L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Stance
Je vous vois, près de moi, traverser les prairies Où la liane pend en lumineux hamacs ;
Et vous m’accompagnez jusqu’aux cimes fleuries D’où descendent les eaux murmurantes des lacs. C’est pour avoir chéri votre seule pensée
Et pour n’avoir aimé que votre souvenir,
Que j’ai porté dix ans une ivresse insensée Et que je n’attends rien du puissant avenir. J’ai dédaigné pour vous, ô fantôme suprême, De faire de ma vie un champ harmonieux
Et j’ai passé dix ans à chanter, en moi-même, Des chants purs à la gloire exquise de vos yeux ! O mon charmant amour, lumière de ma vie, Rose de mon jardin, lampe de mon espoir, Je ne vous verrai plus, vous dont j’ai tant envie Et vous ne serez pas l’étoile de mon soir.
Pourtant ce sera vous, vous que je chercherai A travers tous les yeux et toutes les amantes Et malgré le désir des lèvres inconstantes Vous serez dans mon cœur et je vous chérirai. Encor quelques beaux jours à passer sur la terre Et puis la grande nuit envahira les cieux.
Ah ! laissez-moi songer encor à la lumière Exquise et merveilleuse et pure de vos yeux !
STANCE
Beaux voyageurs des mers, sous la nue embaumée, Des steamers aux feux d’or arrivent dans le soir ; Mais ils ne portent plus à mon cœur nul espoir ;
Pour mon cœur sans espoir, ils ne sont que fumée !