L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
XI L’ile Bleue
Un volcan de splendeurs éclate au couchant vert. Malheureux est l’esprit qui se sent incrédule Devant l’immensité du ciel et de la mer.
XI
L’ILE BLEUE
Dominique, où le sort a voulu que je vive,
Il n’est nul voyageur que n’enchante ta rive. Le front du Diablotin plus haut que le Pelé Est souvent de vapeurs et de brouillards voilé. Dans tes vallons fleuris courent trois cents rivières. Mille arbres merveilleux parfument tes lisières. Tu protèges encor au bord de tes forêts
Dans deux hameaux lointains et bercés des vents frais Le Caraïbe habile à monter sa pirogue…
Dans les eaux de ta plage où le goémon vogue De lumineux poissons brillent les cent couleurs. Tes coquillages ont l’éclat riche des fleurs. Sur tes sables d’argent que hantent les tortues, Lorsque les grandes voix des lames se sont tues, Des crabes aux yeux droits courent en bataillons… A l’heure où de tes bois partent les papillons Qui forgent à tes fleurs de mobiles couronnes, On voit planer dans l’air les ailes monotones Des frégates glissant dans l’immobile azur Sur la sérénité de ton beau golfe pur.
Il n’est pas de serpents dans tes savanes claires, Les lianes en fleurs sont tes seules vipères. Tes derniers « diablotins » à jamais sont partis Mais ta vierge forêt regorge d’agoutis, De perroquets plus verts que les plus verts feuillages, De lézards aux yeux d’or, de sarrigues sauvages Et de beaux ramiers bleus dont le roucoulement Chante la solitude et le recueillement.