L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
A la Mer
A M. Albert Thibaudet.
Femme et Sirène, ô mer, mystérieuse mer, C’est de toi que je tiens le rêve et les poèmes. Sous l’adieu solennel des crépuscules blêmes, Je me suis imprégné de ton grand souffle amer ! C’est toi qui balançais dans le soir pourpre et vert Le paquebot, à l’heure où dans les aquarelles Que le couchant dessine à l’horizon désert, Les nuages semblaient d’ardentes caravelles ! O mer, c’est sur tes bords que je voudrais dormir. Pendant l’éternité, j’écouterais frémir
Tes chants comme les miens fidèles et sauvages. Les vents feraient danser l’écume de clarté ; Et tu me redirais la chanson des voyages, Pour consoler mon cœur de l’immobilité !
LE CHANT DU RETOUR
A la recherche du bonheur
Nous avons fait bien des escales.
Au petit jour les mers sont pâles.
Que rapportez-vous, ô mon cœur ?
Avez-vous trouvé cette coupe
Où se boit le vin de l’oubli ?
Le beau voyage est accompli ;
Déjà pointe la Guadeloupe.
Croyez-vous regretter vraiment
La grande ville enchanteresse ?
Vous pleurez le passé charmant
Et regrettez votre jeunesse.
Quand le vapeur s’est arrêté
Il ne reste rien du voyage.
La vie humaine est un sillage
Sur la mer de l’éternité.
A bord de « La Navarre », Avril 1921.