L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Dans L’ile Enchantée
Je ne décrirai pas l’Antille merveilleuse
Car où trouver les mots dignes de sa beauté ? Elle avait malgré l’heure une douce clarté ; Ses grands palmiers dormaient sous la voûte rêveuse. Je débarquai suivant ce qu’avait dit la voix En pleine nuit sur ses galets et mon beau rêve Chanta comme un oiseau des bois quand sur la grève O miracle ! je vis le beau Lys d’autrefois.
C’était elle, ô bonheur, c’était son élégance, Ses yeux divins, son front parfait, son frêle corps. Comme un avare fou retrouvant son trésor Je me sentis soudain beau d’une joie immense ! Je lui criai : « Je vous revois, doux yeux chéris ! » Elle me dit : « Je suis le Songe qui console. » — Autrefois n’est-ce toi que j’aimais dans Paris ? Elle avoua : « Je suis l’Image de l’idole.
Je vis seule, parmi les fleurs de mon palais Attendant un amant que le sort me destine. Mais je le sens, rêveur, c’est toi, toi qui me plais, C’est toi que j’attendais près de la mer divine. Tu vivras près de moi dans l’île de beauté Quelques suaves jours sous un bleu ciel qui grise Puis tu me quitteras par un grand soir de brise Ayant connu l’amour dans toute sa clarté. Un canot nous attend au pied de cette grotte… Sur le cap aux oiseaux brille mon palais clair. » Tout à coup dans le bois ulula la hulotte
Et la lune de juin se leva sur la mer.