Le plus beau cochondumonde

Wodehouse · Chapitre 23 sur 47

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Le plus beau cochondumonde

Chapitre VI

Combien de temps il resta là à patauger dans la soue à cochon, il n’eût pas été capable de le dire ; mais, l’effet de la stupeur s’atténuant peu à peu, il se sentit enfin plus solide sur les jambes. Pâle et les traits tirés, il se traîna vers la maison et se dirigea vers l’office où se trouvait le maître d’hôtel. Il y a des moments où le besoin se fait sentir de la présence d’un ami et son meilleur ami à Matchingham était Herbert Binstead.

 

VI

Quand un homme qui s’est promené dans tout Market Blandings en pariant à cinq contre un sur le cochon de son maître et en recueillant le montant des paris de toute la jeunesse sportive du lieu apprend que ce cochon a disparu sans laisser de trace, il est excusable de laisser paraître quelque émotion. Binstead, qui lisait le journal du matin quand George Cyrill arriva apportant la triste nouvelle, déchira la feuille en deux d’un réflexe nerveux et bondit de sa chaise comme si on avait perforé le siège avec une broche à larder chauffée au rouge blanc.

— Escamotée ? gémit-il.

— R r r …, dit George Cyrill.

Et il ajouta, après avoir fait précéder ce nom d’une série d’adjectifs difficiles à reproduire, que c’était l’œuvre de l’Honorable. Galahad Threepwood. Il cita une série de représailles, toutes de nature cruellement chirurgicale, qu’il aurait aimé infliger, s’il en avait eu la possibilité, à ce vieux gentilhomme astucieux.

Ayant dit tout ce que son imagination lui suggérait au sujet de. Gally, il s’arrêta pour jeter sur Binstead un regard, non de confiance, mais d’espoir. Peut-être, pensait-il, pourrait-il suggérer quelque chose. Binstead, avec son visage de renard madré, était un de ces jeunes hommes à l’esprit vif qui ont généralement quelque chose à suggérer.

Son espoir ne le trompait pas. Un certain temps s’écoula avant que son compagnon fût capable de trouver la bonne voie, mais bientôt une soudaine lueur dans ses yeux révéla qu’il avait reçu l’inspiration souhaitée.

— Savez-vous, dit Binstead, où se trouve la truie de lord Emsworth ?

George Cyrill lui dit que l’animal se trouvait au château de Blandings et Binstead fit claquer sa langue d’impatience.

— À quel endroit de la propriété ?

— Par derrière, auprès du jardin potager.

— Et cette bête vous connaît ?

— Pour sûr qu’elle me connaît. Je l’ai soignée pendant plus d’une année.

— Alors si vous alliez la chercher pour l’emmener faire un petit tour, elle ne ferait pas de difficultés ?

— J’y suis, explosa George Cyrill, transporté par une si brillante idée. Il avait eu entièrement raison, se disait-il, de penser que ce vieux Herbert se montrerait une fois de plus à la hauteur de la situation.

— Elle se laissera faire ?

— Comme un agneau, affirma Cyrill. Sans pousser le moindre grognement.

Binstead devint dès lors le chef, l’homme qui conduit une mission jusqu’au bout.

— Alors venez, ordonna-t-il. Nous allons sortir la voiture du garage. Nous la chargerons à l’arrière.

George Wellbeloved respira profondément. Il y avait encore plus d’une ombre au tableau, mais un point essentiel était acquis. Quand, demain, sir Gregory Parsloe irait faire à la porcherie sa visite matinale d’inspection, il y trouverait un cochon.

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