L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

La Chanson de la Lune

Dans son cœur rajeuni bondit un sang joyeux ; Chaque coup de filet ramène une fortune. Ah ! pouvoir de cet or tuer la pauvreté,

Abolir la misère et protéger l’enfance.

Beau rêve généreux d’amour et de bonté, Bel impossible espoir, frère de la démence ! Et les marins du port ont un rire cruel

Quand le pêcheur revient au jour, sa barque vide, Mais aucun d’eux ne voit ce qu’il voit sous le ciel Quand le trésor des mers s’offre à son œil lucide. Aucun d’eux n’a surpris la Sirène aux bras blancs Alors que toute nue elle chante aux étoiles, Aucun d’eux n’a senti le vertige troublant

D’un frénétique espoir gonflant les folles voiles. Et c’est pourquoi, rivés à leur rêve lointain, Les beaux yeux du pêcheur regardent sans colère ; Il sait qu’il est de ceux dont le grave destin Est de mourir du baiser fou de la chimère. En attendant, son ombre au bord du grand chemin Fait trembler les enfants qui chantent à la brune ; Et la mer, chaque nuit, berce le rêve humain Du beau pêcheur hagard qui pêche sous la lune.

 

LA CHANSON DE LA LUNE

 

(Episode Pyrénéen.)

Voici la chanson de la Lune

Qu’une pauvre folle d’amour

S’en allait dire au carrefour

Des chemins estompés de brune :

Frêle croissant

Phosphorescent,

Qui viens argenter les collines

Et te mirer dans les ravines,

J’aime l’amant

Aux lèvres fines.

Croissant d’amour

Du troubadour,

O nacelle des nuits dorées,

Toi qui vogues dans les nuées,

Au haut des tours

Des bien-aimées.

Svelte croissant

Adolescent,

Qui seras la lune argentée,

Illumine la nuit lactée

Pour mon amant

Et son aimée.

Je t’implore, Croissant du beau soir infini,

Toi qui viens éblouir l’oiselle sur le nid,

Toi que le mendiant aux longues mains tendues Invoque, par delà les libres étendues,

Afin que ta vertu fasse de l’indigent

Plus nombreuses encor les piécettes d’argent. Fais grandir en mon cœur, au seul gré de tes phases, Un amour merveilleux, un désir fort et fier, Sois le cadran de joie où du haut de l’éther S’annonceront pour nous les heures des extases. Ce soir, nous irons voir ton fuseau de métal Traverser d’un fil d’or le nuage en dentelle Et nous serons alors sous notre ciel natal

Les tendres amoureux que l’amour ivre appelle. C’est l’éveil des espoirs et des rêves muets. Les feuilles aux buissons chantent nos fiançailles.

Un troupeau sur la route agite ses sonnailles Et le vent parfumé berce les serpolets.

Puis, dès demain, au fond des bois et des collines, Ta faucille d’argent, gloire du ciel vermeil,

Nous guidera tous deux vers un nid de sommeil, Où nous serons bercés par l’écho des ravines. Tandis que mon amant, couché dans les roseaux, Ecoutera frémir le luth des brises d’eaux,

Je boirai des baisers entre ses lèvres minces ; Il sera, pour mon cœur, le plus charmant des princes Et sur les ongles purs de ses doigts de clarté, J’admirerai les fins croissants couleur d’aurore, Qu’en signe de tendresse et de félicité,

Aux doigts des bienheureux ton astre fait éclore. Quand tu viendras, pareille au beau rayon de miel, Eblouir l’essaim blond des abeilles du ciel, Nous viderons la coupe où le désir s’étanche, Sans épuiser pourtant sa suprême douceur. Notre amour va grandir au gré de ta splendeur, Et, quand par un grand soir ta face pleine et blanche Mettra sur les sommets une aube de dimanche, Nous irons sur les monts t’élever un autel.

Ah ! quelle ivresse souveraine,

Croissant d’argent

Du soir changeant,

Quand tu seras la lune pleine !

Il est sur la montagne où luit le romarin,

Une grotte sacrée et propice aux ivresses. Des herbes de senteur y balancent leurs tresses. Là, le coq de bruyère annonce le matin.

Nous dormirons le jour, mais lorsque ta lumière O Lune, incendiera les palais du ciel bleu, Mon amant t’offrira sur un lit de fougère,

Mon corps brûlant encor de ses baisers de feu.