L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

Le Souvenir

 

Le soir est plus profond qu’un soir sur les Balkans, Plus bleu qu’un soir de France ou qu’un soir d’Italie, Un voile de mystère et de mélancolie

Plane sur les sommets qu’éclairent des boucans. Sur la mer passe un vol grave de pélicans, De sauvages parfums montent des forêts sombres ; Et par delà les pics qu’enveloppent des ombres La lune monte au front dentelé des volcans. Ah ! je donnerais bien toute la solitude

Des grands monts violets, toute ma quiétude Pour le divin bonheur de revoir deux yeux bleus. Mais pourquoi rappeler cette grande infortune ? Respirons la douceur du ciel harmonieux, Les palmes des palmiers sont luisantes de lune.

 

LE VOILIER

 

Au siècle des vapeurs et de l’aéroplane,

Un blanc voilier qui passe à l’horizon du soir, Alors que l’Océan brille comme un miroir,

N’est en réalité qu’une lourde tartane.

Mais quelque chose évoque, en l’heure diaphane, Où les yeux de la nuit vont percer l’azur noir, L’âme des temps passés et le rêve croit voir Des feux de Caraïbe au fond de la savane. Le blanc voilier, glissant sous l’éther tropical, Revient de Montserrat et loin de l’air natal Porte un maigre troupeau de chèvres au col grêle. Mais telle est la splendeur du ciel et du décor, Qu’il semble qu’en la nuit d’azur, ta Caravelle, O Cristobal Colon vogue sur les flots d’or.