe. Il faut trouver une autre cachette avant qu’il ne s’aperçoive de sa méprise et, par bonheur, j’en connais une autre qui sera parfaite. Vous rappelez-vous Fruity Biffen ? Ne soyez pas stupide, Beach, voyons, vous vous rappelez bien Fruity Biffen, mon ami, l’amiral Biffen. Il habitait, voilà encore quelques jours, une maison située sur le bord de la route de Shrewsbury. Vous ne pouvez pas la confondre avec une autre. Elle a un toit rouge et s’appelle Sunnybrae. Emmenez-y le cochon et mettez-le dans la cuisine. Quoi ? Qu’est-ce qui vous arrête ? Ce que dira l’amiral Biffen ? Il n’est plus là. Il est retourné à Londres et la place est libre. Aussi prenez le cochon… Quoi ?… Qu’y a-t-il encore ?… Comment faire ?… Prenez une brouette, mon vieux, oui, une brouette.

 

IV

Dans son bureau de Long Island City, N. Y., Mr. Donaldson, de la firme Donaldson et Cie « Au Régal du Caniche », dictait un message télégraphique à sa secrétaire.

— Lady Constance Keeble. Château de Blandings. Shropshire, Angleterre. Vous y êtes ?

— Oui, monsieur Donaldson.

M. Donaldson réfléchit une seconde. L’esprit divin souffla sur lui et il se mit à parler avec vélocité.

— Ne puis comprendre votre lettre reçue ce jour disant que trouvez vieille amie Mrs. Bunbury charmante. Stop. Que signifie cette histoire. Point d’interrogation. N’ai jamais eu vieille amie nommée Bunbury. Stop. Si personne s’appelant Mrs. Bunbury s’est glissée chez vous en prétendant être une vieille amie à moi, virgule, c’est une effroyable imposture et je vous conseille vivement la mettre dehors avec… Comment dit-on, mademoiselle Horwitt ?

— Avec perte et fracas, monsieur Donaldson.

— Merci, mademoiselle Horwitt. Vous conseille vivement la mettre dehors avec perte et fracas ou appeler la police. Stop. Se prétendre vieille amie à moi. Stop. Quel toupet ! Stop. N’ai jamais entendu chose pareille. Stop.

— Faut-il ajouter : « Mais à part ça, tout va très bien. »

— Non. Simplement : « Respectueuses salutations. »

— Bien, monsieur Donaldson.

— Parfait. Faites-moi partir cela au plus vite.

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