L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
La Tombe Fleurie
La nuit sombre et la nuit brillante de rosée Se révèlent soudain dans toute leur fraîcheur. Et dans le rose azur d’une naissante aurore, Je regarde rougir la voile d’un pêcheur,
Pâlir la Croix du Sud et mourir les Centaures.
LA TOMBE FLEURIE
Je hais le cimetière où l’on dort à l’étroit.
Ah ! qu’on ne couvre pas ma dépouille de marbre ; Mais qu’on m’enterre, à l’ombre verte d’un grand arbre, Et que la mer, la mer chante près de l’endroit. Je voudrais que ma fosse ainsi qu’une tonnelle Fût en tout temps fleurie afin que le passant Séduit par la splendeur de l’arbre ravissant S’arrêtât pour rêver, quelques instants, près d’elle. Mais, je voudrais surtout, lorsque le renouveau Enivre les chemins, que passent de beaux couples De jeunes amoureux aux corps minces et souples Et qui ne sauraient pas que là gît un tombeau. Mon âme, au jardin bleu des ténèbres enclose, Tressaillirait du fond de l’éternel exil
Lorsque l’adolescent divin, le frêle avril,
Viendrait avec l’Aurore y respirer les roses. Et par les grands étés de l’immense avenir, Dans les sèves de l’arbre éclaterait encore, Pour le parer soudain d’une éclatante flore, Mon rêve radieux qui ne veut pas mourir !