L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Le Départ pour L’europe
On voyait les jets d’eaux souples des cachalots, La nuit, quand les clameurs des marins s’étaient tues. Un soir que nous disions des vers d’Heredia, Les planètes soudain se levèrent plus belles Et sur l’orient d’or la lune incendia
Un passage émouvant de lentes caravelles. Devant nous se dressaient les sommets de saphir Des beaux pays où sont les hautaines créoles, Des îles évoquant les richesses d’Ophir
Et le fier souvenir des gloires espagnoles. Mais au lieu d’affronter les chatoyantes eaux Du golfe mexicain où dansent les flots rudes, Le grand vaisseau suivi d’immenses vols d’oiseaux Cingla vers les brouillards irisés des Bermudes. Qui dira la clarté de ces terres d’amour
Où Colomb aborda lors du premier voyage, Où poissons et coraux allument, tour à tour, Les transparentes eaux qui reflètent la plage ? Et tandis que le ciel sur les jardins fleuris
Déroulait tour à tour les aurores sanglantes, Les crépuscules verts pleins de chauve-souris Et les vagues de feu des nuits phosphorescentes, Je redisais vos noms vivants, défunts amis :
Lafcadio [2] , conteur aux rêves nostalgiques ; Et vous, Nau, goéland dont l’âme ivre est parmi Les vols d’oiseaux planant sur la mer des tropiques !
[2] Lafcadio Hearn.
LE DÉPART POUR L’EUROPE
A Paul Labrousse.